La Gambie écrit une nouvelle page de son histoire après la défaite de Jammeh

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Yahya Jammeh

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Joe SINCLAIR, Jennifer O'MAHONY
Agence France-Presse
BANJUL

La Gambie entamait une nouvelle page de son histoire samedi, au lendemain de la reconnaissance par Yahya Jammeh, qui a dirigé le pays 22 ans, de sa défaite électorale face à l'homme d'affaires Adama Barrow, un retentissant dénouement salué à travers le monde.

À Banjul, beaucoup exprimaient encore samedi leur joie de la défaite de Jammeh, mais de manière plus individuelle par rapport à la veille. D'exubérantes scènes de liesse ont été vues, avec des jeunes arrachant ou piétinant des portraits sur les affiches du dirigeant battu.

Le déploiement de forces de sécurité était également plus discret.

Cependant, beaucoup demeuraient déroutés par le rapide épilogue électoral, inattendu dans ce pays enclavé dans le territoire sénégalais hormis sa façade atlantique, et qui a levé les craintes de troubles politiques exprimées dans certains milieux.

Arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1994, Yahya Jammeh avait été élu une première fois en 1996 pour cinq ans, puis réélu trois fois.

Il s'était déclaré sûr d'obtenir un cinquième mandat jeudi, et ses détracteurs lui prêtaient l'intention de n'accepter aucune autre issue. À la surprise générale, il a reconnu sa défaite dans une déclaration télévisée vendredi soir.

«Vous, Gambiens, avez décidé que je devais être en retrait» à l'issue de la présidentielle de jeudi, a déclaré ce militaire retraité, avant de féliciter Adama Barrow pour sa «victoire claire».

Il lui a aussi téléphoné devant les caméras, lui souhaitant «bonne chance». «Le pays sera entre vos mains en janvier et vous pouvez compter sur mon aide durant votre transition», lui a-t-il dit.

Jusqu'à samedi soir, rien ne permettait cependant d'expliquer ce qui a favorisé un tel scénario, d'autant que Jammeh a gouverné sans partage et gardé la majorité des Gambiens dans le rang notamment par la répression - parfois sanglante - de toute contestation et la peur des pouvoirs mystiques dont il se dit doté.

Si certains s'interrogeaient sur son sort, lui-même semblait serein quant à son avenir post-pouvoir: il ne s'exilera pas et mènera une vie de paysan à Kanilai, son village natal dans l'ouest de la Gambie, a-t-il assuré dans son message télévisé.

Jammeh, futur «citoyen ordinaire»

«S'il veut vivre en Gambie en tant que citoyen ordinaire», il en a le droit, puisque «c'est un Gambien», «je n'ai pas de problème» avec ça, a dit Adama Barrow dans un entretien avec des médias français samedi.

Il a indiqué qu'il ne se considérait pas comme un politicien: «Je suis un homme d'affaires et je vais continuer mes affaires».

Ce patron d'agence immobilière marié à deux femmes et père de cinq enfants, qui fut vigile de supermarché en Grande-Bretagne où il a vécu, était inconnu sur la scène politique six mois auparavant.

Désigné candidat par une large coalition de l'opposition, il a obtenu 45,5% des voix à la présidentielle de jeudi, devant Yayha Jammeh (36,6%) et le troisième candidat en lice, Mama Kandeh (17,8%). Les trois hommes sont tous âgés de 51 ans.

Adama Barrow a eu un agenda chargé samedi.

Après avoir rencontré des responsables de sa coalition selon une source dans son entourage, il s'est entretenu avec le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest et au Sahel, Mohamed Ibn Chambas, a-t-on indiqué de source diplomatique.

Depuis vendredi, beaucoup de Gambiens font état d'un bonheur inextinguible. Lamin Kuyateh, 56 ans, rencontré au marché artisanal, s'est dit «vraiment heureux parce que nous nous sommes débarrassés du mal», avant de s'emparer d'une kora et d'improviser une chanson: «Gambie, Gambie, nouveau président».

Abdulrahman Jallow, 51 ans, fait partie des rares à saluer publiquement le bilan de Jammeh, «un homme qui beaucoup fait pour la Gambie» selon lui. «Mais chaque chose a une fin, donc son temps a expiré. Maintenant, nous devons avancer, construire une meilleure Gambie», a-t-il ajouté.

Les félicitations internationales à l'adresse des Gambiens, de Barrow pour sa victoire et de Jammeh pour avoir accepté sa défaite, se sont multipliées.

Après la Commission économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union africaine, l'ONU, les États-Unis, le Sénégal - dont le président Macky Sall s'est entretenu par téléphone avec Barrow -, l'Union européenne (UE) a joint sa voix au concert d'hommages samedi.

Dans un communiqué, elle s'est déclarée «prête à appuyer pleinement» Barrow et son futur gouvernement «sur la voie des réformes démocratiques» promises durant sa campagne.




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