Exclusif

Des détenus auraient écouté des discussions entre gardiens

Craignant que les conversations des gardiens soient écoutées... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Craignant que les conversations des gardiens soient écoutées par les détenus, la direction du Centre de détention de Rivière-des-Prairies a commandé une fouille générale la semaine dernière et a demandé à ses agents correctionnels de carrément saisir toutes les radios des détenus, a appris La Presse.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Renaud
La Presse

Des radios personnelles auraient permis de capter les ondes des appareils de type walkie-talkie utilisés par des gardiens et des cadres de l'établissement carcéral

Les détenus des établissements carcéraux du Québec pourraient bien avoir trouvé un truc pour épier les conversations de leurs gardiens et les déjouer: une simple radio personnelle destinée normalement à écouter de la musique.

C'est du moins la crainte de la direction du Centre de détention Rivière-des-Prairies qui a commandé une fouille générale la semaine dernière et a demandé à ses agents correctionnels de carrément saisir toutes les radios des détenus, a appris La Presse.

Les radios problématiques ont été achetées légalement par les détenus, par le biais de «la cantine». Selon nos informations, en syntonisant un numéro sur la bande FM, ils auraient été en mesure de capter les ondes des gardiens et des cadres qui possèdent des appareils de type walkie-talkie analogiques.

«Cette saisie a été menée parce que des informations ont porté les autorités de l'établissement à croire que ces appareils auraient pu être utilisés à mauvais escient par les personnes incarcérées, portant ainsi atteinte à la sécurité des personnes et des lieux», dit Alexandra Paré, porte-parole du ministère de la Sécurité publique 

«Des analyses sont en cours pour déterminer la portée des risques posés par ces appareils à l'Établissement de détention de Rivière-des-Prairies et, s'il y a lieu, dans les autres établissements de détention sous la responsabilité du MSP, ainsi que pour trouver des solutions», explique Mme Paré.

Plaintes des détenus

Un peu plus d'une centaine de radios ont été saisies, le 23 juin. Selon Mme Paré, les appareils ont été déposés dans les bagages personnels de chacun des détenus visés car, ayant été achetées légalement, les radios leur appartiennent et elles leur seront rendues à leur libération. Mais selon nos informations, ces derniers jours, plusieurs détenus ont écrit une lettre de plainte à la direction de l'établissement pour ravoir leur radio, un appareil sur lequel ils comptent pour chasser l'ennui.

Ce sont des appareils de type walkie-talkie comme... (CAPTURE D’ÉCRAN) - image 2.0

Agrandir

Ce sont des appareils de type walkie-talkie comme ceux sur la photo que les gardiens et les cadres utilisent dans les prisons du Québec.

CAPTURE D’ÉCRAN

Il y a actuellement environ 600 détenus ou prévenus à la prison de Rivière-des-Prairies. Selon nos informations, environ 50% des pensionnaires à long terme de l'établissement auraient pu posséder la controversée radio. Parmi les pensionnaires à long terme actuellement incarcérés, on retrouve plusieurs membres influents du crime organisé détenus dans les ailes sécuritaires de la prison.

«Cela signifie que les détenus pourraient savoir à quel endroit et à quel moment il y a une intervention dans la prison, affirme une source. Ils pourraient connaître d'avance les moments des rondes et des fouilles, et les stratégies et mesures des gardiens et cadres.»

«Pour des raisons de sécurité, nous ne donnerons pas plus d'informations sur la nature des risques posés par ces appareils ni sur la façon dont les personnes incarcérées pouvaient les utiliser de manière inappropriée ou sur les solutions précises qui seront apportées», répond pour sa part Mme Paré.

«C'est très préoccupant»

Il y a quelques années, il aurait été question de remplacer les appareils analogiques des gardiens et cadres par des radios à technologie numérique, mais le projet aurait été abandonné en raison d'un manque de budget, selon nos sources. Les révélations de La Presse ont fait bondir le Syndicat des agents en services correctionnels qui demande à ce que la mesure prise à Rivière-des-Prairies soit étendue aux autres prisons.

«Cela a toujours été connu que les détenus pouvaient nous écouter, mais c'était un peu comme une légende urbaine. Cette affaire vient démontrer que le problème est fondé. C'est très préoccupant. Le Ministère ne doit pas attendre des résultats d'analyse et doit faire la même chose dans les autres établissements à titre préventif, quitte à remettre les radios aux détenus par la suite», affirme son président, Mathieu Lavoie.

«C'est une situation extrêmement inquiétante sur laquelle le ministre Martin Coiteux doit se pencher rapidement. Après les drones, les mauvaises empreintes digitales et les évasions, on vient ajouter le risque que les détenus soient au courant du travail des agents carcéraux. Il est temps de revoir la sécurité de notre système carcéral en profondeur et arrêter d'agir à la pièce comme le fait le gouvernement libéral», a renchéri le député de la CAQ et porte-parole en matière de sécurité publique, André Spénard.

***

Pour joindre Daniel Renaud en toute confidentialité, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer