Togo: le président sortant favori face à une opposition divisée

Porté au pouvoir par l'armée à la mort... (PHOTO PIUS UTOMI EKPEI, AFP)

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Porté au pouvoir par l'armée à la mort du général Eyadéma, Faure Gnassingbé a remporté en 2005 et 2010 des scrutins présidentiels aux résultats contestés par l'opposition.

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Émile KOUTON
Agence France-Presse
LOMÉ

À un mois de l'élection présidentielle au Togo, le président sortant apparaît largement favori, l'opposition, divisée, n'ayant que peu de chances de mettre fin à 48 ans de dynastie Gnassingbé malgré une volonté de changement populaire.

Jean-Pierre Fabre, à la tête de l'Alliance Nationale pour le Changement (ANC), apparaît comme le principal rival du président Faure Gnassingbé pour ce vote prévu le 15 avril.

Mais trois autres opposants ont également confirmé leur candidature, prenant le risque d'éparpiller les voix dans un scrutin à un tour.

Depuis une modification de la Constitution en 2002 par le général Gnassingbé Eyadéma, prédécesseur et père de l'actuel président, il n'y a plus de limitation des mandats présidentiels au Togo. Un projet de loi visant à limiter leur nombre avait été rejeté en juin 2014 par le Parlement, où le parti au pouvoir est majoritaire.

Les partis d'opposition et la société civile, encouragés par la chute du président Blaise Compaoré au Burkina Faso voisin, sont descendus plusieurs fois dans la rue ces derniers mois pour réclamer une telle limitation et protester contre un éventuel troisième mandat de Faure Gnassingbé.

Porté au pouvoir par l'armée à la mort du général Eyadéma, qui a gouverné le Togo d'une main de fer pendant 38 ans jusqu'en 2005, Faure Gnassingbé a remporté en 2005 et 2010 des scrutins présidentiels aux résultats contestés par l'opposition.

 

À un mois du scrutin, dans les rues de Lomé,  «le changement» semble être sur toutes les lèvres.

«Comment une famille peut nous diriger depuis plus de 50 ans sans que nous voulions le changement? C'est impossible, l'homme ne peut pas vivre comme ça, être dirigé par les mêmes personnes chaque année, c'est pas possible», se lamente Messan, conducteur de moto-taxi.

«C'est ça que le peuple togolais attend: que la famille Gnassingbé quitte le pouvoir pour que le Togo change, qu'on fasse venir les bailleurs de fonds pour créer des sociétés, que le Togo sorte de l'impasse», renchérit Paul, un autre moto-taxi.

M. Fabre, dont la candidature est soutenue par le Combat pour l'alternance politique (CAP 2015), une coalition de cinq partis de l'opposition, surfe sur ce ras-le-bol avec le slogan: «Le changement en 2015».

«Le principal enjeu pour nous, c'est le changement. C'est la nécessité pour les Togolais de changer de régime, d'en finir définitivement avec le système Gnassingbé qui, par la ruse, par la violence, se maintient au pouvoir», répète-t-il, inlassablement, lors d'une réunion dans le village de Kpékplémé, à 250 km au nord de Lomé.

Au-delà de ce slogan, M. Fabre n'a pas vraiment exposé les grandes lignes de son programme et peine à rassembler autour d'un projet commun, selon les experts.

La présence de trois autres candidats d'opposition, dont Tchabouré Gogué de l'«Alliance des démocrates pour le développement intégral» (ADDI), qui bénéficie de soutiens solides dans le Nord, fief historique du président, réduit encore les chances de l'opposition de l'emporter, surtout dans un scrutin à un tour, souligne le professeur de droit Edoh Amouzouvi.

Transparence du scrutin?

Le parti UNIR, au pouvoir, n'hésite pas à mettre en avant les grands travaux lancés par le président Gnassingbé ces quatre dernières années - comme le troisième quai du port de Lomé, construit par l'entreprise française Bolloré - pour défendre son bilan.

Pour Georges Aïdam, premier vice-président de l'UNIR, la victoire de M. Gnassingbé ne fait de doute.

«C'est le score que le président va pouvoir faire [qui va] témoigner de l'attachement [des] populations pour sa politique et son projet de société» a-t-il déclaré à l'AFP.

À l'approche du vote, la société civile s'inquiète du manque de transparence du processus électoral et dénonce des fraudes.

L'ONG de défense des droits de l'homme Synergie Togo, basée à Paris, dit avoir mené une étude sur les fiches électorales depuis 2003 et affirme y avoir décelé 30 % d'électeurs fictifs.

Jil-Benoît Afangbédji, président de l'association togolaise Ensemble pour les Droits de l'Homme, estime qu'«au Togo, on ne saura arriver à faire partir ce régime que par des élections libres, démocratiques et transparentes, sinon par la rue».

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