L'invraisemblable arsenal de Kadhafi

Une base de blindés russes -près de 500-... (Photo: Philippe Desmazes, Archives AFP)

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Une base de blindés russes -près de 500- pilonnée par l'OTAN ne montre pas meilleur visage: les antiques chars T55 et les véhicules de transports de troupes BMP-1 sont souvent rouillés, la majorité n'ayant visiblement pas bougé depuis longtemps.

Photo: Philippe Desmazes, Archives AFP

Marc Bastian
Agence France-Presse
Houn, Libye

L'invraisemblable arsenal militaire, sans doute le plus important d'Afrique, accumulé durant les 42 années de règne de Mouammar Kadhafi en Libye raconte son armée incompétente et décrépite au matériel hors d'âge, mais aussi sa folie des grandeurs.

Danger majeur pour la stabilité de toute la région, «cet arsenal gigantesque a été en partie constitué pour la «guerre africaine de 30 ans» qui a opposé la Libye, le Tchad et le Soudan entre 1963 et 1993», explique Karim Bitar, de l'Institut français de recherches internationales et stratégiques (IFRIS).

Arrivé au pouvoir en 1969, Mouammar Kadhafi, qui «rêvait de s'imposer en leader panafricain», a nettement intensifié la course aux armements, ajoute l'expert, soulignant «la démesure et la folie des grandeurs» du «Guide de la révolution».

Les milliards de dollars tirés du pétrole permettent alors l'achat massif d'armes: avions supersoniques, chars par milliers, missiles balistiques, munitions en quantités astronomiques...

Le matériel des innombrables bases militaires libyennes date essentiellement de cette époque. Sur l'aéroport de Houn (sud), dans l'oasis de Djofra, des supersoniques, chasseurs Mig-25 et bombardiers Tupolev TU-22 conçus en URSS dans les années 1960, pourrissent à côté de bimoteurs français Transall.

Ils ne décolleront plus: les fuselages sont devenus friables, les réacteurs et les hélices sont rouillés, les cockpits rendus quasi opaques par les ultraviolets.

«L'OTAN ne les a même pas bombardés, tout ça ne volait plus depuis des années», s'amuse un combattant du nouveau régime gardant l'endroit.

Près de là, une base de blindés russes -près de 500- pilonnée par l'OTAN ne montre pas meilleur visage: les antiques chars T55 et les véhicules de transports de troupes BMP-1 sont souvent rouillés, la majorité n'ayant visiblement pas bougé depuis longtemps.

Même constat dans un entrepôt de blindés de taille similaire à Zliten, près de Tripoli: «Mon char prend feu lorsque le moteur chauffe trop», rit un combattant conduisant un T55.

Après l'euphorie des années 1970, l'argent a manqué pour l'entretien dans les années 1980, lorsque l'expérience du socialisme kadhafiste -économie dirigée et strict contrôle des prix- a tourné court à cause de l'effondrement du prix du pétrole, source essentielle de revenus pour le pays.

De premières sanctions internationales en 1982, à cause de l'ingérence libyenne dans les pays voisins, et un deuxième embargo plus sévère, en particulier sur les armes, instauré en 1992 par l'ONU contre l'«État terroriste» libyen (attentats du DC-10 d'UTA, de Lockerbie...) ont achevé cette économie flageolante.

Malgré la levée des sanctions fin 2003, les nouveaux équipements sont rares: quelques chars T-90 russes, des missiles russes et français...

Pour Karim Bitar, «la défaite en quelques mois de cette armée suréquipée s'explique par une conjonction» de facteurs.

Au sol, l'armée libyenne disposait de centaines de milliers de tonnes de munitions, certes obsolètes, mais fonctionnelles. Largement de quoi contrer l'amateurisme des rebelles sous-équipés. Mais les frappes aériennes de l'OTAN ont remédié «au déséquilibre des forces», explique l'expert.

Il évoque aussi «la médiocrité de l'encadrement militaire, la paranoïa de Kadhafi l'ayant conduit à écarter les officiers les plus compétents et à s'appuyer tantôt sur ses proches, tantôt sur des mercenaires (...) sans structure ni idéologie».

À Misrata (215 km à l'est de Tripoli), l'ancien officier Bachir Elnari raconte «la corruption et l'incompétence» de son armée. Il travaillait dans un centre de communications caché dans un abri antiatomique qui n'est plus qu'un grand cratère: l'OTAN a sévi.

«J'avais prévenu l'état-major, il y a des années, que le constructeur avait rogné sur le béton. Aucune réaction», se souvient-il. «Il y avait des infiltrations d'eau quand il pleuvait. Vous imaginez, la pluie dans un abri antiatomique...»




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