Ben-Hur façon Fast and Furious

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Sonia Sarfati
La Presse

Le Ben-Hur de Timur Bekmambetov - « qui n'est pas un remake du film de William Wyler (1959) avec Charlton Heston, mais une nouvelle adaptation du roman de Lew Wallace (1880) », s'est-on fait répéter - n'est pas un film complètement raté, mais il est loin d'être un grand film.

Contrairement à son illustre prédécesseur, il ne remportera pas 11 Oscars (il sera peut-être en nomination pour une ou deux statuettes techniques, point), ne marquera pas les esprits, ni ne révolutionnera le cinéma.

Le Ben-Hur de Timur Bekmambetov (Wanted, Abraham Lincoln : Vampire Hunter) est, avant toute chose, un film d'action. Adieu, le film épique, le sentiment de grandeur.

L'histoire - pour les moins de 35 ans qui, s'est-on aussi fait répéter, n'ont aucune idée de ce qu'elle est - se déroule à Jérusalem, à l'époque sous le joug de Rome, alors que s'élève la voix d'un jeune charpentier appelé Jésus (Rodrigo Santoro). Le prince juif Judah Ben-Hur (Jack Huston) y est faussement accusé de trahison par son frère adoptif, Messala (Toby Kebbell), à présent officier de l'armée romaine.

Condamné aux galères, il s'évade après cinq ans, sa route croise celle d'un cheik puissant (Morgan Freeman) qui en fait un conducteur de char hors pair. Ensemble, ils rentrent à Jérusalem où Judah affrontera Messala dans une course de Formule 1 hippique.

PROBLÈMES

Plusieurs problèmes dans cette relecture.

D'abord, l'idée de vengeance qui passe à la trappe. Le scénario de John Ridley (12 Years a Slave)... et le désir des producteurs font que le récit façon « oeil pour oeil » se fait en effet histoire de rédemption et de pardon. En soi, pourquoi pas ? Mais ce changement de trajectoire se fait de façon maladroite.

Le propos, au lieu de couler, est pesamment surligné. Et, surtout, il surgit de manière précipitée. Cela sent les coupures.

La volonté que le long métrage flirte avec les deux heures, pas beaucoup plus (le « vieux » film dure plus de trois heures et demie).

Ensuite, la distribution. Les acteurs sont talentueux et se débrouillent bien dans leurs partitions respectives. Sauf qu'avec ses traits doux et son regard bon, Jack Huston possède une délicatesse que l'on associe plus spontanément à Jésus. Oui, c'est cliché. Quant à Rodrigo Santoro, sombre et intense, il est facile de l'imaginer en Judah Ben-Hur (surtout pour qui a Charlton Heston en mémoire dans ce rôle).

Toutefois, certains raccourcis dans le récit fonctionnent bien : l'épisode où Judah vit à Rome en compagnie du consul qu'il a sauvé, par exemple, a été amputé du récit et ne manquera qu'aux nostalgiques. Aussi, la course de chars, si elle est par moments difficilement « lisible » à l'écran, demeure spectaculaire : Timur Bekmambetov s'est inspiré de courses de F1 et de NASCAR pour la filmer, ça marche. Enfin, la surprise, excellente, se trouve dans l'évasion de Judah de la galère où il est enchaîné : alors que, dans le film de William Wyler, cette scène a extrêmement mal vieilli, celle-ci, tournée du point de vue unique du prisonnier, provoque un sentiment de claustrophobie et d'asphyxie tout à fait de mise.

Mais ce n'est pas assez pour faire de ce Ben-Hur autre chose qu'un Fast and Furious... en quatre chevaux.

DRAME BIBLIQUE

Ben-Hur

(V.F. : Ben-Hur)

De Timur Bekmambetov

Avec Jack Huston, Toby Kebbell, Rodrigo Santoro

2 h 03

2 étoiles et demie

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