Égalité hommes-femmes: la SODEC crie victoire

La réalisatrice Sophie Dupuis sur le plateau de... (Photo François Roy, archives La Presse)

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La réalisatrice Sophie Dupuis sur le plateau de Chien de garde, en 2016. Un nombre grandissant de femmes cinéastes devraient voir leurs projets de films financés au cours des prochaines années en raison des plans d'action de la SODEC et de Téléfilm Canada.

Photo François Roy, archives La Presse

Un an exactement après la mise en place du plan d'action pour atteindre l'égalité hommes-femmes dans le milieu cinématographique, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) crie déjà victoire.

Inspiré par la Suède, un des pays les plus paritaires au monde, l'organisme a créé la règle « 1 + 1 », qui permet à une entreprise de déposer deux projets de longs métrages de fiction uniquement si l'un des deux est écrit ou réalisé par une femme. Il a aussi assoupli les règles pour permettre à un plus large éventail de personnes de soumettre des projets, même si elles ont moins d'expérience en cinéma.

Dès le premier dépôt qui a suivi ces nouvelles mesures, le nombre de projets écrits ou réalisés par une femme a atteint 41 %, soit 10 % de plus que la moyenne des cinq dernières années. Parmi les projets qui ont finalement obtenu le soutien de la SODEC, on retrouve Jouliks de Marie-Christine Lê-Huu et Mariloup Wolfe, Une manière de vivre de Micheline Lanctôt et Fabuleuses de Geneviève Pettersen et Mélanie Charbonneau.

« J'ai été la première surprise de ce ratio », dit la directrice du cinéma et de la production télévisuelle, Johanne Larue. Il faut dire que la SODEC s'était donné comme objectif d'atteindre la parité seulement en 2020.

«Un électrochoc»

La surprise a été encore plus grande lors du deuxième dépôt, en janvier dernier, puisque le nombre de projets écrits ou réalisés par des femmes a bondi à 49 %.

« Pour un certain nombre de producteurs, ce qui fut très difficile a été de casser leurs habitudes. Lorsqu'on a une maison de production depuis plusieurs années, il se crée tout naturellement une famille avec qui on travaille de film en film. Et si, dans ces familles-là, il n'y a pas de femmes et qu'il n'y avait pas de curiosité pour des projets de femmes, on continuait comme ça », explique Johanne Larue.

« La règle du "1 + 1" est un petit électrochoc où nous disons aux producteurs : si vous voulez continuer de présenter plus d'un projet, faites l'effort d'aller en découvrir, des projets de femmes. »

Autre satisfaction, c'est dans le créneau des longs métrages à gros budget (plus de 3 millions de dollars) qu'il y a eu la plus grande augmentation de femmes.

Des éloges de réalisatrices équitables

L'organisme Réalisatrices équitables, qui travaille à atteindre l'équité pour les femmes dans le domaine de la réalisation au Québec, applaudit aux efforts de la SODEC.

« C'était important de mettre des règles pour inciter les producteurs à choisir des projets de femmes. Dans une de nos études, Encore pionnières, nous avons interviewé des hommes et des femmes qui ont un bon succès et qui travaillent beaucoup. Les hommes disaient qu'ils étaient continuellement sollicités par les producteurs, alors qu'aucune femme ne disait l'être », explique Isabelle Hayeur, présidente de Réalisatrices équitables.

« Nous savons que tous les producteurs rêvent de travailler avec Xavier Dolan et Jean-Marc Vallée. Ce qui n'est pas du tout le cas pour des réalisatrices, même celles qui ont eu du succès comme Léa Pool ou Denise Filiatrault. Il faut changer les choses. »

Malgré ses éloges à l'endroit de la SODEC, Réalisatrices équitables affirme préférer le plan d'action de Téléfilm Canada, qui a lui aussi entrepris en 2016 un processus pour atteindre l'égalité hommes-femmes. « À la SODEC, le plan d'action est plus des mesures incitatives, alors qu'à Téléfilm, c'est vraiment un objectif de parité sans ambiguïté et qui ressemble davantage au modèle suédois. »

Pour la petite histoire, Carolle Brabant, directrice générale de Téléfilm Canada, avait annoncé que « 50 % des films financés devaient désormais être gérés par des femmes, c'est-à-dire que deux des trois postes-clés [réalisateur, scénariste et producteur] devaient être occupés par une femme ». « À qualité égale », un projet réalisé ou scénarisé par une femme sera favorisé par Téléfilm Canada.

La conversation se poursuivra ce soir à la Cinémathèque, entre autres pour célébrer les 10 ans de Réalisatrices équitables. Il y aura notamment une table ronde, intitulée « La parité, la suite ? », avec Isabelle Hayeur, Johanne Larue, Carolle Brabant, ainsi que la réalisatrice Sophie Deraspe, la productrice Chantale Pagé et la sociologue Francine Descarries.




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