Mort d'enfants autochtones: une enquête publique envisagée

Deux cent cinquante-neuf enfants et adolescents autochtones sont... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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Deux cent cinquante-neuf enfants et adolescents autochtones sont morts violemment ou dans des circonstances obscures depuis 15 ans au Québec, dont la fille de Délima Flamand (photo), qui s'est suicidée à l'âge de 11 ans après avoir subi plusieurs agressions sexuelles.

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La coroner en chef du Québec envisage d'ouvrir une enquête publique d'une rare ampleur dans la foulée des révélations de La Presse sur la mort violente ou suspecte de 259 enfants et adolescents autochtones dans la province.

>>>Découvrez les histoires des 259 victimes 

Hier, les partis de l'opposition ont joint leur voix à celle de l'Assemblée des Premières Nations pour demander au gouvernement Couillard de faire la lumière sur cette tragédie.

«La coroner en chef [Me Catherine Rudel-Tessier] envisage une telle enquête, mais aucune décision n'a été prise de la tenir pour le moment, indique la porte-parole du Bureau du coroner, Geneviève Guilbault. À titre d'organisme dédié à la protection de la vie humaine, il va de soi qu'un tel phénomène de mortalité touche directement notre mission et nous interpelle.»

La Presse a révélé, le week-end dernier, que 259 enfants et adolescents autochtones étaient morts violemment ou dans des circonstances obscures depuis 15 ans au Québec, dont une enfant de 11 ans qui a mis fin à ses jours dans une communauté atikamekw.

Le taux de morts suspectes chez les enfants inuits et des Premières Nations est près de quatre fois supérieur à celui de l'ensemble de la jeunesse québécoise, révèle notre compilation effectuée à partir de quelque 3000 rapports de coroner traitant de la mort d'une personne de moins de 19 ans dans la province depuis l'an 2000.

Les jeunes autochtones ont un taux anormalement élevé  non seulement de suicide, mais aussi de mort subite du nourrisson, de troubles pulmonaires, de maladies et d'accidents de toutes sortes. Les problèmes liés à l'éloignement ou au manque de ressources sont à l'origine de nombreux décès.

Si une enquête est lancée, le Bureau du coroner voudra aller au-delà des causes et des circonstances entourant chaque décès, puisqu'elles ont déjà été établies dans les rapports d'investigation des coroners, précise sa porte-parole.

«L'objectif serait davantage d'aller plus loin en dégageant certains constats et, surtout, en se questionnant à savoir ce qui peut être fait pour remédier à ces situations; quelles recommandations pouvons-nous faire pour améliorer la vie de ces jeunes et, ainsi, éviter des décès? Pour être bien fait, un tel projet exige énormément de temps et de ressources.»

L'opposition réclame une enquête

Dans un article paru hier, le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, s'est dit ébranlé par la violence de certains décès révélés dans nos reportages et a pressé le gouvernement québécois de réaliser une enquête publique sur cette tragédie.

Hier, en entrevue avec La Presse, des députés du Parti québécois et de Québec solidaire ont fait écho à la demande du leader autochtone.

«On ne peut pas penser qu'on va mettre ça dans une petite boîte et l'oublier. C'est du mépris», dit la députée péquiste Carole Poirier, qui a aussi milité cette année en faveur d'une prise en charge par le Québec du dossier des femmes autochtones disparues et assassinées.

«Il y a eu les femmes. Maintenant, c'est les jeunes! Il y a un gros problème de transparence de la part du fédéral sur la situation des autochtones au Canada, dit-elle. Le gouvernement provincial a une responsabilité. Ces violences se passent sur son territoire. On a un devoir d'agir.»

Même discours chez Québec solidaire. «C'est tellement alarmant et capotant de lire [l'histoire de ces enfants]. Mais eux [les autochtones], ils le savent déjà. Ce n'est pas nouveau, mais il faut qu'on se le mette dans la face», dit la députée Manon Massé.

«Le coroner a l'air de dire qu'il y a une faisabilité. Derrière ça, c'est une question d'argent. J'invite le ministre des Affaires autochtones Geoffrey Kelley à convaincre le Conseil des ministres d'enclencher une enquête. Le ministre doit dire au Conseil que ça n'a plus de bons sens. Si c'est de l'argent qu'il manque, on va en trouver parce qu'on le trouve pour autre chose.»

Selon Mme Massé, c'est aussi pour Québec une simple question d'être conséquent. En septembre 2014, l'Assemblée nationale a en effet adopté une motion à l'unanimité pour appuyer les demandes des Premières Nations et des Inuits faites à Ottawa pour la tenue d'une commission nationale d'enquête sur les disparitions et les assassinats de femmes autochtones au Canada.

«Cette fois, dit la députée de QS, il y a une demande semblable [au sujet des enfants autochtones] qui est faite au gouvernement du Québec. Il faut y accéder. On ne peut pas demander aux autres de faire ce qu'on n'est pas capable de faire.»

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