Vers une scission de la gauche vénézuélienne?

Les partisans d'Hugo Chavez se sont rassemblés en... (PHOTO LEO RAMIREZ, AFP)

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Les partisans d'Hugo Chavez se sont rassemblés en grand nombre devant le palais présidentiel, hier, à Caracas, pour marquer le début de son nouveau mandat en dépit de son absence.

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Les chavistes ont célébré avec faste hier la nouvelle présidence d'Hugo Chavez, en l'absence du principal intéressé. Les rues de Caracas étaient couvertes du rouge du socialisme bolivarien. L'opposition affirme que c'est une entorse à la Constitution et que Chavez, convalescent depuis un mois à Cuba, n'est pas apte à diriger le pays.

Margarita Lopez Maya, historienne de l'Université centrale de Caracas, a appuyé Hugo Chavez jusqu'en 2007. Depuis, elle est devenue critique envers le président vénézuélien, dont elle n'aime pas le socialisme centralisateur. La Presse s'est entretenue avec Mme Lopez Maya au téléphone.

Q: Que pensez-vous de l'inauguration de la présidence d'Hugo Chavez, tenue hier en son absence?

R: Quand il est parti pour Cuba le 8 décembre, il a appelé le peuple et son parti à respecter la Constitution de 1999. Elle est très claire: en cas d'absence temporaire ou permanente du président, il faut que le président de l'Assemblée nationale, Diosdado Cabello, prenne les rênes du pouvoir. Le chavisme a décidé de prendre une voie extraconstitutionnelle, qui a été légalement approuvée par un tribunal subordonné à son projet politique. Il y a deux jours, l'armée a affirmé à la télévision qu'elle appuyait le gouvernement. C'est une situation très irrégulière. En somme, le gouvernement considère que les élections du 7 octobre (remportées par Chavez avec 55% des voix) ont préséance sur la Constitution.

Q: Chavez pourrait-il accepter de céder le pouvoir à Cabello de manière temporaire?

R: Je ne suis pas convaincue que Chavez a approuvé ce qui s'est passé. Sa lettre à l'Assemblée nationale, dans laquelle il demandait que l'inauguration soit faite sans lui, n'était pas signée.

Q: L'opposition pourrait-elle mettre le gouvernement en difficulté avec des manifestations?

R: Je crois qu'elle est trop faible. Mais d'ici quelques semaines, si rien ne change, il y aura des tensions dans le camp chaviste. Déjà, des partis non chavistes qui ont voté pour Chavez le 7 octobre protestent. Bandera roja (drapeau rouge) a traité Nicolas Maduro, désigné par Chavez en octobre comme son dauphin et nommé vice-président, d'usurpateur. Il est possible que le parti chaviste ait peur qu'en cas d'élections, les partis de gauche n'appuient pas Maduro et permettent à Henrique Capriles [défait le 7 octobre] d'être élu. En tout, les partis alliés à Chavez représentent 10% de l'électorat.

Q: L'opposition a-t-elle raison de voir un bras de fer entre Maduro et Cabello?

R: Je crois à tout le moins qu'ils ne se font pas confiance. Il est aussi possible que les Cubains soient ceux qui tirent les ficelles et qu'ils cachent des choses aux chavistes sur l'état de santé de Chavez. Ils ont beaucoup à perdre, le Venezuela vend du pétrole au rabais à Cuba. Ce qui est certain, c'est que Maduro n'a pas réussi à s'imposer. Il n'a rien fait de particulièrement intelligent. Il s'est limité à répéter des slogans creux, des éloges à Chavez et des attaques contre les fascistes de l'opposition. Il n'a jamais montré d'esprit d'initiative propre, il a toujours fait ce que Chavez lui disait de faire.

Q: Pourquoi avez-vous cessé d'appuyer Chavez?

R: Au départ, j'appuyais son idée de démocratie participative, ce qui, pour moi, signifiait la décentralisation prévue dans la tentative avortée de modification constitutionnelle de 1992. Mais quand il a décidé d'imposer le socialisme étatique centralisateur, malgré le fait que ce projet ait été rejeté lors du référendum constitutionnel de 2007, j'ai décroché. Maintenant, il en est rendu à proposer une décentralisation sous forme de démocratie d'assemblée, selon laquelle les décisions se prennent à main levée, mais toujours avec des directives fermes du pouvoir central. Nous abandonnons la démocratie libérale pour la démocratie collective.

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CONVALESCENCE ARDUE

Hugo Chavez, 58 ans, a été opéré pour la quatrième fois le 11 décembre pour un cancer abdominal, à La Havane. Les autorités cubaines ont admis qu'il y avait eu des complications, notamment une hémorragie, puis une infection pulmonaire au début du mois de janvier. Depuis, son état est stable, selon les autorités vénézuéliennes.

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