De vieilles plaies rouvertes à Columbine avec la tuerie d'Aurora

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Tuerie d'Aurora

Douze personnes sont mortes et 58 autres ont été blessées lors de la fusillade survenue dans un cinéma d'Aurora, au Colorado, en juillet. Alors que les spectateurs assistaient à la première du film Batman, un homme a fait irruption dans la salle avant d'ouvrir le feu. »

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Gabrielle Duchaine, envoyée spéciale
La Presse

(Vallée de Columbine, Colorado) «Il y a une semaine à peine, nous nous sommes réunis ici le coeur rempli de joie et d'espoir. Qui aurait pu prédire que sept jours plus tard, nous nous reverrions le coeur lourd? Brutalement blessés par l'horrible tragédie qui frappe notre communauté. Encore.»

Ils étaient des centaines, hier, dans une église de Columbine, à écouter dans un silence pesant le sermon du révérend Justin Spurlock. Personne n'arrivait à croire que l'histoire venait de se répéter si près de chez eux. Le jeune pasteur avait invité ses fidèles à une cérémonie religieuse en mémoire des victimes, bien sûr, mais aussi en soutien à tous ceux qui, depuis la tuerie du cinéma Century 16, revivent le drame qui a frappé, il y a un peu plus de 13 ans, l'école secondaire de cette banlieue cossue de Denver, située à une trentaine de minutes à peine d'Aurora.

Le 20 avril 1999, Eric Harris et Dylan Klebold ont ouvert le feu sur 34 élèves et professeurs de l'établissement scolaire de la ville de Littleton - 13 d'entre eux sont morts. Les cicatrices de cette tragédie sont encore vives dans le coeur de la population locale.

Vendredi, les gens de la vallée de Columbine se sont réveillés avec un horrible sentiment de déjà-vu. Hier, dans un sermon troublé uniquement par le bruit des sanglots refoulés, le révérend Spurlock a posé la question qui est sur toutes les lèvres: «Pourquoi?» «Je n'ai pas de réponse à vous offrir, a soufflé le pasteur. J'essaie d'imaginer un monde où les gens peuvent aller au cinéma et regarder tranquillement un film. Un monde où les jeunes peuvent aller à l'école et simplement apprendre. Un monde où les événements du week-end n'arrivent pas. Et j'ai beaucoup de difficulté à imaginer une telle chose.» Au fond de la salle, une jeune femme pleurait en silence.

La tuerie d'Aurora a rouvert de vieilles plaies, a souligné le révérend. Tom Mauser, dont le fils Daniel, 15 ans, a été tué à Columbine, en a senti la douleur. Hier, sous un soleil de plomb, il est allé se recueillir au monument érigé en mémoire des victimes de 1999. C'est la voix étouffée qu'il a parlé de Daniel. «C'était un garçon gêné et intelligent. Un très bon élève et un très bon fils, qui n'avait pas peur de prendre sa mère dans ses bras», a raconté le père endeuillé, qui portait les chaussures de son enfant disparu.

Depuis la mort de Daniel, Tom Mauser a entrepris une véritable bataille pour une réglementation plus stricte des armes à feu. «Deux semaines avant la tragédie, mon fils m'a posé des questions à ce sujet, puis il a été tué par une arme. J'ai senti que c'était un devoir pour moi d'endosser cette cause. Même si rien n'a changé depuis, je n'abandonne pas.» C'est avec une grande tristesse, mais sans surprise que l'homme a appris la tuerie d'Aurora. «N'y a-t-il pas de fin à ce carnage?»

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