Procès de Djokhar Tsarnaev: la défense demande la perpétuité

Djokhar Tsarnaev avait été reconnu coupable le 8... (ILLUSTRATION JANE FLAVELL COLLINS, ARCHIVES AP)

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Djokhar Tsarnaev avait été reconnu coupable le 8 avril des attentats du marathon de Boston, qui avaient fait 3 morts et 264 blessés le 15 avril 2013. Il risque la peine de mort.

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Le fil d'arrivée du 117e marathon de Boston s'est rapidement transformé, lundi après-midi, en une véritable scène d'horreur. Vers 14h50, deux bombes ont explosé à deux endroits différents rue Boylston. Trois personnes sont mortes, dont un garçon de 8 ans. Selon un bilan provisoire, au moins 170 personnes, coureurs et spectateurs, ont été blessées, dont certaines gravement. »

Brigitte DUSSEAU
Agence France-Presse
BOSTON

La défense a plaidé lundi pour la réclusion à perpétuité dans le procès des attentats de Boston, estimant que c'était «le meilleur choix» pour un «petit frère» qui avait agi sous l'influence de son aîné radicalisé.

«Aussi horrible que son crime ait été, la prison à vie, confronté à ce qu'il a fait, est le meilleur choix pour tout le monde», a déclaré l'avocat David Bruck, dans sa déclaration d'ouverture, dans la partie finale du procès de Djokhar Tsarnaev, 21 ans.

Tsarnaev avait été reconnu coupable le 8 avril des attentats du marathon de Boston, qui avaient fait 3 morts et 264 blessés le 15 avril 2013. Il risque la peine de mort.

L'avocat a montré une photo de la prison de très haute sécurité, dans le Colorado, où le jeune musulman d'origine tchétchène finira ses jours s'il est condamné à perpétuité.

La punition durera «des années et des années», a insisté l'avocat. «On n'en entendra plus parler. Et il ne sera pas un martyr», a-t-il ajouté, en comparant à la peine capitale, plus «rapide».

L'avocat a longuement insisté sur l'emprise de Tamerlan Tsarnaev sur son jeune frère, décrivant un aîné «agressif» et «extrême», qui avait échoué en tout et s'était progressivement radicalisé, poussé par sa mère.

«Consumé par le djihad»

Il était «consumé par le djihad», a déclaré l'avocat, racontant comment en janvier 2012, Tamerlan s'était rendu en Russie pour essayer de rejoindre le djihad, avant de rentrer aux États-Unis six mois plus tard.

D'une voix douce, l'avocat a aussi raconté la famille Tsarnaev, d'origine tchétchène, une culture où l'autorité est incarnée par le père, ou à défaut par le frère aîné. Après des années d'errance, du Kirghizstan au Daguestan, elle était venue s'installer dans la région de Boston en 2002.

Mais son rêve américain ne durera pas. Le père Anzor est malade. La mère Zubeidat, rejetée par la famille de son mari, devient fondamentaliste, s'habille de noir, entraîne Tamerlan dans cette voie.

Djokhar grandit comme il peut. «C'était un bon gamin», a insisté l'avocat.

Ses parents, souffrant tous les deux de troubles psychologiques selon M. Bruck, rentrent en Russie en 2012. Tamerlan reste alors le seul adulte de référence pour son jeune frère.

Tamerlan avait «le pouvoir» sur Jahar, a insisté l'avocat, utilisant le surnom affectueux donné par ses amis au jeune Djokhar Tsarnaev.

Et «quand Tamerlan a commencé à sortir du chemin, il a attiré son jeune frère avec lui».

Un des premiers témoins, un imam, Loay Assaf, a fait état de deux incidents à la mosquée de Cambridge (banlieue de Boston) en 2012 et 2013, durant lesquels un Tamerlan furieux s'était emporté contre lui, estimant que parler de Thanksgiving ou de Martin Luther King n'était pas «islamique».

Impénétrable

Un troisième témoin a aussi affirmé que par rapport à Tamerlan le boxeur, Djokhar Tsarnaev était calme et ne montrait pas d'agressivité.

Moins de 20 % des habitants du Massachusetts sont favorables à la peine capitale pour le jeune accusé, selon un nouveau sondage publié lundi dans le Boston Globe.

Ce pourcentage n'a cessé de baisser: il était de 33 % en septembre 2013, et de 26 % juste après que Tsarnaev eut été reconnu coupable le 8 avril.

La défense devrait prendre deux semaines.

Tsarnaev, maigre et frêle, est resté impénétrable lundi. Durant le procès, il n'a jamais regardé ses victimes, et n'a jamais montré aucune émotion.

Plusieurs voix se sont récemment élevées pour demander qu'il ne soit pas condamné à mort, dont celle des évêques catholiques et épiscopaliens du Massachusetts, et celle des parents de sa plus jeune victime, Martin Richard, 8 ans, éviscéré par sa bombe.

Dans une émouvante lettre ouverte, ils ont demandé qu'il soit condamné à la perpétuité, pour éviter des appels à répétition en cas de condamnation à mort, qui seraient, ont-ils expliqué, autant de souffrances ravivées.

Le jury devra être unanime s'il décide de la peine de mort. Si un seul juré a des doutes, ce sera la réclusion à perpétuité.

«Obsédé par l'islam et la politique»

La mère de la jeune veuve de Tamerlan Tsarnaev a raconté lundi à Boston qu'il était obsédé par l'islam et la politique, et voulait absolument lui faire lire le Coran.

Judith Russell, une infimière, a raconté, au procès des attentats de Boston, que personne de sa famille n'était allé au mariage de sa fille Katherine et de Tamerlan Tsarnaev, le frère aîné de l'accusé Djokhar Tsarnaev. La défense, qui veut éviter la peine de mort à Djokhar Tsarnaev, a présenté Tamerlan comme le cerveau auto-radicalisé des attentats du marathon.

«Je pensais qu'ils n'allaient pas bien ensemble», a-t-elle dit de sa fille et Tamerlan Tsarnaev. Mme Russell a expliqué qu'il ne travaillait pas, était prétentieux, et n'avait au départ qu'une passion, la boxe.

Sa fille Katherine s'était convertie à l'islam après l'avoir rencontré dans une boîte de nuit. Elle était rapidement tombée enceinte, abandonnant ses études universitaires. Elle avait commencé à porter de longs vêtements et à se couvrir la tête.

Au fil du temps, lui était «devenu de plus en plus religieux», se laissant pousser la barbe et les cheveux, a raconté Judith Russell. C'était devenu «une obsession». Il voulait toujours parler d'islam et de politique, «de l'influence de ce pays et du mal (qu'il faisait) aux pays musulmans».

Peu après la naissance de leur fille, alors que Katherine était revenue vivre avec ses parents, Tamerlan était parti six mois en Russie en 2012.

«J'ai trouvé ça égoïste», a dit Mme Russell, parfois au bord de larmes, racontant les tensions que ce mariage avait créées entre sa fille et elle.

Au fil du temps, elle avait renoncé à parler à Tamerlan Tsarnaev, qu'elle n'avait revu qu'une fois brièvement après son retour de Russie.

Depuis deux ans, sa fille, qui était devenue plus distante, a repris sa vie en main. «Elle se remet», a-t-elle raconté, prenant soin de souligner que son épreuve n'était en rien comparable à celle des victimes des attentats.

Mme Russell avait été appelée à la barre par la défense de Djokhar Tsarnaev.

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