Le directeur du FBI dans la tourmente

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Le directeur du FBI, James Comey, lors d'une audition devant le Comité judiciaire de la Chambre, le 28 septembre à Washington.

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Brigitte DUSSEAU
Agence France-Presse
Washington

Le directeur du FBI ne voulait prendre aucun risque pouvant ternir son intégrité. Mais le premier policier des États-Unis se retrouve désormais dans une position impossible, accusé de s'être immiscé dans la campagne présidentielle à quelques jours du scrutin.

Vendredi dernier, dans un bref courriel à des responsables du Congrès, James Comey avait annoncé la découverte d'une potentielle ramification à l'enquête sur l'utilisation par Hillary Clinton d'un serveur privé quand elle était secrétaire d'État. M. Comey, 55 ans, y précise qu'il ne sait pas si cette découverte sera significative.

Il explique aussi au personnel du FBI dans un autre courriel qu'il se sent «dans l'obligation» d'avertir le Congrès, «vu que j'ai témoigné plusieurs fois ces derniers mois que notre enquête était achevée». «Au milieu d'une élection, il y a un risque important d'être mal compris», reconnaît cet ancien procureur fédéral et ancien ministre adjoint de la Justice.

Vu l'enjeu, il provoque effectivement une énorme tempête, à quelques jours de l'élection du 8 novembre.

Le candidat républicain à la présidence Donald Trump, en retard sur son adversaire démocrate dans les sondages, s'engouffre dans la brèche, en dépit de l'absence de tout détail. L'élection d'Hillary Clinton «enfoncerait l'État et notre pays dans une crise constitutionnelle», a-t-il prédit lundi, se disant certain que Mme Clinton serait poursuivie.

Hillary Clinton dénonce d'abord une divulgation «sans précédent et profondément inquiétante». Puis cherche à minimiser une affaire qui assombrit ses derniers jours de campagne. «Ils veulent regarder les emails d'un membre de mon équipe, qu'ils le fassent», a-t-elle déclaré lundi dans l'Ohio, se disant persuadée que les enquêteurs n'y trouveraient rien.

La Maison-Blanche s'est réfugiée dans une prudente neutralité.

«Je ne critiquerai ni ne défendrai le directeur Comey», a déclaré le porte-parole du président Barack Obama, Josh Earnest. Le président, qui avait nommé M. Comey, un républicain non encarté, en 2013 pour dix ans, «continue à avoir confiance dans sa capacité à faire son travail», a-t-il ajouté, évoquant «un homme intègre».

Lundi, certaines voix républicaines se sont jointes à la clameur.

Le président de la commission judiciaire du Sénat, Charles Grassley, a ainsi écrit à M. Comey que son courriel n'offrait pas «assez de contexte pour évaluer la pleine signification de ce développement», ce qui «n'est pas juste pour (...) Mme Clinton».

Dimanche soir, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Harry Reid, avait déjà écrit au patron du FBI, dénonçant un «deux poids, deux mesures» semblant vouloir «aider un parti par rapport à l'autre». 

Grave erreur 

L'ancien ministre de la Justice démocrate Eric Holder a aussi critiqué «une grave erreur avec des implications potentiellement graves». Dans une lettre ouverte publiée par le Washington Post, il a rappelé que la politique du ministère de la Justice - auquel est rattaché le FBI - était de ne pas commenter des enquêtes en cours et d'être particulièrement prudent à l'approche d'une élection.

Les nouveaux courriels, des milliers de messages, auraient été retrouvés sur l'ordinateur portable d'Anthony Weiner, le mari d'une très proche collaboratrice de Mme Clinton, Huma Abedin, dans le cadre d'une affaire de sextos visant M. Weiner.

M. Comey pouvait-il les passer sous silence?

Il pensait que l'information ferait l'objet d'une fuite aux médias, avec le risque que son silence soit interprété comme une tentative de dissimulation, ont confié des proches au Washington Post.

«Il était dans une situation impossible», a aussi estimé la directrice de campagne de Donald Trump Kellyanne Conway. «Il était obligé de faire savoir que son témoignage (devant le Congrès en juillet) n'était plus vrai.»

À l'époque, M. Comey avait annoncé qu'il ne voyait pas matière à poursuivre Mme Clinton dans l'affaire de son serveur privé, même si elle avait fait preuve d'une «extrême négligence» en disséminant «des informations hautement sensibles». Il s'était engagé à signaler aux élus tout nouveau développement.

Reste à savoir ce que contiennent ces courriels, et si y figurent des informations confidentielles du département d'État, ce qui serait illégal.

Selon les experts, il n'est pas sûr, même en travaillant vite, que le FBI puisse parvenir à des conclusions avant le 8 novembre.

La saga des courriels: ce que l'on sait

La saga des courriels de l'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton empoisonne sa candidature à la Maison-Blanche, la démocrate étant accusée d'avoir «menti» et d'avoir risqué de disséminer des secrets d'État.

Voici ce que l'on sait après la relance surprise vendredi de l'affaire par le directeur du FBI James Comey, à une semaine de l'élection du président des États-Unis.

Nouveaux courriels

Provoquant un choc dans une campagne hors normes, James Comey a annoncé vendredi, dans un bref courrier au Congrès, la découverte de nouveaux courriels qui pourraient être liés à Hillary Clinton du temps où elle pilotait la diplomatie américaine (2009 à 2013).

Selon la presse américaine, des milliers de courriels du département d'État ont été récemment retrouvés sur un ordinateur portable d'un ancien élu démocrate de la Chambre des représentants, Anthony Weiner, le mari d'une très proche collaboratrice de Hillary Clinton, Huma Abedin. Ces courriers électroniques pourraient contenir des informations confidentielles, voire classées secret défense.

Le FBI ne s'est cependant pas encore penché sur le contenu de ces courriels. La police a besoin d'un nouveau mandat d'enquête qu'elle aurait obtenu dimanche, selon la télévision NBC.

La personnalité et le comportement d'Anthony Weiner soulèvent toutefois nombre de questions : Huma Abedin s'est séparée de son époux en août et il fait l'objet d'une enquête pour avoir envoyé des SMS à caractère sexuel à une adolescente de 15 ans. C'est dans le cadre de cette enquête pénale que les courriels ont été découverts.

Enquête du FBI rouverte ?

La lettre du chef du FBI au Congrès ne rouvre pas en tant que tel l'enquête, contrairement à ce que le candidat républicain Donald Trump a laissé entendre. Le FBI pourrait rouvrir son enquête s'il parvenait à mettre au jour des entraves à sa précédente investigation bouclée en juillet ou une mauvaise gestion intentionnelle d'informations confidentielles, selon le New York Times.

En effet, M. Comey, un juriste républicain - même s'il n'est plus encarté - ancien ministre adjoint de la Justice, avait conclu le 5 juillet en recommandant de ne pas poursuivre Hillary Clinton. Dans son rapport, il l'avait toutefois accusée d'avoir fait preuve d'une « négligence extrême » en ayant pris le risque d'exposer des « informations hautement sensibles » auxquelles des services de renseignement étrangers auraient pu avoir accès.

Le FBI avait enquêté sur le contenu de messages électroniques de l'ancienne chef de la diplomatie et il en avait découvert 110 qui contenaient des « informations classées » secrètes.

Plus de 2000 messages avaient été reclassifiés a posteriori car contenant des informations confidentielles ou secrètes. Les républicains avaient alors reproché à Hillary Clinton d'avoir « menti » et d'avoir risqué de disséminer des informations ultrasensibles pour la sécurité nationale des États-Unis.

Comment l'affaire a commencé

Malgré les consignes gouvernementales de sécurité, Hillary Clinton avait utilisé quand elle dirigeait la diplomatie américaine une messagerie privée, via un serveur privé installé dans son domicile de Chappaqua, dans l'État de New York, au lieu d'avoir recours à un compte gouvernemental (@state.gov) censé garantir la confidentialité de dizaines de milliers d'échanges sur la politique étrangère des États-Unis.

La démocrate a plusieurs fois présenté ses excuses mais a toujours prétendu n'avoir rien fait d'illégal.

La saga avait débuté avec un article du New York Times le 2 mars 2015.

Plus de 60 000 messages avaient été accumulés en quatre ans. À la demande de son ancien ministère, Hillary Clinton avait remis pour archivage la moitié d'entre eux qu'elle considérait comme liés à ses responsabilités et avait effacé le reste des messages considérés comme privés ou personnels.

Les messages remis, après avoir été expurgés d'informations sensibles, ont été publiés par le département d'État sur ordre d'un juge entre 2015 et 2016 par vagues de milliers de documents électroniques.

Quel impact sur l'élection ?

Donald Trump est dorénavant légèrement en retard dans les sondages sur Hillary Clinton, laquelle ne peut plus se reposer sur son avance exceptionnelle d'il y a deux semaines.

Un sondage Politico publié lundi et réalisé ce week-end crédite la démocrate de 42 % des intentions de vote contre 39 % pour le républicain et 7 % pour le libertarien Gary Johnson. Une autre enquête de la chaîne ABC réalisée jusqu'à samedi - au lendemain du courrier du FBI - ne donne qu'un point d'avance à Hillary Clinton.

Dans des propos de campagne tenus lundi dans le Michigan, M. Trump a prédit une grave « crise constitutionnelle » si son adversaire est élue et « probablement un procès pénal ».

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