Côte d'Ivoire: le nouveau pont d'Abidjan attire les foules

Censé fluidifier la circulation d'une ville invivable aux... (Photo Luc Gnago, Reuters)

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Censé fluidifier la circulation d'une ville invivable aux heures de pointe, l'ouvrage sert d'argument massue au président Alassane Outtara pour soutenir sa candidature à la présidentielle d'octobre 2015, dont il est le grand favori.

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Joris FIORITI
Agence France-Presse
ABIDJAN

Ils étaient des milliers à l'arpenter à pied durant la nuit, de nombreux conducteurs l'ont découvert au volant dimanche: le troisième pont d'Abidjan, projet phare du président ivoirien Alassane Ouattara, attire les foules après des années d'attente.

Après un samedi dédié aux piétons qui a rencontré un considérable succès populaire, l'ouverture à la circulation dimanche a engendré un très fort trafic sur le pont et ses deux fois trois voies.

Les automobilistes ont répondu présent dès 5 h du matin, raconte M. Sia, 41 ans, gardien d'une station-service donnant sur les guérites du péage. «Les gens viennent voir», dit-il, ajoutant que la fréquentation s'est intensifiée dans l'après-midi.

«Il y a de la curiosité. Les gens vont doucement. Ils regardent», explique un policier, tandis que ses collègues s'emploient à fluidifier un premier bouchon apparu à l'une des sorties, qui donne sur un rond-point.

«Tout est nouveau pour eux. Ils ne maîtrisent pas encore les rouages. Regardez ce giratoire: si nous n'étions pas là, ce serait la cacophonie», souligne-t-il.

Evoqué depuis une quinzaine d'années, le troisième pont, qui enjambe la célèbre lagune sur 1,5 km, relie le quartier huppé de Cocody (nord) au plus populaire Marcory (sud), et il est censé désengorger une ville invivable aux heures de pointe.

Inauguré mardi en grande pompe par Alassane Outtara, au pouvoir depuis 2011, il est considéré comme la réalisation marquante de son mandat. Et comme un argument de poids en vue de la présidentielle d'octobre 2015, dont le chef de l'Etat est le grand favori.

Le chantier colossal, d'un coût de 270 millions d'euros, a duré plus de deux ans et remodèle substantiellement «la perle des lagunes», comme a longtemps été surnommée la capitale économique ivoirienne.

Ses habitants s'approprient déjà le pont «Henri Konan Bédié», du nom de l'ex-président et principal allié de M. Ouattara.

«C'est un bijou», s'enthousiasmait samedi soir Evra Besseko, un couturier de 27 ans venu voir le pont. «Je suis venu admirer sa beauté.»

«C'est la merveille d'Abidjan», affirmait près de lui Alexis Kouakou, 34 ans, portant casque et gilet orange. «C'est le plus grand projet de Côte d'Ivoire de tous les temps», assurait-il, fier d'avoir participé pendant plus d'un an à sa construction.

Rejet du péage

«On est très agréablement surpris» par «le lien affectif» unissant la population à l'ouvrage, commente le ministre des Infrastructures Patrick Achi.

«Les gens veulent voir l'espoir dans quelque chose de palpable, de concret», analyse-t-il.

Le pont, prolongé par un kilomètre d'asphalte et un échangeur vertigineux - «à l'américaine», selon Martin Bouygues, PDG de l'entreprise française éponyme ayant réalisé les travaux -, est censé incarner cet espoir.

«On est sorti il y a à peine trois ans d'une crise grave», rappelle le ministre, en référence aux violences postélectorales de 2010-2011 qui avaient embrasé le pays, faisant plus de 3000 morts.

Mais cet état de grâce pourrait être bref. Depuis des semaines, la population dénonce le caractère payant du pont, craignant qu'il ne soit réservé aux «riches» en mesure de s'acquitter du péage.

La construction s'est faite via un partenariat public-privé, «avec un emprunt à rembourser», justifie Patrick Achi, pour qui une formule «intelligente» doit être trouvée.

Le péage devrait coûter entre 500 et 1000 francs CFA (entre 76 cts et 1,52 euros), estime le ministre. Un montant compensant, selon lui, largement le prix du carburant que consommerait un conducteur choisissant de ne pas utiliser le pont, pour s'enferrer dans des embouteillages.

Gratuite jusqu'au 1er janvier, sa traversée deviendra payante le 2.

Si un usager doit payer 1.500 FCFA (2,3 euros) aller-retour par jour, cela fait 45 000 FCFA (69 euros) à la fin du mois, calcule Evra Besseko.

«Et ça, ça ne rentre par dans le budget de beaucoup de monde», lance le couturier.

En Côte d'Ivoire, le salaire minimum est de 60 000 FCFA (91 euros) mensuels.

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