Quand les déplacés de Boko Haram meurent de faim

Un homme prépare et sert à manger dans... (PHOTO AMINU ABUBAKAR, ARCHIVES AFP)

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Un homme prépare et sert à manger dans un camp de déplacés, près de Maiduguri, bastion de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, le 19 mai.

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Aminu ABUBAKAR
Agence France-Presse
KANO, Nigeria

Ils ont réussi à fuir les violences de Boko Haram. Mais ils ont fini par « mourir de faim ». C'est le sort que connaissent chaque jour des déplacés au camp de Banki, dans le nord-est du Nigeria.

Banki se trouve à environ 130 km au sud-est de Maiduguri, la capitale de l'État de Borno et la plus grande ville de la région. Cette petite agglomération reculée, près de la frontière camerounaise, était tombée aux mains des djihadistes jusqu'à sa libération par l'armée en septembre.

Un camp de déplacés y a été ouvert, il y a trois mois, et, depuis, « les gens y meurent en grand nombre, tous les jours, par manque de nourriture », explique un milicien qui combat Boko Haram aux côtés de l'armée.

« Ils sont entre 10 et 11 par jour à y mourir de faim, des hommes, des femmes et des enfants », insiste-t-il sous couvert d'anonymat. « Dans le cimetière de Bulachira, nous avons compté 376 tombes de déplacés morts depuis trois mois », poursuit le jeune homme.

« Au moins 10 personnes sont enterrées chaque jour dans le cimetière (...) le camp entier souffre de la faim. Les gens sont émaciés (...) Si personne n'intervient, on risque une catastrophe immense », prévient un autre soldat déployé à Banki depuis la libération de la ville.

Les autorités de l'État de Borno et les organisations humanitaires l'ont déjà souligné à plusieurs reprises : c'est toute la région du lac Tchad qui est touchée par les pénuries alimentaires, au terme de sept années de violences islamistes.

Selon l'ONU, environ 9,2 millions de personnes vivant autour du lac, frontière naturelle entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, manquaient en mai de nourriture.

« La ration de nourriture pour tous les occupants de cette pièce est si petite, qu'elle pourrait être consommée par ce jeune garçon », déplore, en montrant du doigt un enfant de six ans, Aisha Bala, une Nigériane réfugiée dans un camp au Niger voisin.

Et même dans le grand camp de Dalori (Nigeria), qui accueille quelque 20 000 personnes en périphérie de Maiduguri, les déplacés se plaignent de n'avoir pas assez à manger, les enfants se disant toujours affamés.

Depuis un attentat-suicide en janvier, ce camp est sous surveillance renforcée. Et les déplacés doivent se contenter de deux bols quotidiens de riz et haricots.

« Des morts vivants »

Salon Ahmed Satomi, le secrétaire exécutif de l'agence de secours de l'État nigérian de Borno, le camp de Banki compte environ 10 000 déplacés et des « trousses de secours » y ont été acheminées il y a deux semaines.

Mais les miliciens affirment que ce camp n'a reçu aucune aide de l'État et que seule l'ONU a fourni des conteneurs d'eau et du matériel sanitaire en avril.

« On se prépare à acheminer du maïs et du riz » ce qui devrait nourrir les déplacés durant « les 40 jours à venir », affirme M. Satomi. Pour lui, la priorité n'est pas tant Banki que Bama, à une soixantaine de kilomètres.

« Banki peut être ravitaillé depuis Amchide et le Cameroun voisin », alors que Bama, où se trouvent de nombreux déplacés, dépend exclusivement de Maiduguri en terme de ravitaillement, explique-t-il.

Depuis 2009, l'insurrection de Boko Haram a fait au moins 20 000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés. Maintenant que l'armée a repris le contrôle d'une grande partie du territoire, le gouvernement nigérian encourage les déplacés à rentrer chez eux.

Mais pour y retrouver quoi ? La plupart des déplacés vivaient de cultures vivrières, et leurs champs comme leurs maisons ont été dévastés.

Déjà l'année dernière, les autorités sanitaires avaient recensé 6500 enfants en état de malnutrition avancée dans les camps de déplacés de l'État de Borno. Et en février, on a évalué à 25 000 le nombre d'enfants souffrant de « symptômes modérés » de malnutrition.

Selon le milicien et le soldat interrogés par l'AFP, l'armée partage désormais ses rations avec les déplacés, qui n'ont pas non plus accès à des soins médicaux ou même à des médicaments de base comme du paracétamol.

« Ce sont des morts vivants », a relaté le milicien par téléphone. Sans les rations de l'armée, « ils ne seraient que quelques-uns à avoir survécu », insiste-t-il.

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