Isabelle Gaston: il faut mieux écouter les parents en détresse

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Chaque nouveau drame familial qui secoue le Québec, comme celui de cette semaine à Warwick, replonge Isabelle Gaston dans ses douloureux souvenirs.

Ceux de ce jour fatidique de février 2009, alors qu'elle se trouvait dans Charlevoix pour un week-end entre amies, quand elle a appris que son ex, Guy Turcotte, avait poignardé à mort leurs deux enfants, Olivier et Anne-Sophie.

Avec une force et une détermination qui a ému les Québécois qui peinent toujours à comprendre comment elle peut ne pas simplement s'écrouler après pareil drame, elle milite en faveur d'une meilleure prévention de la détresse chez les parents vivant des situations difficiles.

Pour elle, le drame de Warwick, au cours duquel Jocelyn Marcoux se serait enlevé la vie ainsi que celles de ses enfants Lindsey, 13 ans, et Karen, 11 ans, démontre encore qu'il faut «amplifier» plutôt que minimiser les signes de frustration et détresse de parents vivant des situations difficiles.

«Ça me fait revivre plein d'émotions, mais maintenant je suis davantage capable d'accepter que la vie n'est pas juste par moment, et qu'elle ne va pas au mérite. J'ai pris de la distance par rapport à toutes les procédures. Je n'ai presque plus d'attente. Je consacre mon temps, là où je sais que je pourrai faire avancer les choses», explique-t-elle.

Marcoux vivait une relation houleuse avec Nadine Brillant, la mère de ses enfants, depuis leur séparation en 2002. Ils se livraient une guérilla judiciaire depuis 2005 au sujet de la garde de Lindsey et Karen. Il en avait la garde, mais était terrorisé à l'idée de la perdre au profit de la mère qui la réclamait à la Cour.

«Cette histoire ne ressemble en rien la mienne mise à part la mort des enfants! Dans mon histoire, aucun problème de garde, pas de problème d'argent. Par contre, la dynamique elle, se ressemble, c'est-à-dire le contrôle. Ces hommes craignent le rejet de leur enfant comme celui de leur conjointe. Quand ça ne fonctionne pas comme ils l'avaient imaginé leur monde s'écroule», indique l'urgentologue des Laurentides.

On ne connaît pas tous les détails de l'escalade qui aurait mené Jocelyn Marcoux à commettre son terrible geste. Mais il semblait de plus en plus hargneux envers le système de justice, ses acteurs, Nadine Brillant et son conjoint qu'ils accusaient de ne pas bien traiter ses enfants.

«Depuis quelque temps, il (Marcoux) était plus agressif. Il disait elle ne croira pas à ça, si je perds la garde», disait mardi une amie de Jocelyn Marcoux, rapportant les propos de celui-ci par rapport à son ex.

Dans la lettre qu'il a publiée sur Facebook quelques heures avant d'incendier son garage, il disait comprendre que les pères n'aient d'autre choix que de se faire justice au Québec, «d'où les drames familiaux».

Dans sa requête demandant la garde de ses enfants déposée à la Cour le printemps dernier, Nadine Brillant disait de Marcoux qu'il tentait de monter leurs enfants contre elle, et qu'elle avait subi une thérapie dans une maison destinée aux femmes victimes d'intimidation ou de violence dans le cadre de leur vie conjugale. Jocelyn Marcoux a une inscription à son casier judiciaire, une affaire d'intimidation remontant à 2005 pour laquelle il avait écopé d'une amende.

Nadine Brillant a déclaré depuis le drame qu'il lui envoyait parfois des messages textes agressifs.

«Avec chaque perte de contrôle, il y a escalade de violence. Il y a des signes, mais la société les banalise et les tolère. Ça devrait être tolérance zéro sur toute forme d'agressivité. Notre cerveau ne veut pas croire qu'une personne puisse tuer ou blesser ceux qu'on aime le plus au monde. Mais le voleur ne va pas s'habiller avec des lumières pis une grosse flèche pointant en sa direction pour aviser du crime qu'il va commettre. Comme une personne qui tue avait des qualités malgré son geste horrible», explique Isabelle Gaston.

Aussi y va-t-elle d'une série de signes avant-coureurs de dérapages potentiels perceptibles chez un parent en détresse.

«Irritabilité, mots agressifs, gestes brusques sur les enfants pour faire réagir, des messages du genre tu veux la guerre, t'aura pas le dernier mot, tu avais tout dans la vie, mais ton attitude te fera tout perdre et là tu vas réaliser, guerre financière, frustration et argumentation sur toutes les décisions, quand dans l'actualité on parle de drames familiaux et que la personne dit comprendre, quand la personne n'est pas capable de voir aux intérêts des enfants avant les siens, quand la personne n'a pas d'équilibre dans sa vie, pas d'ami, pas de passion», énumère-t-elle.

«Bref il faut toujours amplifier l'interprétation des gestes ou paroles des gens au lieu de les minimiser», conclut-elle.




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