Attaque à Ouagadougou: l'enquête se poursuit

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Des soldats ont été déployés sur les grands axes de Ouagadougou.

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Patrick FORT, Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
Ouagadougou

L'enquête se poursuivait lundi au Burkina pour déterminer les circonstances précises de l'assaut djihadiste qui a fait 29 morts à Ouagadougou - dont six Québécois, où l'armée s'est déployée après cette attaque d'une ampleur inédite dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.

Sur le théâtre de l'attaque, des enquêteurs, dont certains en blouse blanche, poursuivaient lundi leur travail de collecte d'informations et de données. Dix-huit enquêteurs français, dont des magistrats et des membres de la police scientifique, étaient sur place pour épauler les Burkinabés.

Quatorze ou 15 étrangers, dont un enfant de neuf ans, et sept ou huit Burkinabés figurent parmi les victimes du raid qui a frappé vendredi soir plusieurs hôtels et restaurants de Ouagadougou, selon deux bilans divergents communiqués par les autorités du Burkina Faso. Sept corps devaient encore être identifiés.

Le ministère français des Affaires étrangères a de son côté fait état d'un bilan de 30 morts, dont 10 non identifiés.

Après ce raid meurtrier, les mesures de sécurité ont été renforcées dans la capitale avec une surveillance accrue des hôtels et de plusieurs points stratégiques. Des barrages ont été installés aux entrées et sorties des principales villes du pays, selon une source sécuritaire.

Le lycée français de Ouagadougou a notamment été fermé en attendant une sécurisation plus importante.

«Vraie barbarie»

L'attaque a été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui l'a attribuée au groupe Al-Mourabitoune du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, selon SITE, une organisation américaine qui surveille les sites internet islamistes.

Les corps de trois djihadistes ont été retrouvés, sans avoir pu encore être identifiés, selon le ministre de l'Intérieur Simon Compaoré.

AQMI a publié la photo de trois membres du commando, âgés tout au plus de 25 ans, en les qualifiant d'«al-Ansari», vocable utilisé pour désigner des combattants autochtones dans la terminologie djihadiste.

De nombreux témoignages ont cependant fait état de plus de trois assaillants. Plusieurs témoins ont également évoqué la présence de deux femmes, une thèse écartée par les autorités pour le moment.

Avant de passer à l'attaque, les djihadistes ont prié dans une mosquée près de l'hôtel, selon le ministère de l'Intérieur. La police burkinabè cherche à établir si les djihadistes ont bénéficié de complicités.

Selon une source au sein de la gendarmerie, les djihadistes avaient réservé une chambre à l'hôtel Splendid, un des hôtels attaqués, et ont donc probablement procédé à des repérages des lieux avant de passer à l'acte.

Les enquêteurs vont aussi passer au peigne fin la ou les voitures utilisées par les assaillants, qui ont incendié leurs véhicules «pour brouiller les indices», selon M. Compaoré.

«C'est de la vraie barbarie. Qu'est-ce qui peut conduire à une telle haine, c'est inimaginable», a commenté lundi en découvrant le lieu de l'attaque le président béninois Thomas Boni Yayi, arrivé dans la matinée pour témoigner de la solidarité de l'Afrique de l'Ouest, au Burkina Faso.

«Guerre asymétrique»

«Ce n'est pas le Burkina seul qui a été frappé. C'est toute une sous-région (...) La question, aujourd'hui, c'est à qui le tour?», a-t-il déclaré.

Le président burkinabè M. Kaboré a lui réitéré sa volonté que les pays travaillent ensemble: «Nous devons mutualiser nos moyens d'information et militaires. Ce sont des phénomènes transfrontaliers qui ne concernent pas que l'Afrique de l'Ouest».

«Nous sommes dans une guerre asymétrique. Et il faut que nous puissions former notre armée à ce nouveau type de combat», a-t-il conclu.

Côté français, une source militaire a confirmé que les forces spéciales françaises étaient intervenues à l'appel du Burkina à «2 h 30 et se sont désengagées à 11 h» (heure de Paris, une heure de plus que Ouagadougou et six heures de plus qu'à Montréal).

«Des trous dans la raquette (sécuritaire), il peut en exister. Au Mali, le processus politique n'a pas encore abouti, au Burkina ils se relèvent d'un coup d'État. Forcément, ce sont des périodes de vulnérabilité dont les terroristes peuvent tirer parti», a souligné cette source.

«Nous sommes dans une logique permanente d'adaptation. L'adaptation entre "la cuirasse et le boulet", c'est l'histoire militaire permanente. On doit comprendre que l'adversaire est là de façon durable, militarisée et manoeuvrière. À nous d'aller encore plus vite que lui, au côté de nos partenaires africains», a souligné cette source.

Le Burkina, «point d'appui permanent» de l'opération militaire française Barkhane, a déjà été la cible de plusieurs opérations djihadistes ces derniers mois. Pays à majorité musulmane, il a été touché pour la première fois de son histoire par le djihadisme en 2015. Plusieurs attaques se sont produites près de la frontière avec le Mali.

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