Enquête sur la disparition en 2008 de deux adolescentes: «Notre famille veut faire son deuil»

Laurie Odjick tient une conférence de presse au... (PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Laurie Odjick tient une conférence de presse au parlement d'Ottawa, en février 2013.

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Développement majeur dans l'enquête sur la disparition de deux adolescentes algonquines, Shannon Alexander et Maisy Odjick, en septembre 2008: la Sûreté du Québec a mené cette semaine des recherches sur les berges et dans le lit d'un cours d'eau dans la réserve où vivaient les filles. Laurie Odjick, la mère de Maisy, s'est confiée à La Presse.

Laurie Odjick a passé la journée de mercredi dans le silence de sa roulotte au bord du lac, loin des plongeurs de la Sûreté du Québec (SQ) et des opérateurs de pelle mécanique qui cherchaient des traces de sa fille disparue.

« S'ils trouvent quelque chose, je ne veux pas voir ça », a confié la maman lors d'une conversation au téléphone.

Mme Odjick a reçu un appel des enquêteurs il y a quelques jours à son domicile de la réserve algonquine de Kitigan Zibi, près de Maniwaki. Les policiers avaient reçu, disaient-ils, une nouvelle information dans le cadre de leur enquête sur la disparition de sa fille Maisy, 16 ans à l'époque, et de sa meilleure amie Shannon Alexander, 17 ans. Les filles ont disparu sans laisser de traces le 6 septembre 2008, laissant derrière argent, cartes d'identité et sacs à main.

« L'enquêteur m'a prévenue qu'ils viendraient faire des recherches dans la rivière », raconte la femme.

Quand les plongeurs sont arrivés, elle est partie.

Toujours espoir

Mardi, la SQ a mené des recherches dans les eaux du ruisseau Pitobig, situé dans la réserve, tout près de sa maison. Ils n'ont rien trouvé, a indiqué Martine Asselin, porte-parole de la SQ.

Hier, une pelle mécanique a servi à creuser la terre des berges du même cours d'eau, où un sentier de course a été agrandi depuis la disparition des filles, il y a 10 ans.

Des enquêteurs de l'escouade des crimes contre la personne devaient aussi rencontrer une vingtaine de témoins.

Il s'agit du premier développement majeur dans ce dossier en plusieurs années.

Dans la roulotte où elle s'est réfugiée, non loin de la réserve, Laurie Odjick retient son souffle.

« J'attends des nouvelles, mais en même temps, j'espère qu'il n'y en aura pas. »

Malgré le temps qui passe, malgré les questions qui subsistent, la maman s'accroche à l'idée que sa fille est vivante, quelque part. Les recherches menées cette semaine menacent de faire voler en éclats cet ultime espoir.

« On vit un mélange d'émotions. Notre famille veut faire son deuil de ce qui est arrivé à notre fille, ce que nous ne pourrons pas faire tant qu'elle n'aura pas été retrouvée. Quelle que soit la conclusion de cette affaire, nous allons devoir l'accepter. Alors je prie qu'ils ne trouvent rien, mais une autre petite partie de moi espère qu'ils trouveront quelque chose. »

« Elle nous manque tout le temps »

En 2014, à quelques jours du sixième anniversaire de la disparition des deux amies, Mme Odjik avait raconté son désespoir dans une entrevue accordée à La Presse. Elle se sentait abandonnée. « Je me souviens de l'histoire d'un petit garçon blanc qui était disparu de chez lui. Il y avait eu un tel ralliement autour de sa famille... J'aurais aimé avoir la même chose.

« Mais nous avons été ignorés », disait-elle.

La venue des policiers de la SQ cette semaine à Kitigan Zibi lui est apparue comme un phare dans une interminable nuit.

« Pour moi, ça veut dire qu'ils cherchent encore et qu'ils prennent les informations qu'ils reçoivent au sérieux. Je sais qu'un jour, le dossier de Maisy deviendra "froid". » 

« Je vis au jour le jour. Je ne peux pas penser à la semaine prochaine ou à la semaine suivante. »

« Elle nous manque tout le temps, poursuit-elle. Je me couche en pensant à elle et je me lève en pensant à elle. »

Appel à la collaboration

Hier, dans un message publié sur sa page Facebook, Mme Odjick a appelé ses concitoyens à « faire ce qu'ils ont à faire » et à collaborer avec la police. « Les policiers doivent parler à ceux à qui ils ont besoin de parler. Et quand des gens leur disent qu'ils n'en ont rien à foutre et que ce n'est pas leur problème, ça me fait mal », nous a-t-elle expliqué. 

« Il y a deux filles qui manquent à l'appel. Comment peut-on n'en avoir rien à foutre ? Pour moi, ceux qui disent ça ont peut-être quelque chose à cacher. »

La maman précise que la plupart des membres de sa communauté l'appuient, même si elle sent que le sujet demeure tabou. « C'est quelque chose dont notre communauté ne veut pas trop parler. Les gens ne me demandent pas comment nous allons. C'est un sujet qui n'est pas abordé. C'est difficile de parler à une famille comme la mienne et je comprends ça. Je sais que les filles sont dans leur coeur. »

Joint par La Presse, hier, le père de Shannon a décliné notre demande d'entrevue.

MEURTRE RÉSOLU APRÈS 17 ANS

  • Il y a 10 jours, la Sûreté du Québec a résolu le meurtre d'une Algonquine de la communauté voisine de Lac-Rapide. Rosiana Poucachiche a été assassinée à l'âge de 17 ans en 2000. 17 ans plus tard, un suspect de 33 ans, membre de la même communauté, a été accusé de meurtre. Un dénouement qui donne de l'espoir à la famille Odjick.




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