Au Zimbabwe, la rue gronde pour demander le départ de Mugabe

Cette manifestation est l'une des plus grandes jamais organisées... (PHOTO ZINYANGE AUNTONY, AFP)

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Cette manifestation est l'une des plus grandes jamais organisées au Zimbabwe depuis l'indépendance du pays, en 1980.

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Fanuel JONGWE, Susan NJANJI
Agence France-Presse
HARARE

Des dizaines de milliers de Zimbabwéens ont manifesté samedi, dans une ambiance festive, pour exiger la démission de Robert Mugabe, accentuant la pression sur le président qui rencontrera dimanche l'armée, désormais aux commandes du pays.

Le Zimbabwe a connu samedi l'une des plus grandes manifestations jamais organisées, depuis l'indépendance et l'arrivée au pouvoir de Robert Mugabe en 1980.

«Un jour historique», a résumé samedi soir, avec une voix émue, la présentatrice du journal de la ZBC, la télévision d'État.

«Trop c'est trop, Mugabe doit partir», «Repose en paix Mugabe», «Non à la dynastie Mugabe», «Au revoir grand-père», proclamaient des affiches brandies par des manifestants euphoriques dans un concert de klaxons et de vuvuzelas.

Les manifestations organisées dans la capitale et la deuxième ville du pays, Bulawayo (sud-ouest), ont rassemblé des citoyens de tout bord politique: des ministres, des proches du parti au pouvoir, la Zanu-PF, mais aussi de l'opposition, des Noirs et, fait rarissime, des Blancs, tous unis contre un seul homme, Robert Mugabe.

«Ça fait longtemps qu'un truc pareil n'est jamais arrivé, être ensemble», la majorité noire et la minorité blanche issue des descendants de colons britanniques, s'est réjoui Stephanus Krynauw, un fermier blanc expulsé dans le cadre de la réforme agraire très controversée lancée en 2000 par le régime Mugabe.

Toute la journée, les manifestants ont salué l'intervention de l'armée qui a pris le contrôle du pays dans la nuit de mardi et à mercredi et assigné à résidence le président Mugabe.

«Merci les forces armées», pouvait-on lire sur des pancartes au milieu de nombreux portraits du chef d'état-major, le général Constantino Chiwenga.

À Harare, l'armée, qui a officiellement apporté son soutien à cette journée anti-Mugabe, a stoppé en début d'après-midi des milliers de personnes qui se dirigeaient vers le palais présidentiel, provoquant l'incompréhension des manifestants.

«Ce n'est pas juste. Pourquoi les soldats nous empêchent-ils d'aller au palais présidentiel ?», s'est indignée Rutendo Maisiri, une chômeuse de 26 ans. La foule s'est finalement dispersée dans le calme, sous l'oeil de militaires masqués et lourdement armés.

Ensemble

L'intervention de l'armée constitue un tournant dans le long règne de Robert Mugabe, marqué par la répression de toute opposition et une grave crise économique. Environ 90% de la population active est au chômage.

À 93 ans, le plus vieux chef d'État en exercice de la planète se retrouve de plus en plus isolé, abandonné par ses alliés les plus précieux: après l'armée et les anciens combattants, neuf des dix sections régionales de la Zanu-PF l'ont à leur tour lâché vendredi soir et ont demandé son départ.

Dimanche, le comité central du parti doit se réunir pour décider de son sort.

«Nous nous réunissons pour endosser les décisions des neuf provinces» du pays, a déclaré à l'AFP un haut responsable du parti. «Nous le rappelons en tant que président et premier secrétaire du parti», a-t-il ajouté sous couvert d'anonymat.

Les négociations entre Robert Mugabe et l'armée, engagées jeudi, vont elles se poursuivre dimanche, a annoncé la ZBC. Le président, qui s'accroche pour l'instant au pouvoir, a accepté de rencontrer l'état-major de l'armée, pour la deuxième fois depuis le début du coup de force militaire.

«Lady Gaga»

Dans la nuit de mardi à mercredi, l'armée était intervenue - sans effusion de sang - à Harare en soutien à Emmerson Mnangagwa, limogé une semaine plus tôt de son poste de vice-président.

Dans la ligne de mire de l'armée se trouve le groupe dit des G40, une faction de la Zanu-PF qui soutient la Première dame Grace Mugabe et ses ambitions présidentielles.

C'est elle qui a fait tomber Emmerson Mnangagwa, devenu un concurrent beaucoup trop encombrant dans sa course à la succession du président. Elle avait mené une active campagne de dénigrement de son adversaire. Elle a finalement été le catalyseur de la crise politique actuelle.

«Au revoir Lady Gaga», se félicitait avec humour un manifestant samedi.

Le nom d'Emmerson Mnangagwa, surnommé le «crocodile», circule désormais pour prendre la direction d'une éventuelle transition politique. Plusieurs manifestants brandissaient samedi son portrait et des objets en forme de reptile, devenu le symbole de cette «révolution de palais».

Ils avaient répondu à l'appel des anciens combattants du Zimbabwe - acteurs incontournables de la vie politique - et de mouvements de la société civile, dont le mouvement ThisFlag du pasteur Ewan Mawarire, une des têtes d'affiche de la fronde anti-Mugabe réprimée en 2016 par les forces de sécurité.




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