«Malgré les apparences, je suis sensible», affirme le délateur Stéphane Gagné

Stéphane «Godasse» Gagné en 1997.... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Stéphane «Godasse» Gagné en 1997.

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Daniel Renaud
La Presse

Le délateur Stéphane «Godasse» Gagné a beau se dire «sensible» et repentant, les doutes semblent subsister chez les commissaires aux libérations conditionnelles.

Pour la première fois depuis qu'il a été condamné à la prison à vie pour le meurtre de la gardienne de prison Diane Lavigne il y a près de 20 ans, Gagné, qui a eu 47 ans dimanche, a demandé lundi matin de commencer à pouvoir sortir du pénitencier, dans le cadre de sorties avec escorte policière.

Le détenu, qui se frottait les mains de nervosité en début d'audience, alors que des proches de la gardienne assassinée se trouvaient assis juste derrière lui, a témoigné sans émotion apparente. Lui, qui avait devant lui une pile d'enveloppes décachetées, a d'abord raconté ses troubles d'apprentissage, et l'intimidation et les coups dont il a été victime à l'école primaire. Il a ensuite expliqué ses débuts comme indépendant dans le trafic de stupéfiants puis sa décision de choisir le camp des Hells Angels à l'aube de la guerre des motards.

«Il y avait déjà eu 13 morts du côté des Rock Machine et un seul du côté des Hells Angels. J'étais déjà dans Hochelaga-Maisonneuve, un château-fort des Hells. Je ne voulais pas me faire tuer», a-t-il résumé.

Il s'est ensuite fait remarquer en s'attaquant à un Rock Machine qui avait déjà voulu tuer Maurice Boucher et en refusant de signer un formulaire qui l'aurait envoyé en protection lors d'une incarcération à Bordeaux.

«C'est comme ça que j'ai fait mon nom. Les Hells ont vu que j'étais un gars solide. André Tousignant m'a alors demandé de tuer des screws (gardiens de prison) Si je refusais, j'étais mort. Mais en même temps, je voulais monter chez les Hells Angels et à l'époque, c'était la façon de le faire», a dit Gagné.

Un château de sable

Le délateur dit que ce n'est que lors du 2ème procès de Maurice Boucher au début des années 2000 qu'il a réalisé tout le mal qu'il a fait.

«Ma baloune avait pété. J'ai réalisé que tout ce que j'ai fait dans ma vie a été construit sur un château de sable. Tout s'est écroulé. Avec les Hells Angels, il n'y a rien qui compte. Même ma vie ne valait rien à leurs yeux», a-t-il déclaré.

Gagné affirme que si c'était à refaire, il referait exactement la même chose et deviendrait témoin repenti car cela a changé sa vie.

«Malgré les apparences, je suis quelqu'un de sensible», a-t-il dit, ce qui a fait réagir d'indignation une proche de Diane Lavigne, qui a pleuré à quelques reprises durant l'audience. «Vous n'avez as l'air de ça», lui a fait remarquer la commissaire Marie-Claude Frenette.

«Je sais que j'ai fait du tort et que je ne pourrai pas le réparer. J'ai enlevé la vie et je ne peux pas la redonner. J'essaie de redonner du mieux que je peux en aidant les gens», a-t-il continué.

Stéphane Gagné a de la difficulté à lire et à écrire. Il se dit travaillant.

«S'il faut que j'aille laver de la vaisselle, je vais laver de la vaisselle, pour me faire un c.v.», a indiqué Gagné au sujet de son plan de sortie, qui a fait l'objet de discussions à huis clos, tout comme d'autres sujets, dont un incident survenu avec un employé de pénitencier en avril dernier.

L'audience s'est déroulée sous haute sécurité, en présence notamment d'un policier de la Sûreté du Québec. Les commissaires rendront leur décision dans les prochains jours. Gagné lui, promet de se tenir loin du crime.

«Si je rentre en prison, je ne ressortirai jamais», a-t-il conclu.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca ou à l'adresse postale de La Presse.

Ce que Stéphane Gagné a dit :

La vérité en face :

«Le lendemain du meurtre de Diane Lavigne, ils en ont parlé à la télé. Ma blonde a dit : Ça prend tu un écoeurant pour faire ça ! Elle disait la vérité mais je ne voulais pas l'entendre. Je suis sorti de la maison pour rejoindre Maurice Boucher. Lui m'a félicité».

Craintes perpétuelles :

«Les Hells Angels, je vais toujours les craindre. Lorsque je sortirai, je m'entraînerai où ils n'iront pas. Lorsque j'irai dans un restaurant, je regarderai partout et si je vois quelque chose de louche, je sortirai. Les bars, c'est fini pour la vie. Si je retourne dans le milieu, je suis un homme mort».

La blague des Hells Angels :

«Deux Hells Angels s'en vont dans le bois. Le premier dit : Aïe j'ai peur. Le deuxième répond : Je vais avoir encore plus peur lorsque je vais revenir seul». Les meurtres sont si communs au sein des Hells Angels que les motards ont inventé cette blague racontée par Stéphane Gagné durant l'audience.

Chronologie

  • 26 juin 1997 : Meurtre de la gardienne prison Diane Lavigne
  • 8 septembre 1997 : Meurtre du gardien de prison Pierre Rondeau et tentative de meurtre sur son collègue Robert Corriveau
  • 19 mars 1998 : Stéphane Gagné plaide coupable au meurtre de Diane Lavigne et à la tentative de meurtre contre. En échange de sa collaboration, il échappe au meurtre de Pierre Rondeau. Il est condamné à 25 ans de prison.
  • 27 novembre 1998 : Maurice Boucher est acquitté à l'issue d'un premier procès pour les meurtres des gardiens de prison dans lequel Stéphane Gagné témoigne.
  • 5 mai 2002 : Maurice Boucher est reconnu coupable des meurtres à l'issue d'un second procès.
  • Novembre 2015 : Gagné s'adresse à un jury pour pouvoir bénéficier d'une libération conditionnelle avant 2023 et obtient gain de cause
  • 12 décembre 2016 : Stéphane Gagné s'adresse pour la première fois aux commissaires aux libérations conditionnelles




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