La fermeture de Guantanamo d'ici deux ans jugée «irréaliste»

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Sur les 148 hommes encore enfermés dans les geôles de Guantanamo, beaucoup depuis près de 13 ans, la plupart sans inculpation ni procès, «nombre d'entre eux» sont des ennemis des États-Unis, estime le commandant de la prison.

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Chantal VALERY
Agence France-Presse
BASE AMÉRICAINE DE GUANTANAMO

Le commandant de la prison de Guantanamo juge «irréaliste» la fermeture d'ici deux ans du centre de détention controversé que Barack Obama promet inlassablement de clore avant la fin de son mandat, en janvier 2017.

Le colonel David Heath a supervisé mercredi la première libération de prisonnier depuis sa prise de fonction, le 24 juin, comme «gardien de la prison».

«Après s'être entraîné plusieurs fois, c'est bon de voir que ça s'est bien passé», s'est-il félicité dans un entretien conduit vendredi, au surlendemain du rapatriement du Koweïtien Fawzi al-Odah.

Ce retour était le premier depuis cinq mois, alors que 79 autres hommes ont été déclarés «libérables» par les autorités américaines, certains depuis 2010.

Une quinzaine d'autres seraient prévus cet hiver, a précisé un responsable de la Défense à l'AFP.

Mais sur les 148 hommes encore enfermés dans les geôles de Guantanamo, beaucoup depuis près de 13 ans, la plupart sans inculpation ni procès, «nombre d'entre eux» sont des ennemis des États-Unis, estime le commandant de la prison.

D'anciens détenus de Guantanamo ont été identifiés dans les rangs des djihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, et les adversaires de Barack Obama, désormais majoritaires au Congrès, agitent le risque important de récidive des hommes de Guantanamo en cas de libération.

Le colonel Heath n'a pas «vraiment d'avis sur la question de savoir s'il faut ou non fermer le centre» de détention.

Depuis sa prise de fonction début 2009, «le président Obama veut le fermer et quand ce jour viendra, nous exécuterons l'ordre», a souligné le commandant dans une interview à son quartier général de Guantanamo.

Mais «je pense que c'est un espoir irréaliste» de le voir fermé avant la fin de ma mission à l'été 2016, a-t-il admis.

Près de 13 ans après l'arrivée des premiers détenus sur cette enclave de l'île de Cuba, la prison de Guantanamo est «unique» en son genre, car elle mélange dans ses camps 5 et 6 les différentes catégories de prisonniers.

«Il y a ceux qui ont été déclarés libérables, ceux qui sont en détention conditionnelle pour des raisons de sécurité, et ceux que nous gardons comme prisonniers de guerre», énumère-t-il, soulignant que «dans un monde parfait, j'aurais plusieurs infrastructures pour chaque catégorie».

Seuls une quinzaine de détenus dits «de grande valeur» sont enfermés dans le camp 7, parmi lesquels les cinq accusés du 11-Septembre et celui de l'attentat contre l'USS Cole, renvoyés devant la justice militaire d'exception où ils risquent la peine de mort.

Projection d'excréments

«Mais en général, ce qui inquiète les gardiens» à Guantanamo, c'est surtout si les détenus sont violents ou non, «insoumis, obéissants, ou grandement obéissants», selon les trois catégories établies par la prison.

Car ici, les hommes, pour la plupart accusés sans preuves d'avoir été des «ennemis combattants» dans la «guerre contre le terrorisme» déclarée par George W. Bush au lendemain des attentats du 11-Septembre, utilisent «presque chaque jour» le «splashing» comme arme de rébellion.

«Le "splashing", c'est la projection de fluides du corps humain, excréments, urine, sperme, vomi, sur les gardiens, pour essayer de contaminer leur uniforme, de les déshonorer, de les mettre dans l'embarras», explique le patron des gardiens.

«C'est arrivé presque tous les jours» en quatre mois de fonctions, précise-t-il, «il n'y a aucune discrimination» et ce sera votre tour «si vous êtes au bon endroit... au mauvais moment».

Cet ancien patron de la prison militaire de Fort Lewis dans l'État de Washington (nord-ouest) dit avoir «essayé beaucoup de choses pour tenter de convaincre» ces hommes de se soumettre au règlement, mais «sans succès». «Il y a un noyau dur d'hommes qui ne se sont jamais tenus à carreau depuis que je suis là».

«Des centaines d'heures de sanctions disciplinaires sont effacées» chaque année au début du ramadan «pour leur donner une chance» de recommencer à zéro, dit-il, mais «certains tirent avantage de ce que je leur donne et continuent à se battre» pour montrer au monde «qu'ils sont toujours là».

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