Vendredi de ramadan sanglant

Des tunisiens déposent des gerbes de fleurs sur... (PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AFP)

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Des tunisiens déposent des gerbes de fleurs sur la plage où un tireur a fait feu sur des baigneurs, avant de se diriger vers l'hôtel Imperial Marhaba, où il a fait d'autres victimes.

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(PARIS) Un patron décapité et deux blessés en France, près de Lyon. Vingt-sept morts et plus de 200 blessés dans une mosquée au Koweït. Carnage en Tunisie où un tireur fait au moins 37 morts et 36 blessés dans une station balnéaire, un attentat revendiqué par le groupe État islamique. Le second vendredi du ramadan a été marqué par une troublante vague meurtrière.

Terrorisme? C'est le mot qu'a employé le président français François Hollande pour parler de l'attaque d'hier matin qui a fait deux blessés et un mort à proximité de l'usine Air Products de Saint-Quentin-Fallavier, non loin de Lyon, dont l'auteur présumé, Yassin Salhi, un livreur de 35 ans, connu des services antiterroristes, a été arrêté.

Une kalachnikov sur la plage

À Sousse, sur la côte est tunisienne, c'est un homme qui se faisait passer pour un vacancier, avec une kalachnikov cachée dans un parasol, qui a fait feu sur une foule de vacanciers profitant de la plage, tuant au moins 37 personnes, dont des touristes. Parmi les victimes, «la plupart sont Britanniques. Après viennent les Allemands, après les Belges et après d'autres nationalités», a déclaré le premier ministre tunisien Habib Essid hier soir lors d'un point de presse, en évoquant également des victimes françaises.

Le coup est dur pour ce pays, dont 7% du produit intérieur brut dépend du tourisme et qui a été ébranlé il y a à peine trois mois par l'attaque terroriste contre le musée du Bardo à Tunis, qui avait fait 22 morts, dont 21 touristes.

Au moins cinq Britanniques et une Irlandaise ont été tués en Tunisie hier, rapporte l'AFP, et des ressortissants de Grande-Bretagne, de Belgique, d'Allemagne et de Norvège ont aussi été blessés.

Selon les autorités tunisiennes, le tueur, qui a été abattu par les forces policières, était un étudiant de la région de Kairouan, ville sainte de l'islam au centre du pays, et, contrairement au suspect en France, il n'était pas connu des forces policières. Il est d'abord arrivé sur la plage, vêtu comme un vacancier, a commencé à tirer sur les baigneurs, puis il s'est dirigé dans l'hôtel Imperial Marhaba, lieu de villégiature très populaire auprès de la clientèle européenne, où il a fait d'autres victimes.

Selon un témoin interviewé par l'AFP, le tueur a même lancé une grenade près de la piscine où il y avait des touristes. Selon d'autres témoins, le tireur visait spécifiquement les étrangers.

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, s'est rendu sur les lieux et a déclaré à l'AFP que la Tunisie faisait face actuellement à un «mouvement international» et qu'elle ne pouvait pas «répondre seule à cela».

L'attentat est survenu vers midi hier, au moment où, en France, on s'interrogeait sur cette attaque commise un peu plus tôt dans une usine de produits chimiques en Isère, non loin de Lyon, qui a fait un mort. En point de presse, le président Hollande a affirmé qu'il s'agissait bien d'un acte de nature terroriste et que les gestes commis par le suspect, avant qu'il soit appréhendé, avaient visiblement pour but de créer une explosion avec les matières industrielles. Fait troublant, la personne assassinée a été décapitée et sa tête a été affichée près du lieu de l'attentat.

Tuerie dans une mosquée

Toujours hier, le groupe État islamique sunnite a revendiqué une autre tuerie, commise par un kamikaze couvert d'explosifs dans une mosquée chiite, à Koweit City, pendant la grande prière dans la mosquée Al-Imam al-Sadeq. Hier soir, le bilan s'établissait à 27 morts et 222 blessés.

Dans ses commentaires en après-midi, la Maison-Blanche a condamné les attaques en les imputant au terrorisme. «Nos pensées et nos prières sont avec les victimes de ces attaques haineuses, leurs proches et les populations des trois pays», a fait savoir la présidence américaine.

«J'ai été à la fois attristé et fâché d'apprendre que des attaques terroristes haineuses avaient eu lieu en France, au Koweït et en Tunisie, et qu'elles avaient coûté la vie et blessé de nombreuses personnes», a fait savoir pour sa part le premier ministre du Canada, Stephen Harper. «Nous sommes en deuil avec la France, solidaires avec notre amie proche, en cette journée sombre», a-t-il aussi tenu à ajouter, au lendemain d'une crise diplomatique entre les États-Unis et la France causée par des révélations d'espionnage américain de présidents français.

Partout hier se posait toutefois la même question. Quel est le lien entre les tueries? «On peut évidemment penser qu'il s'agit d'une action coordonnée au nom de l'État islamique, qui avait récemment appelé à des attaques spectaculaires pendant le ramadan», a répondu à La Presse Arnaud Danjean, député européen du parti Les Républicains et spécialiste des questions de sécurité et de défense.

«[Le groupe État islamique] s'en remet largement à des individus ou des groupes prêts à passer à l'action en son nom, même sans être directement pilotés par une hiérarchie bien établie. Il y a une forme d'instrumentalisation d'un terrorisme d'opportunité», explique-t-il.

Selon Vincent Hervouët, chef du service étranger de LCI, la chaîne d'information continue de TF1, il est maintenant évident qu'il n'y a plus de «bulle à l'abri de la tragédie» où les Occidentaux peuvent se réfugier. «Il y a une illusion qui s'est dissipée, l'impression qu'on peut impunément aller se faire bronzer sur la plage des autres pendant que la haine mijote à feu doux à côté.» Être Occidental n'est plus une protection, dit-il, avant d'ajouter que la Tunisie, pays démuni, aura beaucoup de mal à se remettre de la tragédie. «Ils ne sous-estiment pas la difficulté. Mais elle demeure.»

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