Crise au Burundi: un proche du président contesté reçu au Canada

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Des soldats et des policiers burundais fouillent des hommes après la découverte d'une cache d'armes dans la capitale du pays, Bujumbura. Plus de 200 000 Burundais ont fui vers des pays voisins depuis le début de la crise, en avril dernier, née lors de l'annonce de la candidature à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, finalement réélu en juillet.

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Alors qu'Ottawa critique le Burundi pour la violente répression qui y a cours, un haut responsable du gouvernement burundais a été reçu cette semaine par le député libéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, qui a publié une photo de leur rencontre sur Twitter... avant de l'effacer.

Le député libéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, a... (PHOTO TIRÉE DE TWITTER) - image 1.0

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Le député libéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, a publié, puis retiré, mardi, sur Twitter, cette photo où il est accompagné de Zéphyrin Maniratanga, un proche du président burundais, Pierre Nkurunziza.

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« Quel plaisir d'avoir rencontré l'ambassadeur de la République du Burundi à mon bureau », a gazouillé le député Greg Fergus, mardi après-midi.

Or, l'homme qui pose sur la photo accompagnant le commentaire est Zéphyrin Maniratanga, chef du protocole d'État du président burundais Pierre Nkurunziza.

La veille de cette visite, le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, avait déclaré à Radio-Canada que le gouvernement burundais était « sous observation » et qu'il devait « cesser d'opprimer sa propre population ».

Questionné par La Presse, l'adjoint parlementaire du député Greg Fergus a indiqué que cette visite n'était « pas officielle » et que Zéphyrin Maniratanga accompagnait en fait un autre ressortissant burundais qui avait pris rendez-vous avec l'élu.

Peu après l'appel de La Presse, le gazouillis du député a été effacé.

« Par respect pour ce qui se passait dans le pays, on a préféré le retirer », a ensuite expliqué M. Duhaime, au cours d'un second appel.

L'Alliance des Burundais du Canada s'inquiète de cette rencontre, disant craindre « que le gouvernement du Burundi [soit] en train de faire campagne en partageant des informations erronées qui ne représentent pas la réalité du terrain », a indiqué son porte-parole, Amilcar Ryumeko.

« Cette personne qui fait partie de l'entourage proche du président, quelque part, est complice de ses actes. »

Hier, le cabinet du ministre Stéphane Dion a décliné la demande d'entrevue de La Presse, mais son attaché de presse, Nicolas Doire, a indiqué par courriel que « M. Maniratanga n'avait pas annoncé sa présence et M. Fergus n'avait pas été informé qu'il serait présent lors de cette rencontre ».

Le porte-parole du président burundais, Willy Nyamitwe, a pour sa part indiqué à La Presse ignorer la raison de la visite du chef du protocole de l'État burundais, rappelant que Zéphyrin Maniratanga, qui a déjà travaillé à l'ambassade du Burundi à Ottawa, a des enfants qui étudient au Canada.

Ancien ambassadeur, « il porte encore le titre », mais n'est pas le représentant du Burundi au Canada, a expliqué M. Nyamitwe.

L'ambassadrice précédente a été relevée de ses fonctions en juin et Bujumbura n'a pas encore proposé de remplaçant.

La Presse n'a pas été en mesure de parler à Zéphyrin Maniratanga.

«Au bord d'une guerre civile»

Le secrétaire général des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon, s'est une nouvelle fois inquiété hier de « l'escalade de violence » en cours au Burundi, annonçant l'envoi d'un émissaire à Bujumbura pour tenter d'instaurer un dialogue.

« Le pays est au bord d'une guerre civile qui risque d'embraser toute la région. »

Plus de 200 000 Burundais ont fui vers les pays voisins depuis le début de la crise, en avril dernier, née lors de l'annonce de la candidature à un troisième mandat du président Nkurunziza, finalement réélu en juillet.

Quelque 300 personnes ont aussi été tuées dans la répression violente de la contestation, dont près d'une centaine la fin de semaine dernière.

Le Canada, à l'instar des États-Unis et de la Belgique, entre autres, appelle ses ressortissants à quitter le Burundi.

Au moins 300 Canadiens se trouvent actuellement au Burundi, selon le ministère des Affaires étrangères.

« Chaque jour, il y a des morts », lâche Amilcar Ryumeko, qui demande « au gouvernement du Canada d'user de son influence auprès des membres du Conseil de sécurité [des Nations unies] pour qu'il active sa responsabilité de protéger ».

Même s'il a récemment haussé le ton, Ottawa n'a pas adopté de sanctions contre Bujumbura.

« Si le Conseil de sécurité des Nations unies imposait des sanctions, le Canada remplirait son obligation de les appliquer », a indiqué par courriel à La Presse Amy Mills, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

L'aide canadienne au développement s'élevait à 7,52 millions de dollars pour le Burundi en 2013-2104, mais le gouvernement burundais ne reçoit pas d'aide financière directe que le Canada pourrait suspendre.

- Avec l'Agence France-Presse

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