Hells: des incendies commandés pour déstabiliser les autorités

À la fin des années 90, alors que les attentats contre les gardiens de prison... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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À la fin des années 90, alors que les attentats contre les gardiens de prison secouaient la région de Montréal, les Hells Angels de Sherbrooke ont mené - sans jamais être inquiétés - leur propre entreprise visant à déstabiliser les autorités, révèle le délateur Sylvain Boulanger.

Ennuyés par l'attention que la police leur portait, les Hells de Sherbrooke ont commandé une série d'incendies criminels visant des bâtiments de la Ville, allant même jusqu'à mettre le feu à une maison de jeunes, affirme le motard qui a retourné sa veste.

Boulanger a donné de l'information à la police concernant une multitude de crimes, dont 22 meurtres commis à l'époque de la guerre des motards. Le procès SharQc ayant avorté, les allégations du délateur n'ont toutefois jamais été testées en cour.

Dans le brouillard

Cette vague d'incendies en Estrie avait suscité l'indignation de la population. Or, la police de Sherbrooke est demeurée dans le brouillard quant aux raisons de ces attentats jusqu'à ce que le membre en règle de la section de Sherbrooke se mette à table.

Citant des enquêteurs chargés d'élucider l'affaire, un article publié en 1999 dans un journal local démontre à quel point la police n'avait aucune piste.

Les policiers énumèrent la longue liste des bâtiments qui ont été la proie des flammes depuis 1997, dont le pavillon d'embarcations du club nautique, des locaux de la MRC et une maison de jeunes, avant d'ajouter : « On ne sait trop que penser, mais quelqu'un semble avoir le mot Sherbrooke dans son collimateur. »

Ce « quelqu'un » était en fait les Hells Angels.

En pleine guerre opposant les Hells aux Rock Machine, l'une des stratégies de la police pour amasser des renseignements était de faire des barrages routiers lors desquels les forces de l'ordre interceptaient les motards et vérifiaient si leurs papiers étaient en règle.

« Souvent y avait des road blocks [durant la guerre]. La police achalait le monde, ça fait que là, nous autres à Sherbrooke, on était un peu frustrés de ça, on n'était pas habitués de se faire vraiment achaler. »

La police locale et la Sûreté du Québec s'invitaient même dans des fêtes organisées par la section de Sherbrooke, ce qui ne faisait vraiment pas l'affaire de ses membres.

Ainsi, dans une réunion de la section, ses dirigeants ont décidé de commander des incendies criminels à des subalternes, rapporte Boulanger, qui a assisté à la rencontre.

« Pour enlever du budget à la police et pour essayer de les déstabiliser, on s'est dit : on va crisser le feu dans les bâtisses municipales, mais en même temps, c'est gouvernemental, ça fait qu'en faisant ça, y va avoir moins de budget sur nous autres pour mettre des road blocks pis mettre de la surveillance policière après nous autres », indique Boulanger dans une déclaration faite sous serment à la police en 2007.

Recruteur

Durant la guerre des motards, Sylvain Boulanger a été nommé second sergent d'armes de la section pour épauler le premier. Les deux hommes travaillaient ensemble pour veiller à la sécurité des membres, en plus de fournir des armes destinées à tuer les ennemis des Hells.

Les sergents d'armes ont été chargés de trouver les subalternes prêts à incendier les bâtiments municipaux. Il les qualifiait de « petits rock'n'roll ». Ils leur ont donné des trucs, notamment de s'approvisionner en essence dans des stations-service qui ne sont pas munies de caméras de surveillance, raconte Boulanger.

Ces « petits rock'n'roll » - des aspirants motards qui gravitaient autour de l'organisation - recevront plus tard « leurs couleurs » du « chapitre » de Sherbrooke. Un troisième complice deviendra membre en Ontario, toujours selon le délateur.

Le trio a mis le feu à au moins quatre bâtiments, dont le pavillon du club nautique, selon Boulanger. « Ç'a coûté assez cher pour le rebâtir [le pavillon], ça fait que les gars étaient contents parce que ça coûterait ben cher, donc mettons que ça coûterait 200-300 000 piastres à rebâtir, mais la police n'avait pas ce budget-là pour mettre sur les motards », explique le délateur.

« Les jeunes savaient qu'ils faisaient ça pour le club, pour le chapitre », poursuit Boulanger. Les dépenses engagées pour la perpétration de ces crimes ont été remboursées à même le fonds de 10 % du club, dit-il. Toujours selon le délateur, les motards remettaient au club 10 % des profits réalisés sur leurs activités illicites pour financer les dépenses de guerre.

Dans le cadre de l'opération SharQc, aucune accusation n'a été portée en lien avec ces incendies criminels. La poursuite a choisi de se concentrer sur les meurtres commis par la bande de motards.

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