De Beyrouth à Benghazi

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Depuis l'attaque le 11 septembre 2012 de l'ambassade des États-Unis à Benghazi, en Libye, neuf enquêtes ont été menées sur cette tragédie; huit par le Congrès américain et une autre par une commission indépendante

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Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) Beyrouth, le 23 octobre 1983: 241 militaires américains perdent la vie dans un attentat du Hezbollah contre la caserne des marines à l'aéroport de la capitale libanaise. Il s'agit de la pire journée quant aux pertes pour le corps des marines depuis la bataille d'Iwo Jima pendant la Seconde Guerre mondiale.

La tragédie aurait pu être évitée. Un mois plus tôt, l'Agence de sécurité nationale (NSA) avait intercepté une communication iranienne évoquant la nécessité de «mener une opération spectaculaire contre les marines à Beyrouth» en représailles de l'appui des États-Unis à l'Irak dans sa guerre contre l'Iran. Le contenu de cette communication n'avait pas été relayé aux marines, dont la caserne était restée mal protégée (le jour de l'attentat, ses portes étaient ouvertes et ses gardes n'étaient pas armés).

Mais les marines n'avaient pas vraiment besoin de la NSA pour savoir que les intérêts américains étaient menacés au Liban. Six mois plus tôt, des militants islamistes radicaux avaient ciblé l'ambassade des États-Unis à Beyrouth, tuant 63 personnes, dont 17 Américains.

Comment l'administration de Ronald Reagan avait-elle pu laisser se perpétrer ces deux attentats meurtriers dans un pays où le président républicain avait déployé des marines dans le cadre d'une force multinationale?

La journaliste Jane Mayer, jadis correspondante du Wall Street Journal à Beyrouth, a rappelé les attentats contre les Américains à Beyrouth la semaine dernière sur le site du New Yorker. Et elle a comparé la réaction des démocrates de l'époque à celle des républicains d'aujourd'hui par rapport à l'attaque contre la mission diplomatique des États-Unis à Benghazi, en Libye, où quatre Américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens, ont perdu la vie le 11 septembre 2012.

La différence entre les réactions des uns et des autres en dit long sur l'évolution de l'opposition politique à Washington au cours des 30 dernières années.

En 1983, le président de la Chambre des représentants, le démocrate Tip O'Neill, avait chargé une commission d'enquêter sur les circonstances ayant mené à l'attentat au camion piégé contre la caserne des marines. Deux mois plus tard, la commission publiait son rapport, faisant état de «très sérieuses erreurs de jugement» de la part des officiers sur le terrain ainsi que de leurs supérieurs militaires, et appelant à l'amélioration des mesures de sécurité contre le terrorisme dans les installations américaines partout dans le monde.

«Les prétextes ne manquaient pas d'attribuer aux plus hauts responsables américains la responsabilité de ces pertes horribles», a écrit Jane Mayer. «Mais, contrairement au Congrès d'aujourd'hui, les représentants de l'époque n'ont pas parlé de destituer Ronald Reagan [...] ni d'envoyer des mandats de comparution aux membres du cabinet.»

De quoi rendre Barack Obama et les membres de son administration nostalgiques. Depuis l'attaque de Benghazi, neuf enquêtes ont été menées sur cette tragédie - huit par le Congrès et une autre par une commission indépendante. Il y a eu 13 auditions publiques au Sénat et à la Chambre des représentants, 50 séances d'information à l'intention des élus et plus de 25 000 documents transmis par l'administration Obama au Congrès. Tout ça pour faire la lumière sur les circonstances ayant mené à la mort de quatre braves Américains.

Mais le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, n'est pas satisfait. Aussi a-t-il nommé la semaine dernière les sept républicains devant siéger au sein d'une commission spéciale dont la mission sera d'enquêter à nouveau sur l'affaire Benghazi. La création de cette commission intervient moins de deux semaines après la publication d'un courriel controversé émanant d'un conseiller de la Maison-Blanche.

Selon les républicains, ce courriel prouve que la Maison-Blanche a bel et bien cherché à camoufler la nature terroriste de l'attaque alors que le président Obama était en pleine campagne pour sa réélection.

Les démocrates de la Chambre, eux, songent à boycotter les travaux de cette commission semblable à celle qui a mené le Congrès à lancer une procédure d'impeachment contre Richard Nixon. Ils accusent les républicains d'exploiter l'affaire Benghazi pour non seulement mobiliser leurs électeurs à l'approche des élections de mi-mandat, mais également pour nuire au président Obama et à Hillary Clinton, qui était responsable de la diplomatie américaine au moment du drame.

L'attentat de Beyrouth rappelle que l'opposition à Washington a déjà été plus bienveillante à l'égard d'un président n'ayant pas su protéger ses concitoyens contre le terrorisme. Et l'on ne parle même pas des attentats du 11 septembre 2001, qui ont servi à justifier deux guerres.

Il est vrai que l'obsession des républicains à l'égard de l'affaire Benghazi pourrait un jour se retourner contre eux.




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