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Comparutions devant le tribunal de la jeunesse: des enfants et des problèmes

Déficit de l'attention avec hyperactivité, troubles d'opposition, les... (PHOTO ARCHIVES LE SOLEIL)

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Déficit de l'attention avec hyperactivité, troubles d'opposition, les jeunes armés ont souvent des problèmes psychiatriques, mais refusent de se soigner.

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Les élèves qui arrivent armés à l'école sont parfois très jeunes, souvent traumatisés, et presque toujours aux prises avec de graves problèmes mentaux ou familiaux. Le tribunal de la jeunesse en a placé plusieurs en centre de réadaptation. Voici leurs histoires.

Aussi au primaire

À Sherbrooke, l'an dernier, un garçon de 10 ans «a apporté un couteau à l'école et a demandé à un jeune d'en tuer un autre», indique l'une des nombreuses décisions du tribunal de la jeunesse relatives à un enfant armé.

À l'école primaire, les armes sont plus rares, mais néanmoins présentes, confirme le premier «Portrait de la violence dans les établissements d'enseignement au Québec». Selon cette étude - menée auprès de 70 000 personnes -, 12,8% des écoliers et 8,2% des enseignants ont vu des enfants apporter «des objets pouvant servir d'arme» en classe. Et la quasi-totalité d'entre eux observent pareil comportement au moins deux ou trois fois par mois.

«Ça ne signifie pas que les armes sont nombreuses; peut-être que plusieurs élèves ont vu la même», tient à souligner l'auteure principale de l'étude, Claire Beaumont, professeure à l'Université Laval et ex-psychologue scolaire.

Autodéfense

Élevé par un revendeur de drogue de Sherbrooke, un écolier de 11 ans gardait dans sa chambre un poignard, un briquet avec des journaux et des outils de cambriolage. Son arsenal a été découvert en 2012, lorsqu'il s'est rendu à l'école avec des couteaux. «Un garçon lui avait dit qu'il voulait lui faire la peau. Il traînait ses couteaux «pour se protéger»», a précisé le tribunal de la jeunesse.

«Les jeunes qui s'arment se sentent souvent attaqués, ils réagissent à des moqueries, pas de façon prédatrice», observe le psychiatre Martin Gignac, qui en a traité et évalué plusieurs à la Clinique Réseau-Jeunesse de l'Institut Philippe-Pinel.

Besoin de soins

Déficit de l'attention avec hyperactivité, troubles d'opposition... Les jeunes armés ont souvent des problèmes psychiatriques, mais refusent de se soigner.

«Il est médicamenté, mais ne prend pas toujours son médicament. Il a aussi manqué plusieurs rendez-vous médicaux», précise une décision rendue l'an dernier. L'élève de 14 ans était accusé de «menaces de bombe» dans une école de Gatineau et de possession d'armes à feu.

«La non-observance du traitement est un problème énorme et contribue à déclencher des crises», confirme le Dr Gignac.

Les jeunes dont le psychiatre évalue la dangerosité sont souvent «carencés, réactifs et désorganisés», dit-il. Quelques-uns font même une psychose ou souffrent d'un retard intellectuel. À Rimouski, un élève de 16 ans «jouait avec ses armes, seul, dans un monde imaginaire. Il ne comprend pas pourquoi on les lui a enlevées», précise le jugement qui le concerne.

Les adolescents assez «stratégiques» pour se procurer des armes à feu se font sans doute moins prendre, avance le Dr Gignac. Et lorsque cela se produit, ils ne sont pas nécessairement vus comme souffrant d'une maladie mentale qui relève des psychiatres.

Menaces de mort

Depuis 2011, une douzaine d'élèves de 14 à 17 ans sont passés au tribunal de la jeunesse pour avoir menacé de tuer des personnes de leur école. L'an dernier, à Sherbrooke, un garçon a «laissé entendre par des signes qu'il [allait] trancher la gorge ou mettre la corde au cou» d'élèves.

En 2012, à Longueuil, un jeune raccrocheur s'est vu confisquer un briquet ayant la forme d'un revolver; il a alors menacé l'enseignante de «revenir avec un vrai 12 pour la faire sauter pis l'école avec».

Moins de violence

À Montréal, les histoires d'armes à l'école sont désormais deux fois moins nombreuses qu'en 2006. Tout comme les agressions non armées (mais assez violentes pour mobiliser la police), qui sont en baisse à l'échelle de la province. L'an dernier, la police a rapporté 1262 agressions du genre au ministère de la Sécurité publique, soit en moyenne 7 par jour, contre 15 en 2006.

Dans la métropole, l'accalmie est palpable. «Il y a une dizaine d'années, la violence était le fléau numéro un à l'école, et les gangs de rue faisaient la loi. Mais la sécurité a été resserrée. Maintenant, on éradique à la source; on ne laisse pas les mots se transformer en gestes», se réjouit le porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal, Yves Parenteau.

Dans toute l'île de Montréal, le nombre d'événements impliquant des armes à l'école a même chuté de 57%, passant de 197 à 85 entre 2006 et 2012.

«Les intervenants se promènent pour discuter avec les jeunes, expose la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon. On s'efforce aussi de les occuper, avec des activités culturelles et sportives, pour éviter qu'ils ne fassent des mauvais coups.»

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