Espionnage: colère au sommet de l'État français

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Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange

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Sous surveillance

Edward Snowden, un ancien consultant de la CIA, a révélé l'existence de programmes secrets de surveillance des communications électroniques en remettant des documents compromettants aux quotidiens The Guardian et The Washington Post. Il s'est depuis réfugié à Hong Kong alors que le gouvernement américain a lancé une enquête contre lui. »

Hervé ASQUIN, Sabine WIBAUX
Agence France-Presse

La France a appelé mercredi Washington à «réparer les dégâts» provoqués par les pratiques «inacceptables» des services secrets américains qui ont écouté pendant de longues années les trois derniers présidents français, Barack Obama cherchant en début de soirée à rassurer François Hollande.

Le président américain a «réitéré sans ambiguïté», lors d'un «échange» téléphonique d'un «bon quart d'heure» à l'initiative du président français, son «engagement ferme» contre tout espionnage de pays allié, a annoncé l'Élysée.

Cet entretien a été «l'occasion d'une mise au point sur les principes qui doivent gouverner les relations entre alliés en matière de renseignement», a-t-on ajouté de même source en indiquant que des responsables français du renseignement se rendraient prochainement à Washington.

Dans une interview à TF1 le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a appelé dans la soirée Paris à entamer des poursuites après les révélations d'espionnage et promis de nouvelles informations «plus importantes». Julian Assange a appelé la France à «lancer une enquête parlementaire et entamer des poursuites» et a affirmé que «les documents les plus importants restent à venir».

Un peu plus tôt devant la représentation nationale, le premier ministre Manuel Valls avait réclamé un «code de bonne conduite» déjà exigé par les Européens en 2013 quand les révélations sur l'espionnage américain portaient sur les écoutes des dirigeants allemands, brésiliens ou mexicains, dont le portable de la chancelière Angela Merkel.

Un Conseil de défense réuni en fin de matinée autour du président François Hollande a permis de «mesurer et de partager l'émotion et la colère (...) face à ces pratiques inacceptables émanant d'un pays ami», a souligné le premier ministre. Pour autant, il n'a évoqué aucune mesure de rétorsion concrète face à cette «très grave violation de l'esprit de confiance».

François Hollande avait réagi vivement dès la publication mardi soir par la presse de notes compromettantes pour la National Security Agency (NSA), décidant de réunir dans l'urgence ce conseil. L'ambassadrice américaine a été convoquée au Quai d'Orsay mercredi en fin d'après-midi.

La présidente de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, Élisabeth Guigou, a indiqué qu'elle inviterait la diplomate à s'expliquer la semaine prochaine devant les députés.

La France «ne tolérera aucun agissement mettant en cause sa sécurité», avait fait savoir l'Élysée dans un communiqué. Ces faits sont «incompréhensibles entre pays alliés», a renchéri le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

Ces événements ont eu lieu le jour même où le Parlement a adopté définitivement un projet controversé sur le renseignement qui légalise, selon ses détracteurs, des pratiques contestables des services au nom de l'antiterrorisme.

«inacceptables et choquantes»

Selon les documents de WikiLeaks publiés mardi soir par Libération et Médiapart, les trois derniers présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais aussi des ministres et parlementaires ont été espionnés par les États-Unis, au moins de 2006 à 2012.

L'entourage de Jacques Chirac a indiqué à l'AFP que ces écoutes américaines étaient «inacceptables» et «choquantes». «La France a toujours agi vis-à-vis des États-Unis dans un esprit d'amitié, de confiance, d'indépendance et de franchise», a-t-on ajouté de même source.

Ces révélations jettent un nouveau jour sur l'ampleur des écoutes conduites par la NSA, mais aussi la vulnérabilité des systèmes de communication gouvernementaux français.

Au coeur de l'affaire Snowden, en 2013, François Hollande l'assurait: «Nous avons pris toutes les dispositions, j'allais dire dès mon arrivée aux responsabilités, pour que, tout en gardant un téléphone, il puisse rester sécurisé».

Parmi les réactions les plus vives, l'eurodéputé Renaud Muselier (Les Républicains) a appelé à «renvoyer l'ambassadeur» américain à Paris. Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche) et la présidente du FN Marine Le Pen ont réclamé l'arrêt des négociations sur le traité de libre-échange UE-USA.

Plusieurs députés européens, membres d'EELV, ont également prôné la suspension de ces négociations.

Semblant exclure une telle hypothèse, Stéphane Le Foll a appelé à garder «la mesure».

La Maison-Blanche a assuré mardi soir qu'elle ne «ciblait pas» les communications du président Hollande et ne le ferait pas à l'avenir, mais sans évoquer le passé.

Quant à l'entourage de l'ancien président Nicolas Sarkozy, il a jugé «ces méthodes» d'espionnage «inacceptables en règle générale, et plus particulièrement entre alliés».

Classés «Top-Secret», les documents publiés consistent en cinq rapports de la NSA, basés sur des «interceptions de communication».

Le plus récent date du 22 mai 2012, juste après l'entrée en fonction de M. Hollande. Il fait état de réunions secrètes destinées à discuter d'une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro.

Selon la NSA, le chef de l'État avait trouvé Angela Merkel - rencontrée à Berlin le jour de son investiture le 15 mai- «obnubilée» par la Grèce qu'elle a «laissé tomber».

Autre révélation, le président français, après avoir rencontré Mme Merkel, a invité à Paris le chef du SPD Sigmar Gabriel. Son premier ministre d'alors, Jean-Marc Ayrault, lui conseille de garder l'événement secret.

La NSA affirme que Nicolas Sarkozy se voyait «comme le seul à pouvoir résoudre la crise financière mondiale» de 2008.

Elle assure encore que Jacques Chirac prêtait à son ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, une «propension» aux «déclarations inexactes et inopportunes».

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