Micropuces à usage militaire: un professeur de McGill accusé de complot

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La Presse a révélé le 25 janvier que le chercheur de McGill était dans la ligne de mire d'une enquête du FBI en matière de vol et d'exportation illégale de technologie sensible vers la Chine.

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Des accusations ont été portées aux États-Unis jeudi contre un professeur agrégé de McGill qui aurait participé à l'exportation illégale vers la Chine de micropuces à usage militaire. Selon le FBI, le chercheur montréalais agissait secrètement comme directeur technique d'une entreprise chinoise liée au développement de systèmes de pointe destinés à l'Armée populaire de libération.

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Ishiang Shih

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Ishiang Shih, citoyen canadien né à Taiwan et résidant à Brossard, est accusé à Los Angeles de participation à un complot pour violer une loi américaine encadrant l'exportation de technologies critiques vers certains pays. Il n'a pas été arrêté. Un porte-parole du bureau du procureur fédéral a affirmé à La Presse hier qu'il était trop tôt pour parler d'extradition de l'accusé vers les États-Unis.

Selon des documents judiciaires déposés à la cour, Ishiang Shih aurait occupé une fonction cachée tout en vaquant à ses tâches d'enseignement et de recherche à McGill : il était en fait directeur technique de CGTC, entreprise chinoise qui exploite une usine à Chengdu, en Chine. Le frère d'Ishiang Shih, arrêté par le FBI le mois dernier, était président de CGTC.

Selon le FBI, des publications officielles chinoises décrivent CGTC comme une « entreprise militaire de haute technologie ». L'entreprise serait associée et partagerait ses locaux avec une autre firme qui travaille pour le mystérieux « Institut 206 » de l'armement chinois.

Le FBI affirme que cet « Institut 206 » a mis au point des applications de radars militaires servant à l'acquisition de cibles, au guidage d'artillerie et à la défense antiaérienne. Il aurait même fait des recherches sur les missiles de croisière. Le magazine Popular Science a déjà traité des innovations de cet institut en matière de canons électriques et de systèmes de lancement de missiles.

TECHNOLOGIE CONVOITÉE

CGTC avait été placée sur une liste noire du gouvernement américain en 2014 parce qu'elle était soupçonnée d'être « impliquée dans la fourniture illicite de marchandises et de technologies pour des usages militaires non autorisés en Chine ».

Le FBI dit qu'elle s'intéressait à la technologie d'un fabricant américain de « circuits intégrés monolithiques hyperfréquences », ou MMIC, selon le sigle anglais. Il s'agit de micropuces utilisées dans les systèmes de radars, les brouilleurs d'ondes et les débrouilleurs d'ondes militaires. Les enquêteurs disent avoir intercepté des courriels entre Ishiang Shih et son frère au sujet des lois restreignant l'exportation de cette technologie ainsi que ses usages militaires.

UN VOL

Toujours selon l'enquête du FBI, le frère d'Ishiang Shih aurait utilisé un complice américain qui avait créé une entreprise-écran afin de se présenter comme un acheteur légitime de MMIC capable de donner les assurances nécessaires contre les craintes d'exportation illégale. CGTC a ainsi pu mettre la main sur la technologie du fabricant américain, dont le nom est gardé secret.

Au moins un échantillon a été envoyé à Hong Kong et au moins un a été envoyé via UPS au laboratoire montréalais d'Ishiang Shih, à l'Université McGill.

Le chercheur québécois aurait demandé que ses complices décrivent l'envoi comme un « échantillon de verre pour tests et évaluation » d'une valeur de 50 $. Il aurait par ailleurs transféré l'équivalent de 800 000 $CAN aux États-Unis pour financer l'opération.

UNE PÉRIODE DE SIX ANS

Les enquêteurs américains affirment que le complot s'est échelonné au total sur plus de six ans. Ils croient que pendant cette période, CGTC a construit une usine de circuits MMIC à Chengdu, mais rien dans les documents rendus publics jusqu'ici ne permet de connaître les résultats de l'opération.

Hier, à la résidence brossardoise du chercheur, sa conjointe a refusé de discuter avec un journaliste. Un autre message à une membre de la famille est resté lettre morte.

Le 24 janvier, Ishiang Shih s'était défendu lors d'un entretien téléphonique avec La Presse. « C'est un malentendu. Nous sommes seulement des chercheurs, nous faisons de la recherche », nous avait-il déclaré.

LE FRÈRE SE DÉFEND

Yi-Chi Shih, frère du chercheur montréalais, demeure détenu aux États-Unis depuis son arrestation. Son avocat a tenté sans succès d'obtenir sa remise en liberté d'ici son procès. « Si M. Shih était aussi dangereux que le prétend le gouvernement, il aurait été arrêté et accusé beaucoup plus tôt », a-t-il écrit dans ses soumissions à la cour.

« Malgré le tambourinage du gouvernement sur la "sécurité nationale", ceci n'est pas un cas de terrorisme. Ce n'est pas un cas d'espionnage [...] Malgré les suppositions du gouvernement, il n'y a aucune preuve que la technologie était destinée à l'armée chinoise ou lui a été fournie », insiste-t-il.

La cause sera portée devant les tribunaux par une équipe spéciale de procureurs spécialistes des questions de sécurité nationale. L'équipe est dirigée par le procureur Patrick Fitzgerald, ancien envoyé spécial du président Obama pour la révision du programme de détention à Guantánamo.




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