Nigeria: un attentat fait 58 morts dans un camp de déplacés

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Le camp de personnes déplacées de Dikwa, le 27 décembre dernier.

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Bukar HUSSAIN
Agence France-Presse
MAIDUGURI

Cinquante-huit personnes ont été tuées mardi dans un double attentat-suicide perpétré par deux femmes kamikazes dans un camp de personnes déplacées par les attaques du groupe islamiste nigérian Boko Haram dans le nord-est du Nigeria.

Le chef des services d'urgence dans l'État de Borno, au nord-est, Satomi Ahmed a raconté mercredi à l'AFP le déroulement de cette attaque-suicide.

« D'après ce que nous savons, trois femmes kamikazes déguisées en réfugiées sont arrivées vers 6 h 30 (5 h 30 GMT) dans le camp de Dikwa », a déclaré M. Ahmed. Dikwa est situé à environ 90 kilomètres à l'ouest de la capitale de Borno, Maiduguri, ancien fief de Boko Haram.

« Deux (femmes) ont déclenché leurs explosifs. La troisième a refusé (de le faire) quand elle a réalisé que ses parents ainsi que ses frères et soeurs étaient dans le camp et elle s'est rendue aux autorités », a poursuivi le responsable.

« Nous avons dénombré 35 cadavres et 78 personnes blessées », a-t-il ajouté, précisant que les blessés avaient été évacués vers deux hôpitaux de Maiduguri. Le bilan des morts a ensuite grimpé à 58, selon les services de secours.

Le camp de Dikwa abrite des habitants de six zones de l'État de Borno : Dikwa même, Gamboru Ngala (à la frontière avec le Cameroun) et les villes de Marte, Kalabalge, Bama et Mafa.

Selon Satomi Ahmed, la kamikaze qui ne s'est pas fait exploser a prévenu les militaires du camp de nouvelles attaques à venir dans la région.

Ce double attentat, qui aurait été mené en représailles d'une attaque militaire contre des bastions de Boko Haram la semaine dernière, nourrit de nouvelles craintes sur la sécurité et pas uniquement celle concernant les personnes déplacées.

Il risque de mettre la pression tant sur l'armée que sur le gouvernement à Abuja qui mène une politique de retour dans leur foyer des civils qui avaient fui les exactions du groupe islamiste.

Les autorités nigérianes ont annoncé mardi l'arrestation d'un « recruteur de l'EI en Irak et en Syrie » après la découverte par les services secrets de ses « antécédents terroristes et son intention d'endoctriner et de recruter des jeunes crédules dans le pays ».

Multiplication des attaques

La semaine dernière, l'armée nigériane a attaqué trois villages considérés comme des bastions de Boko Haram près Kalabalge, tuant des dizaines de combattants et secourant des centaines de femmes.

Ces dernières, en grande partie issues de la tribu arabe Shuwa, avaient été enlevées, une pratique courante des combattants de Boko Haram, ce qui tend à accréditer la thèse d'une vengeance.

Le groupe, qui a fait allégeance à l'État islamique (EI), a de plus en plus souvent recours à des attentats suicides et des attaques à la bombe à mesure que les militaires le repoussent des zones qu'il contrôlait auparavant et a déjà frappé des camps de déplacés.

Le 11 septembre dernier, sept personnes ont été tuées dans l'explosion d'une bombe dans le camp Malkohi, près de Yola, dans l'État voisin d'Adamawa.

Ce camp accueillait les femmes et les enfants que l'armée avaient libérés des griffes de Boko Haram.

Attentat pendant une veillée de deuil

Le 31 janvier, au moins 85 personnes ont été tuées à Dalori, un village situé à une douzaine de kilomètres de Maiduguri, ravagé et incendié par des membres de Boko Haram. Des kamikazes avaient tenté de pénétrer dans le camp de déplacés situé à proximité de ce village mais en avaient été empêchés.

Maiduguri, qui compte environ 2,6 millions d'habitants, dont 1,6 million de réfugiés selon l'ONU, a été frappée par de nombreux attentats ces derniers mois.

Boko Haram y était apparu en 2002 avant de déclencher en 2009 une insurrection qui a fait au moins 17 000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés.

Ces violences frappent aussi les pays voisins à l'image du double attentat suicide commis mercredi matin lors d'une veillée de deuil dans le village de Nguetchewe, au nord du Cameroun, une région frontalière régulièrement attaquée. Au moins six civils ont été tués et plus de 30 blessés.

Nouvelle attaque dans l'extrême nord du Cameroun

Au moins six civils ont été tués et une trentaine blessés mercredi matin dans un double attentat-suicide à Nguetchewe, village de l'extrême nord du Cameroun, région frontalière du Nigeria régulièrement attaquée par les islamistes de Boko Haram, selon une source sécuritaire.

«Six civils ont été tués, plus deux kamikazes qui se sont faits exploser» lors d'une veillée de deuil à Nguetchewe, a affirmé une source sécuritaire sur place à l'AFP, faisant état de «30 à 50 blessés», dont les plus graves ont été évacués vers l'hôpital régional de Maroua.

«Les villageois étaient rassemblés sur un lieu de deuil lorsque deux kamikazes se sont infiltrées comme si elles faisaient partie de la famille», a expliqué cette source. Les deux filles «se sont fait exploser vers 6 h 20 du matin, au moment où les personnes qui avaient passé la nuit sur place s'apprêtaient à prendre leur repas», a précisé la source.

Selon un responsable de la police camerounaise basé dans la région, plusieurs enfants font partie des tués, notamment un garçon âgé de six ans et un jeune de 15 ans. Au moins un villageois membre du comité local de vigilance (créé en réaction à la multiplication des attaques islamistes dans le nord, NDLR) a également été tué.

Le 18 janvier, quatre fidèles avaient déjà été tués dans un attentat-suicide à la mosquée de Nguetchewe.

C'est le cinquième attentat-suicide perpétré dans l'Extrême-Nord depuis le début de l'année 2016.

Depuis que les islamistes nigérians ont commencé à attaquer le territoire camerounais en 2013, près de 1200 personnes ont été tuées dans des attaques et des attentats perpétrés par les djihadistes dans la région de l'Extrême-Nord, selon le gouvernement camerounais.

Nguetchewe est un petit village proche de la frontière avec le Nigeria où un prêtre français, le père Georges Vandenbeusch, avait été enlevé en novembre 2013 avant d'être libéré au bout de 50 jours de captivité.

Cet enlèvement avait été attribué au groupe Boko Haram qui a depuis rallié l'organisation de l'État islamique (EI).

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