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Les Mexicains tremblent en silence après l'élection de Trump

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Une télévision couvrait la soirée électorale américaine, mardi, dans un restaurant de Mexico. Au lendemain de l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, le président mexicain Enrique Peña Nieto a prononcé un discours conciliant à son égard.

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Laura-Julie Perreault

envoyée spéciale

La Presse

(MEXICO) La victoire de Donald Trump est tombée comme une tonne de briques sur la tête des employés du Centro de los derechos del migrante. Cette organisation, qui défend les droits des migrants mexicains aux États-Unis, pourrait hurler sa peur au lendemain de l'élection du candidat républicain, qui promet d'expulser des millions de sans-papiers vivant aux États-Unis. Ses leaders ont plutôt décidé de garder le silence.

Enrique Peña Nieto, président du Mexique... (PHoto Rebecca Blackwell, Associated Press) - image 1.0

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Enrique Peña Nieto, président du Mexique

PHoto Rebecca Blackwell, Associated Press

« Nous sommes trop abasourdis pour dire quoi que ce soit. Nous sommes en réunion pour essayer d'établir une stratégie. Nous ne parlerons pas avant un bon bout de temps », note Evy Peña, la responsable des communications de l'organisation établie à Mexico avant d'escorter La Presse vers la porte de l'édifice de l'avenue du Nuevo León qui abrite ses bureaux.

« On a deux mois pour se préparer à l'administration Trump, on n'a pas une minute à perdre. », dit Evy Peña.

Pour les organismes comme le Centro de los derechos del migrante, les enjeux sont immenses. Dès le premier jour de sa campagne, Donald Trump a promis de construire un mur, qui pourrait atteindre jusqu'à 30 mètres de hauteur, tout au long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. S'il met à exécution son plan d'expulsions massives, ce sont près de 12 millions de migrants sans permis de séjour qui pourraient être expulsés des États-Unis, dont cinq millions de Mexicains.

CIBLER LES PLUS PAUVRES

Donald Trump projette aussi de rendre la vie difficile aux immigrants qui veulent envoyer de l'argent dans leur famille, restée dans leur pays d'origine. Selon Alan Camora, un militant de gauche de la région de Jalisco, cette mesure, moins médiatisée, pourrait être la plus dommageable pour les Mexicains les moins nantis. Chaque année, 20 milliards US sont injectés dans l'économie du pays de 122 millions de personnes par les quelque 35 millions de Mexicains et Mexicano-Américains vivant au pays de l'oncle Sam.

« Si Trump va de l'avant avec son programme socioéconomique, l'impact sur le Mexique va être gigantesque. Des villages entiers vivent des envois d'argent de leurs proches. La famille de ma conjointe dépend en partie de cet argent. Et ça aura un impact sur tous les Mexicains si ces sommes disparaissent du jour au lendemain », a dit le militant de 25 ans, qui était de passage à l'Université autonome de Mexico (UAM) pour prononcer un discours sur les luttes paysannes qui ont lieu aux quatre coins du pays.

Il croit aussi qu'une renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain, voire sa disparition, ébranlera l'économie mexicaine. « Ce sera à nous de résister, ajoute-t-il. Ce sera difficile au début, mais ça nous obligera à transformer notre économie », plaide-t-il, en affirmant que la remise en cause de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) annoncée par le nouveau président aura sans doute aussi.

RÉSISTANCE PASSIVE

Le campus de l'université, connue pour sa culture revendicatrice, est particulièrement calme au lendemain de l'élection américaine qui a pris les Mexicains, comme le reste du monde, par surprise. Si des graffitis dénoncent le projet de mur de Donald Trump, aucune manifestation n'est prévue pour dénoncer son élection. Même constat au centre-ville de Mexico, où la vie suit son cours.

« Il y a beaucoup de discussions au travail, dans les cafés et sur les médias sociaux. Les gens se demandent ce qui s'en vient, en quoi ça va toucher le Mexique, mais il n'y aura pas de manifestations », explique Mariane Wheelock, de l'organisation Soy migrante (Je suis migrant).

« Tout ça, ça se passe à l'extérieur de notre pays, on ne peut pas faire grand-chose pour changer le résultat», dit Mariane Wheelock.

Journaliste d'enquête pour le média numérique Sin embargo, Sandra Rodríguez explique que ses concitoyens - qui doivent faire face tant à l'insécurité qu'à une économie inégalitaire - sont peu enclins à descendre dans les rues.

« Les plus récentes manifestations au Mexique ont été liées à des questions intérieures, le plus souvent sur l'impunité à la suite de la disparition d'étudiants. La plupart des Mexicains pensent qu'ils n'ont aucun pouvoir sur ce qui se passe dans un autre pays », dit Sandra Rodríguez. « Ça ne veut pas dire pour autant que les gens ne sont pas conscients de l'impact sur eux des décisions prises ailleurs », ajoute-t-elle.

« DÉFI ET OCCASIONS »

Cette même contenance semble avoir aussi guidé la réaction du gouvernement mexicain dans les heures suivant l'élection de Donald Trump. S'il a maintes fois comparé le politicien républicain à Hitler au cours de la campagne électorale et s'est attiré les foudres de la population en invitant le multimilliardaire à visiter le Mexique en août dernier, le président mexicain Enrique Peña Nieto a prononcé un discours conciliant mercredi soir à l'égard du président américain désigné.

« [L'élection de Donald Trump] ouvre un nouveau chapitre dans la relation entre les États-Unis et le Mexique qui impliquera un changement, un défi, mais aussi, nous devons le dire, de grandes occasions », a dit le chef d'État mexicain, en précisant que lors de la conversation qu'il avait eue avec M. Trump hier, il n'avait pas été question de construire un mur, mais bien de « reconstruire une relation de confiance entre les deux pays ».

TROP CALME ?

Tous n'apprécient pas le flegme du président et de la société civile mexicaine à l'égard de M. Trump. « Dans ma famille, beaucoup de gens pensent qu'il va y avoir une guerre entre les deux pays sous une présidence Trump. Et notre gouvernement ne semble pas vouloir bouger le petit doigt », tonne Natalia Couturier, étudiante de 23 ans. « Nous devons prendre beaucoup plus au sérieux les menaces de Trump et déployer nos meilleurs éléments à Washington. Des gens qui vont défendre nos intérêts. L'avenir du Mexique en dépend. »

LE RETOUR DU RÉPUBLICAIN RÉCALCITRANT

Représentant du Parti républicain au Mexique, Larry Rubin ne sait plus sur quel pied danser depuis la victoire de Donald Trump. Comme neuf personnes sur dix au Mexique, le consultant en commerce international s'opposait à l'élection du multimilliardaire à la Maison-Blanche. « Je n'étais pas un partisan de Trump, je ne pensais pas qu'il est la personne dont les États-Unis ont besoin, mais maintenant qu'il est élu, nous devons tous nous ranger derrière lui », a dit M. Rubin à La Presse. Il compte faire des démarches auprès de la nouvelle administration pour faire valoir l'importance de la relation américano-mexicaine. « Le Mexique est le troisième partenaire commercial des États-Unis en importance. Les liens culturels sont très profonds », remarque-t-il. Il espère que les gouvernements mexicain et canadien vont travailler ensemble pour plaider la cause de l'ALÉNA. « Il faut oublier ce qui s'est dit pendant la campagne. M. Trump n'est plus un candidat, c'est le président maintenant. »

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