Mnangagwa promet au Zimbabwe de tourner le dos à l'ère Mugabe

Emmerson Mnangagwa, au centre, est le nouveau président... (Photo Ben Curtis, AP)

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Emmerson Mnangagwa, au centre, est le nouveau président du Zimbabwe. À 75 ans, il est le dauphin de Robert Mugabe.

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Susan NJANJI, Reagan MASHAVAVA
Agence France-Presse
HARARE

Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a mis vendredi un point final aux trente-sept ans du règne autoritaire de Robert Mugabe, en promettant de redresser l'économie du pays et de tourner le dos à l'ancien régime.

Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a mis vendredi un point final aux trente-sept ans du règne autoritaire de Robert Mugabe, en promettant de redresser l'économie du pays et de tourner le dos à l'ancien régime.

Costume noir et cravate rouge sur chemise blanche, le nouveau maître du pays a prêté serment devant plusieurs dizaines de milliers de partisans enthousiastes, massés dans un stade de la banlieue de la capitale Harare.

«Moi, Emmerson Dambudzo Mnangagwa, jure qu'en tant que président de la République du Zimbabwe je serai loyal à la République du Zimbabwe et obéirai, soutiendrai et défendrai la Constitution et les lois du Zimbabwe,» a-t-il déclaré

À 75 ans, M. Mnangagwa prend les rênes du pays trois jours à peine après la démission historique du plus vieux dirigeant en exercice de la planète, 93 ans, poussé vers la sortie par son armée, son parti et la rue.

Dans un pays qui sort ruiné de l'ère Mugabe, les attentes des 16 millions de Zimbabwéens sont immenses. Mais les doutes persistent sur l'aptitude du nouveau chef de l'État, longtemps aux commandes de l'appareil répressif de Robert Mugabe, à rompre avec les habitudes de l'ancien régime.

«Nous voulons que nos enfants aient des emplois, nos hôpitaux des médicaments et nos écoles des livres», a résumé Prisca Siyapenda, un retraité de 52 ans, venu acclamer le nouveau président dans un National Sports Stadium plein à craquer.

«Nous espérons un nouveau départ», a-t-il ajouté.

Conscient de la tâche titanesque qui l'attend, le «Crocodile», ainsi qu'il est surnommé pour son caractère impitoyable, a profité de son premier discours pour multiplier les promesses.

«Nous allons créer des emplois pour notre jeunesse et réduire la pauvreté pour toute la population», a lancé M. Ngangagwa, «les actes de corruption doivent cesser sur le champ».

«Père de la nation»

Il a aussi annoncé qu'il indemniserait les fermiers blancs expulsés manu militari de leurs propriétés au début des années 2000. Cette réforme, emblématique de l'ère Mugabe, avait valu à son prédécesseur une volée de critiques et de sanctions internationales.

M. Mnangagwa s'est par ailleurs engagé à protéger les investissements étrangers et à renouer avec la communauté internationale. «Dans ce monde global, aucune nation n'est, ne peut ou ne doit être une «île», a-t-il insisté.

Le nouveau chef de l'État n'a pas non plus manqué de rendre hommage à son prédécesseur, «père de la nation». «Acceptons et reconnaissons tous son immense contribution à la construction» du pays, a-t-il lancé à la foule.

À la veille de son entrée en fonction, M. Mnangagwa s'est entretenu jeudi avec Robert Mugabe, à qu'il a promis, ainsi qu'à sa famille, les «conditions de sécurité et de bien-être maximaux», a rapporté le quotidien gouvernemental The Herald.

Trois jours après la chute du régime, le sort réservé au couple présidentiel restait toutefois encore mystérieux.

«Je ne sais pas ce qui a été négocié, mais je peux vous dire qu'aucun Zimbabwéen ne souhaite que Mugabe soit poursuivi en justice ou pendu ou lynché», a déclaré à l'AFP un de ses ministres, Supa Mandiwanzira, «les gens veulent tourner la page».

Robert Mugabe a été poussé vers la sortie par un coup de force de l'armée, qui a pris le contrôle du pays dans la nuit du 14 au 15 novembre après le limogeage de M. Mnangagwa.

Cacique du régime depuis l'indépendance du Zimbabwe en 1980, le «crocodile» a été sèchement remercié sur ordre de la Première dame Grace Mugabe, qui lui disputait la succession de son mari, à la santé de plus en plus fragile.

«Coterie»

Après avoir résisté plusieurs jours aux pressions des militaires, de son parti, la Zanu-PF, et de la rue, «camarade Bob» a fini par capituler mardi en présentant sa démission, menacé par une procédure de destitution devant le Parlement.

«Il (M. Mugabe) a été victime de sa femme et de la coterie de conseillers qui l'entouraient», a commenté vendredi à l'AFP le ministre de la Cybersécurité Patrick Chinamasa, «nous ne voulions certainement pas que cela se termine comme ça».

M. Mugabe a laissé derrière lui une économie ruinée par ses réformes dévastatrices. Avec un taux de chômage à 90%, les Zimbabwéens vivent de petits boulots, l'argent manque et le spectre de l'hyperinflation rôde.

«La priorité du nouveau gouvernement, c'est de redresser la situation économique et financière catastrophique du pays», a souligné l'analyste Robert Besseling, de EXX Africa.

Malgré son discours, le profil et la personnalité du nouveau maître du Zimbabwe suscitent quelques inquiétudes.

Fidèle parmi les fidèles du régime, Emmerson Mnangagwa, proche de la hiérarchie sécuritaire, plusieurs fois ministre, traîne derrière lui une sinistre réputation d'exécuteur des basses oeuvres de l'ex-président Mugabe.

«Des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont disparu ou ont été tuées», a rappelé Amnesty International.

Soucieux de rassurer, M. Mnangagwa a une nouvelle fois appelé vendredi ses concitoyens «reconstruire le pays ensemble».

Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), plaide pour un gouvernement d'union nationale jusqu'aux élections prévues en 2018.

Mnangagwa n'a pas encore levé le voile sur ses intentions, mais il a promis que le scrutin se tiendrait «comme prévu».

Contrairement à ses homologues du Mozambique ou de Zambie, le président sud-africain Jacob Zuma n'a pas assisté à l'investiture du nouveau chef de l'État zimbabwéen. Mais il a souligné «la nécessité de maintenir la paix et la stabilité».




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