À Ndanu, quartier inondé de Kinshasa, la colère gronde

Situé au confluent de la rivière Matete et... (PHOTO JUNIOR KANNAH, AFP)

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Situé au confluent de la rivière Matete et de la rivière Ndjili, peu avant que celle-ci se jette dans le fleuve Congo, Ndanu est l'un des quartiers les moins bien lotis d'une mégapole d'environ dix millions d'habitants, dont l'immense majorité se débat dans la misère... et maintenant dans l'eau.

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Bienvenu-Marie BAKUMANYA
Agence France-Presse
KINSHASA

«Ils nous tuent en nous affamant, maintenant ils ont décidé de nous exterminer avec l'eau». Droite dans ses bottes en caoutchouc, Jocelyne Kapinga laisse éclater sa colère après les pluies torrentielles meurtrières qui frappent Kinshasa depuis près de trois semaines.

Comme beaucoup d'autres habitants du quartier miséreux de Ndanu, dans le sud-est de la capitale de la République démocratique du Congo, cette fonctionnaire d'une soixantaine d'années, s'en prend à «l'indifférence» des autorités, tant de la ville, que du pays, alors qu'elle déambule devant chez elle dans 15 centimètres d'une eau sale et boueuse.

Tout autour, les habitations, les ruelles sont envahies par les eaux. Les ordures qui jonchent habituellement les rues flottent à la surface, mais aussi des matières fécales, les pluies des trois dernières semaines, qui ont fait officiellement 31 morts, ayant entraîné un débordement des puits d'évacuation.

En moins de trois semaines, selon les autorités locales, il est tombé 450 mm d'eau sur la capitale, soit près du tiers des précipitations annuelles moyennes.

Situé au confluent de la rivière Matete et de la rivière Ndjili, peu avant que celle-ci se jette dans le fleuve Congo, Ndanu est l'un des quartiers les moins bien lotis d'une mégapole d'environ dix millions d'habitants, dont l'immense majorité se débat dans la misère.

Dans les années 1970, l'espace servait de réservoir d'eau pour l'irrigation des vastes champs de riz, exploités alors par la coopération chinoise. Puis, la pression démographique a fait pousser «de manière anarchique», selon les autorités, huttes, cases et quelques maisons en dur servant aujourd'hui d'habitations à plus de 50 000 personnes, selon le chef de la police locale. Aucun plan d'urbanisation n'existe, pas plus qu'il n'y a de canal de drainage des eaux.

Après ces pluies, des amas de sachets en plastique et d'habits usés entremêlés dans des câbles électriques flottent sur des eaux jaunâtres dégageant une odeur nauséabonde. Des centaines d'enfants courent en tous sens avec de l'eau jusqu'à la ceinture tandis que femmes, adolescents et jeunes gens tentent d'évacuer les eaux de la dernière pluie nocturne à l'aide de casseroles.

Dans de nombreuses habitations, on peut voir que les eaux sont montées à au moins 50 centimètres. Les quelques meubles d'un autre âge et rares appareils électroménagers ont été mis à l'abri en hauteur.

«Abandonnés»

À l'école Saint-Bernard, une trentaine de salles de classe sont totalement submergées : seul le haut des pupitres affleure à la surface de l'eau.

«Qu'attendent les autorités pour construire des digues en béton?» s'emporte Mangala Nsenge, septuagénaire et porte-parole improvisé des sinistrés. «Les élections s'annoncent, quiconque oserait battre campagne ici subira le martyr», prédit-il avant de finir d'une voix blasée presque en monologue : «Où sont-ils? Ils nous ont abandonnés.»

La technique employée par les habitants pour se prémunir de la montée des eaux est des plus rudimentaires : une mince palissade de bambous soutenue simplement par des sacs de sable. «Nous les avons construits nous-mêmes, sans le concours de l'État ni de l'Hôtel de Ville». Les rivières Ndjili et Matete quittent régulièrement leur lit. «Cette situation remonte à 1995», affirme Raph Kayembe, chômeur quinquagénaire, «tous les ans nous sommes sous l'eau. Les autorités ne font rien, elles sont indifférentes».

«La fille de mon voisin est hospitalisée, son pronostic vital est engagé», dit-il montrant le mur écroulé qui l'a blessée.

«Les autorités laissent pourrir la situation afin de s'en servir comme prétexte pour nous chasser», affirme-t-il.

À côté, Bob et Kady s'affairent autour d'une pompe électrique afin d'aider à l'évacuation des eaux des maisons inondées. Au royaume de la débrouille, ce coup de main est évidemment payant. La pirogue a aussi repris du service dans le quartier. Cela permet «de se rendre au travail ou au marché, voire à l'école», explique Justin Luboya, un passager.

Au loin, on aperçoit la principale station de pompage de la ville. Comble de l'absurde, elle a été gravement endommagée par les inondations, privant d'une alimentation en eau aléatoire plus de la moitié de la ville. Les autorités espèrent la rétablir avant la tombée de la nuit.

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