De la haine d'Obama à la violence armée

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Le document du ministère de la Sécurité intérieure appelle à la vigilance contre les groupes d'extrême droite qui profitent du «ralentissement économique» et de «l'élection du premier président noir» pour recruter de nouveaux membres.

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(New York) Ils avaient en commun la haine de Barack Obama, la passion des armes à feu et une frustration face à leur situation financière. Dans un élan de rage, ils ont semé la peur et la mort autour d'eux, abattant un total de sept personnes, dont cinq policiers, et en blessant plusieurs autres. Le cas de ces trois hommes devrait sonner l'alarme.

Or, plusieurs Américains préfèrent ne pas entendre parler de la menace des extrémistes de droite qui vivent parmi eux. Joshua Cartwright, 28 ans, est le dernier parano armé à avoir pété les plombs. Samedi dernier, au lendemain d'une violente dispute avec sa femme, ce réserviste de l'armée américaine a tué deux policiers venus l'arrêter dans le stationnement d'un club de tir de Crestview, en Floride. Il est mort peu après dans la ville voisine de DeFuniak Springs, à l'issue d'un échange de coups de feu avec des policiers de cette municipalité.

Cartwright avait des armes à feu et des couteaux cachés dans tous les recoins de sa maison, indique un rapport de police rédigé après sa mort. «Il croyait que le gouvernement américain conspirait contre lui» et «il était profondément troublé par l'élection de Barack Obama à la présidence», peut-on lire dans le document, qui cite la femme du disparu, Elizabeth Cartwright, 21 ans.

Deux jours avant sa mort, Joshua Cartwright avait perdu son emploi dans un magasin de téléphones.

Son histoire rappelle celle de Richard Poplawski. Le 4 avril dernier, ce chômeur de 22 ans, équipé de plusieurs armes, dont un fusil d'assaut AK-47, a ouvert le feu sur trois policiers qui s'étaient présentés à son domicile de Pittsburgh, en Pennsylvanie, pour répondre à un appel au sujet d'une dispute familiale. Après le drame, un de ses amis a confié à des journalistes que Poplawski n'était pas seulement furieux d'avoir été licencié; il était également inquiet face à la possibilité que l'administration Obama «empiète» sur les droits des citoyens et interdise les armes à feu.

Cette possibilité n'existait que dans sa tête.

La menace de l'extrême droite

Jim Adkisson, un chômeur de 58 ans, est probablement le premier extrémiste à avoir tué des gens après avoir exprimé, en juillet dernier, sa hantise des liberals, des démocrates et de leur candidat à la présidence, qu'il appelait «Oussama Hussein Obama». Dans un manifeste de quatre pages, il incitait ceux qui partagent ses vues à assassiner ces progressistes qui «tentent de transformer notre pays en État communiste».

Après avoir rédigé son manifeste, Adkisson s'est rendu dans une église progressiste de Knoxville, dans le Tennessee, un fusil de chasse caché dans un étui de guitare. Il a tué deux personnes et en a blessé sept.

Des cas isolés? Il serait sans doute rassurant de le croire, mais le contexte économique et politique aux États-Unis favorise la «violence associée à une résurgence de l'extrême droite», selon un nouveau rapport du ministère américain de la Sécurité intérieure, qui cite le cas de Richard Poplawski, le tueur de Pittsburgh.

Distribué aux forces de l'ordre américaines, le document n'appelle pas seulement à la vigilance contre «les loups solitaires» à la Timothy McVeigh, auteur de l'attentat contre le siège du gouvernement fédéral d'Oklahoma City, en 1995, mais également contre les groupes d'extrême droite qui profitent du «ralentissement économique» et de «l'élection du premier président noir» pour recruter de nouveaux membres.

Selon ce rapport daté du 7 avril, le ministère de la Sécurité intérieure «n'a aucune information précise selon laquelle des terroristes américains seraient en train de préparer des actes de violence», mais les extrémistes de droite «pourraient attirer de nouvelles recrues en jouant sur les peurs liées à plusieurs questions nouvelles», dont l'immigration clandestine et le contrôle des armes à feu.

Le rapport, qui a fait l'objet d'une fuite, précise que les groupes extrémistes pourraient également miser sur la difficile réintégration des soldats qui reviennent d'Irak et d'Afghanistan pour trouver de nouveaux membres.

Cette dernière mention a fait bondir plusieurs conservateurs, dont le chef de file de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, John Boehner, qui a reproché au ministère de la Sécurité intérieure d'avoir qualifié les vétérans d'Irak et d'Afghanistan de «terroristes potentiels». Des associations d'anciens combattants ont également exigé et obtenu des excuses de la ministre Janet Napolitano, qui a défendu les conclusions du rapport avant de déplorer la façon dont elles avaient été présentées.

Au bout du compte, la polémique autour du document aura éclipsé l'appel à la vigilance qu'il contenait, une tournure qui a déçu les spécialistes de l'extrémisme aux États-Unis.

«Nous avons été consternés de voir le rapport faire l'objet d'autant de critiques, car nous croyons qu'il visait juste», dit Deborah Lauter, directrice des droits civiques à la Ligue anti-diffamation. «Nous avons, nous aussi, constaté une résurgence des activités des groupes d'extrême droite, particulièrement sur l'internet. Cela nous inquiète parce que leurs sites influencent des gens qui ne sont pas nécessairement des membres. Ces sites alimentent la haine et la paranoïa, et certains individus y trouvent la motivation pour agir.»

Richard Poplawski, qui fréquentait des sites racistes et antisémites, fait peut-être partie de cette catégorie. Jim Adkisson, lui, semblait se fier davantage à des vedettes médiatiques qui s'offusqueraient d'être associées à l'extrême droite. Dans sa voiture, les policiers ont notamment trouvé des livres de Bill O'Reilly et de Sean Hannity, deux animateurs de la chaîne d'information Fox News qui, chaque soir de la semaine, mettent en garde les téléspectateurs contre les dangers et les méfaits de Barack Obama et de ses alliés «socialistes». Glenn Beck, un de leurs collègues, va plus loin en accusant le président de «marxisme» ou de «fascisme».

Peut-on également les accuser d'alimenter la haine et la paranoïa?

«Nous avons déjà remarqué, dans le débat sur l'immigration, une rhétorique extrémiste dans certains médias de masse, répond Deborah Lauter. Je pense que nous assistons au même phénomène depuis l'élection d'Obama.»




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