Syrie: échec des négociations, le cessez-le-feu n'est pas rétabli

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John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, dont les relations se sont crispées cette semaine lors de l'Assemblée générale de l'ONU, sont convenus de discuter encore vendredi.

Jason DeCrow

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Karam AL-MASRI, Maya GEBEILY
Agence France-Presse
Alep et Beyrouth

La réunion internationale qui s'est tenue en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, pour essayer d'arrêter le bain de sang en Syrie, n'a pas permis de rétablir le cessez-le-feu, a annoncé le secrétaire d'État américain John Kerry, jeudi, en début de soirée.

«La question dorénavant est de savoir s'il reste une véritable chance d'avancer parce qu'il est clair que nous ne pouvons pas continuer plus longtemps sur cette voie», a reconnu le secrétaire d'Etat américain John Kerry, concédant l'échec de la réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS).

Ce groupe, qui comprend une vingtaine de pays et organisations internationales impliqués dans le conflit, est co-présidé depuis l'automne 2015 par la Russie et les Etats-Unis et se réunissait pour la deuxième fois cette semaine dans un palace new-yorkais.

«Le seul moyen (d'avancer) est que ceux qui ont la force aérienne dans ce conflit cessent de l'utiliser», a martelé M. Kerry, en référence aux aviations de Damas et de son allié russe.

«Nous exigeons que l'aviation syrienne reste clouée au sol. Et la réponse des Russes n'est pas satisfaisante», a renchéri son homologue français Jean-Marc Ayrault, fustigeant un «régime qui continue en dépit de tout respect de la loi internationale de massacrer son peuple».

C'était une réunion «longue, douloureuse et décevante», a déploré l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura.

John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, dont les relations se sont crispées cette semaine lors de l'Assemblée générale de l'ONU, sont cependant convenus de discuter encore vendredi.

Les combats opposent les forces du régime du... (AP) - image 2.0

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Les combats opposent les forces du régime du président Bachar al-Assad à une coalition de rebelles islamistes et de jihadistes dans le quartier de Ramoussa, dans le sud-ouest de la métropole syrienne.

AP

Offensive majeure contre la partie rebelle d'Alep

Mais la tragédie sur le terrain laisse mal augurer d'une reprise de la diplomatie, la guerre ayant fait plus de 300 000 morts depuis 2011 et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

L'armée syrienne a annoncé jeudi soir le début d'une offensive dans la partie rebelle de la ville d'Alep, avec l'objectif ultime de reprendre ce secteur qui lui échappe depuis 2012.

«Le commandement des opérations militaires annonce le début de ses opérations dans les quartiers est de la ville (ndlr: contrôlés par les rebelles) et appelle les habitants à s'éloigner des positions des groupes terroristes», a indiqué le communiqué de l'armée repris par l'agence officielle Sana, en référence aux groupes rebelles.

La deuxième ville et ancienne capitale économique de Syrie est divisée depuis 2012 entre un secteur ouest aux mains du régime et des quartiers est sous contrôle des rebelles.

L'armée a indiqué que les citoyens des quartiers rebelles qui se présenteraient à ses points de contrôle sur la ligne de démarcation ne seraient pas arrêtés et a dit qu'elle prendrait «toutes les mesures pour faciliter l'accueil des civils» arrivant de la partie insurgée.

«Il s'agit d'une large offensive terrestre appuyée par les frappes des avions russes dans le but de prendre petit à petit le secteur est d'Alep et le vider de ses habitants», a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

«Ils veulent prendre en premier les quartiers d'Amiriya, de Soukkari et de Cheikh Saïd», situés dans le sud (bien sud) de la ville, a-t-il précisé. Amiriya est en partie aux mains de l'armée qui cherche à en prendre le contrôle total.

D'après lui, de violents combats se déroulent à la périphérie sud de la métropole entre les deux bords. Ils avaient commencé en journée et se sont intensifiés en soirée.

Familles en fuite

Le correspondant de l'AFP dans la partie rebelle d'Alep, qui a entendu toute la journée de jeudi d'intenses frappes, a vu une dizaine de familles ayant fui le quartier de Soukkari se réfugier dans d'autres quartiers rebelles plus au nord.

«Plusieurs familles ont quitté les quartiers périphériques depuis quelques jours», a indiqué de son côté M. Abde Rahmane.

Alep, ancienne capitale économique du pays, subit depuis 24 heures un déluge de bombes sur ses quartiers est.

Jeudi soir, le correspondant de l'AFP a entendu des raids d'une violence inouïe s'abattre sur plusieurs quartiers de ce secteur.

D'après l'OSDH, des quartiers rebelles de la ville ont essuyé les «frappes les plus intenses depuis des mois».

«Horribles images»

Sur une vidéo diffusée par ce Centre, une boule de feu illumine le ciel au-dessus de ce qui semble être la ville d'Alep, avec des éclairs à l'horizon.

«Horribles images de bâtiments résidentiels en feu après des raids du régime/russes avec des bombes au phosphore sur Alep», a affirmé dans un tweet un journaliste citoyen, Hadi al-Abdallah.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a indiqué que 13 personnes, dont trois enfants, avaient été tuées dans des bombardements sur les zones rebelles d'Alep.

L'OSDH a par ailleurs indiqué que de violents combats se déroulaient dans le quartier de Ramoussa, au sud-ouest d'Alep, où les rebelles tentent d'enrayer une offensive gouvernementale.

Des affrontements ont en outre lieu dans les provinces centrales de Hama et Homs ainsi que dans la Ghouta orientale, bastion des insurgés à l'est de Damas.

Les violences ont aussi touché Inkhel, dans le sud du pays, où un attentat à la voiture piégée a tué au moins douze personnes, rebelles, responsables de l'administration locale et opposants, dont un «ministre» du gouvernement de l'opposition syrienne.

L'attentat s'est produit à l'occasion de l'inauguration d'une gendarmerie dans cette localité de la province de Deraa, berceau de la révolte en 2011 contre le régime du président Bachar al-Assad. Quelques heures plus tard, l'EI a revendiqué dans un communiqué une attaque suicide à Inkhel, affirmant avoir tué des «dizaines de personnes».

«Impératif humanitaire»

Dans un appel sans précédent, l'ONU a par ailleurs imploré le président syrien de lui permettre de distribuer l'aide alimentaire chargée dans les 40 camions actuellement bloqués à la frontière turco-syrienne, soulignant qu'elle sera périmée lundi.

«S'il vous plait, président Assad, faites ce que vous avez à faire pour nous permettre d'accéder à l'est d'Alep et aussi aux autres zones assiégées», a lancé Jan Egeland, le chef du groupe de travail de l'ONU sur l'aide humanitaire en Syrie.

En dépit des violences, l'ONU a dépêché jeudi un convoi humanitaire vers une zone rebelle assiégée dans la périphérie de Damas, selon un porte-parole à Genève.

Cet acheminement intervient trois jours après le bombardement d'un convoi humanitaire près d'Alep, qui a fait une vingtaine de morts, soulevé un tollé international et envenimé comme rarement les relations entre Moscou et Washington.

Le Pentagone a insisté jeudi sur la responsabilité russe de cette attaque.

Mais le chef d'état-major interarmées américain, le général Joseph Dunford, n'a pas pu dire avec certitude si les bombes avaient été lâchées par des aéronefs syriens ou russes.

Enfin, près de 300 insurgés syriens et leurs familles ont été évacués jeudi du quartier de Waer, dernier bastion rebelle de la ville de Homs, en application d'un accord avec le régime, selon le gouverneur de la province de Homs. L'opposition et ses soutiens accusent le régime de Damas de procéder à des déplacements forces de populations avec ces trêves locales.

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