Accueil des réfugiés au Québec: une facture de plus de 60 millions

Ottawa ne s'est pas encore engagé à payer... (Photo fournie par UNICEF Canada)

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Ottawa ne s'est pas encore engagé à payer la facture supplémentaire liée à l'engagement électoral de Justin Trudeau d'accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici le 1er janvier 2016.

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(Québec) La grande région de Montréal accueillerait 60 % des 5700 migrants syriens attendus au Québec dans la foulée de la promesse de Justin Trudeau d'ouvrir les portes du pays à 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année.

Une évaluation encore bien sommaire des coûts de cette opération porte à croire que l'on dépassera allègrement les 60 millions. Intégrer les 3650 « migrants » prévus en septembre coûtait déjà 29 millions. Or, on double presque le contingent et, de surcroît, il s'agira d'individus « pris en charge », dont l'accueil coûte beaucoup plus cher. Des sources présentes à une rencontre fédérale-provinciale hier soulignent qu'Ottawa ne s'est pas engagé à payer la facture supplémentaire liée à l'engagement électoral de Justin Trudeau.

Les ministres fédéraux de l'Immigration, John McCallum, et de la Sécurité publique, Ralph Goodale, feront le point au début de la semaine prochaine sur toute l'opération fédérale, dont la préparation est beaucoup plus avancée qu'on a semblé le croire au Québec jusqu'ici. Dans un communiqué publié hier soir, le cabinet du ministre McCallum ne fournit aucune date, toutefois, quant au début des arrivées.

« [Je suis] rassuré du niveau de préparation du gouvernement fédéral et quant aux protocoles de sécurité prévus. De ce point de vue, cela me paraît blindé. », a dit Pierre Moreau, ministre québécois de la Sécurité publique, joint par La Presse hier soir alors qu'il se trouve en réunion à Ottawa avec sa collègue de l'Immigration, Kathleen Weil.

Les tests de sécurité de même que les examens de santé auront lieu avant le départ de Turquie, de Jordanie ou du Liban, a-t-on appris. En coulisse, les intervenants fédéraux expliquent que la présélection du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés porte déjà sur la sécurité et que le Canada aura à choisir parmi ce contingent de candidats qui ont déjà franchi un premier examen. Des tests biométriques poussés sont prévus.

Degré d'enthousiasme variable

Du côté de Québec, l'Immigration a fait la tournée des directeurs généraux des 13 villes susceptibles d'accueillir les réfugiés, d'où il ressort que la perspective de recevoir ces nouveaux arrivants suscite un degré d'enthousiasme très variable. Pour Montréal, Laval et Longueuil-Brossard, on arrive à 1835 personnes qui devraient être prises en charge par le gouvernement et 1710 parrainées, soit 3545 sur les 5700 attendues au Québec.

On a évalué l'intérêt et la capacité des organismes bénévoles à offrir des places et on a fait une projection sur les cibles pour atteindre le quantum pour le Québec, 23,1 % des 25 000, soit le poids démographique de la province dans la population canadienne.

À Trois-Rivières, on avoue être « perplexe » devant le scénario d'arrivée massive de migrants « qui ne parlent pas notre langue », a souligné le chef de cabinet du maire Yves Lévesque, Roger D. Landry. 

« Sur le plan humanitaire, personne ne peut s'opposer à ça, mais il faut bien faire les choses. Ici, on accueille environ 100 réfugiés en un an, et là, ce serait deux à trois fois plus, sur une période beaucoup plus brève. »

À Québec, le maire Régis Labeaume s'est dit disposé à accueillir jusqu'à 800 « migrants » syriens si, bien sûr, la ville reçoit le financement nécessaire.

Toujours selon le relevé de Québec, Drummondville et Saint-Hyacinthe auraient des réserves, et Longueuil-Brossard était perplexe devant des échéances aussi serrées. Joints par La Presse hier, Drummondville et Longueuil soutiennent être ouverts sans réserve à ces nouveaux arrivants. « Drummondville n'a aucune réticence à accueillir des Syriens », insiste Sébastien Lépine, le directeur de la ville. Même chose pour Longueuil : « La mairesse [Caroline] St-Hilaire est très favorable et l'a dit publiquement. On parle de 250 personnes », résume Jacques Tétreault.

À Brossard, on est un peu moins enthousiaste. « On manque encore de renseignements. On a eu une conversation téléphonique avec le ministère de l'Immigration où on ne nous a donné aucune précision », constate le maire Paul Leduc. Laval et Gatineau ont déjà des communautés syriennes importantes. Granby, Saint-Jérôme et Victoriaville font aussi partie de la liste des villes susceptibles de recevoir des Syriens.

Deux vagues

Une synthèse québécoise des gestes posés jusqu'à aujourd'hui, un document d'une page destiné aux ministres québécois, indique que le Québec a reçu 826 réfugiés syriens, dont seulement neuf sont « pris en charge par le gouvernement ». Les autres sont parrainés par des familles, des églises ou des organismes bénévoles. Au terme de l'exercice, il devrait y avoir 2900 parrainés et 2850 « pris en charge » par le gouvernement. C'est pour ce contingent que Québec s'attend à être remboursé par Ottawa.

Ces 2800 arrivants seraient accueillis en deux vagues, un premier contingent de 700, un second de 2100. Aucune date ferme n'a été établie, mais dans les bases militaires, à Valcartier, par exemple, on a reçu l'ordre d'être prêt à recevoir des migrants dès le 1er décembre.

Un « Plan stratégique », document émanant d'Ottawa, circule aussi dans les ministères concernés. L'annexe E, sur la santé, a fait grincer des dents, au ministère de Gaétan Barrette, où on avait cru comprendre que la Croix-Rouge prendrait en charge les examens et les soins de santé dont auront besoin les nouveaux arrivants.

Or La Presse a pu faire confirmer auprès de l'organisation internationale qu'elle avait déjà fait savoir que les intervenants au Québec seraient des médecins québécois, conformément à la loi québécoise sur la santé, une information qui n'avait pas remonté jusqu'au comité interministériel québécois.

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