Afrique du Sud: Malema et la lutte pour la terre

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Malema, un ancien de l'ANC âgé de 33 ans, leur promet une redistribution des richesses, ce qui doit notamment passer par la saisie des terres agricoles toujours très majoritairement cultivées par des fermiers blancs.

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AFP Jean LIOU
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

Menace pour l'ordre public ou fanfaronnade? Le tribun populiste Julius Malema inquiète en Afrique du Sud quand il appelle ses troupes à s'emparer des terrains que le gouvernement tarde à trouver pour bâtir des logements décents aux plus démunis.

Depuis qu'il a fondé les Combattants pour la liberté économique (EFF), un mouvement de gauche radicale, en 2013, Malema et ses lieutenants encouragent leurs sympathisants à agir.

«La lutte pour la terre, par l'occupation des terres par les pauvres et les sans-logis, doit être poursuivie et intensifiée jusqu'à ce que plus personne ne soit sans terre», martèle le mouvement, qui recrute parmi les laissés-pour-compte de l'Afrique du Sud post-apartheid.

Vingt ans après l'arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC), près de 22 % des Sud-Africains - 12 millions de personnes - n'ont pas de quoi se nourrir suffisamment, et 54 % vivent avec moins de 2 $ par jour.

Malema, un ancien de l'ANC âgé de 33 ans, leur promet une redistribution des richesses, ce qui doit notamment passer par la saisie des terres agricoles toujours très majoritairement cultivées par des fermiers blancs.

«Pour manger, nous devons avoir la terre. Pour travailler, nous devons avoir la terre!», a-t-il lancé au congrès des EFF, en décembre.

Le mouvement s'intéresse pour l'instant aux terrains inoccupés des zones urbaines, pour construire des maisons.

Des échauffourées ont éclaté à «Malemaville» près de Pretoria en novembre, puis au sud de Johannesburg à la mi-janvier. Dans les deux cas, des mal-logés ont commencé à s'installer sur des terrains communaux avant d'être refoulés par la police.

Ces occupations de terrains - en général non viabilisés - ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud, mais des responsables locaux des EFF avaient ces fois-ci commencé à distribuer des titres de propriété.

Une nouvelle opération est maintenant en préparation à Stellenbosch, dans l'arrière-pays du Cap... Il y a de quoi faire dans le pays puisque 14 % des foyers sud-africains vivent dans des baraquements de tôle et de bois, dans des bidonvilles ou des arrières-cours.

Le spectre du Zimbabwe

Pour Devan Pillay, spécialiste de l'extrême gauche sud-africaine à l'Université du Witwatersrand de Johannesburg, toute cette agitation vise surtout à faire de la publicité au parti, et à galvaniser ses troupes.

«Il peut y avoir des incidents ici et là, mais les EFF n'ont pas la capacité ou les moyens de se lancer dans des invasions de terres à grande échelle», juge-t-il.

«Il est inquiétant de constater que Malema courtise l'électorat avec des invasions illégales de terrains» alors que le pays est déjà en précampagne pour les municipales de 2016, estime de son côté Fiona Forde, auteure d'une biographie du jeune tribun. «Les conséquences ne pourront être que désastreuses.»

D'autant que les «envahisseurs», rappelle-t-elle, sont les plus pauvres, les plus vulnérables, et n'ont pas grand-chose à perdre.

Les autorités, à cran, ont prévenu que les forces de l'ordre ne laisseraient pas s'installer l'anarchie. On ne peut donc exclure des affrontements violents.

Le porte-parole de l'ANC Keith Khoza souligne que le parti dominant est opposé à toute action illégale.

«La terre doit être attribuée à des gens qui remplissent les conditions requises, et il y a maintenant des programmes de logement qui accompagnent l'attribution des terrains», explique-t-il, rappelant que plus de 3,5 millions de maisons ont été construites pour les plus démunis depuis la fin de l'apartheid en 1994.

Mais, accusent les EFF, cet effort de construction est trop lent et l'administration ANC trop corrompue pour que ceux qui en ont le plus besoin en profitent vraiment.

En fin politique, Julius Malema fait bien attention de limiter ses actions à des terrains publics, relève l'analyste Susan Booysen. On est encore très loin, selon elle, de l'occupation de propriétés privées.

De même que les EFF ne semblent pas - encore? - vouloir envahir de fermes.

Un tel scénario aurait sans doute des conséquences dramatiques, tous ayant en mémoire les violentes expropriations des exploitations tenues par des Blancs au Zimbabwe, au début des années 2000. Et Julius Malema ne cache pas son admiration pour le président zimbabwéen Robert Mugabe...

En attendant, le gouvernement sud-africain a annoncé qu'il comptait accélérer la réforme agraire.

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