La bourse de Johannesburg est-elle toujours aux mains des Blancs?

La place de Johannesburg, dont la création remonte... (PHOTO SIPHIWE SIBEKO, ARCHIVES REUTERS)

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La place de Johannesburg, dont la création remonte à la fin du 19e siècle avec l'exploitation de l'or et du diamant, figure parmi les 20 plus importantes dans le monde.

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Sibongile KHUMALO
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

La bourse de Johannesburg est-elle toujours aux mains de la minorité blanche? Plus de 20 ans après la fin de l'apartheid, le débat agite les milieux économiques et illustre la lente émancipation économique de la majorité noire en Afrique du Sud.

La bataille peut paraître dérisoire au regard des fossés qui restent à combler entre les communautés en matière de logement, d'emploi, de propriété foncière ou d'éducation.

Mais le mois dernier, le président Jacob Zuma a une fois de plus appelé à «déracialiser l'économie», déplorant que la population noire, majoritaire dans le pays, ne possède que 3 % des actions de la bourse de Johannesburg (JSE).

Faux, s'est défendue la bourse, qui a recensé 23 % d'actionnaires noirs au sein des 100 plus grandes entreprises cotées : 10 % en direct et 13 % via des fonds de pension ou sociétés de portefeuille.

Le reste des actions se répartit entre des Sud-Africains blancs (22 %), des investisseurs étrangers (39 %) et un mélange d'actionnaires qui n'a pas fait l'objet d'un recensement précis, mais qui inclut également des Sud-Africains noirs, selon le Johannesburg Stock Exchange.

La place de Johannesburg, dont la création remonte à la fin du 19e siècle avec l'exploitation de l'or et du diamant, figure parmi les 20 plus importantes dans le monde.

Des multinationales minières comme Anglo American ou BHP Billiton y sont cotées.

Certaines de ces grandes entreprises ont réservé un pourcentage de leur capital à des investisseurs noirs, comme la loi leur impose pour corriger les déséquilibres hérités du passé ségrégationniste.

Le système a profité à une petite élite noire bien connectée politiquement, notamment avec l'ANC, le parti de Nelson Mandela, au pouvoir depuis 1994.

Le groupe Shanduka, présent dans l'énergie et l'agroalimentaire et détenu par le vice-président Cyril Ramaphosa en est un parfait exemple. M. Ramaphosa en a abandonné la direction quand il a pris ses fonctions au sommet de l'État.

Émancipation économique?

Alors, 3 % ou 23 % d'actionnaires noirs à la bourse de Johannesburg, qui dit vrai?

Les différentes méthodes de calcul ajoutent à la complexité d'un sujet sensible qui illustre surtout les lenteurs de la transformation de l'économie sud-africaine.

Zuma n'a pas inventé le chiffre de 3 %. Cette statistique a été produite par le Fonds national pour l'émancipation (NEF).

La bourse, de son côté, se défend. Elle tient compte simplement des actionnaires individuels, mais aussi des sociétés de portefeuille et fonds de pension comme celui des employés du secteur public, principalement des Noirs : c'est l'un des plus importants investisseurs de la place sud-africaine.

Mais pour le NEF, «l'actionnariat passif ne reflète pas le niveau de transformation du pays».

Sous le régime raciste de l'apartheid, la majorité noire (80 % de la population) a été systématiquement brimée et exclue économiquement.

Des programmes de discrimination positive ont été mis en place depuis 1994, qui ont permis de créer quelques grandes fortunes, mais n'ont pas permis aux Noirs de prendre le contrôle effectif des entreprises.

La politique d'émancipation économique des Noirs (Black Economic Empowerment, BEE) a échoué à produire un nombre suffisant d'industriels noirs et créé de nombreuses dérives clientélistes ou abus, avec l'utilisation d'hommes de paille choisis pour leur couleur de peau (noire).

Le nombre de cadres et de dirigeants noirs dans l'économie sud-africaine a nettement progressé, mais la majorité des très hauts responsables sont encore des Blancs de sexe masculin, notamment dans les mines, les usines ou les exploitations agricoles.

Les Blancs (9 %) occupent toujours 62,7 % des postes de direction en Afrique du Sud contre 19,8 % pour les Noirs, selon un rapport de 2014 de la Commission pour l'équité de l'emploi.

Et selon les données du recensement de 2011, le revenu des Sud-Africains blancs est près de six fois supérieur à celui de leurs compatriotes noirs.

Pourtant, estime la présidente du JSE Nicky Newton-King, dans un entretien récent à la chaîne CNBC, les statistiques sur l'évolution de l'actionnariat ces trois dernières années montrent «que la transformation économique est en marche».

Une conclusion qu'il convient de nuancer sérieusement selon Douglas Taylor, enseignant d'économie à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg. «Aucune politique publique ne rendra les Noirs riches s'ils n'ont pas d'argent», dit-il alors que le chômage se maintient depuis des années à un niveau chronique de 25 %, et même 40 % avec ceux qui ont renoncé à chercher un travail.

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