Criblé de dettes... et de balles

Pierre Gaudreau... (Photo archives La Presse)

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Pierre Gaudreau

Photo archives La Presse

Quelques années après avoir quitté l'industrie du disque, Pierre Gaudreau est mort, criblé de balles... et de dettes. La police et le fisc ont alors tenté de percer son mystère.

Gaudreau a été abattu à Laval le 22 mai 2011. Selon des documents de la police de Laval produits en cour, le premier indice sur le suspect est arrivé 30 minutes après le meurtre, lorsque l'avocat de Gaudreau, Me Martin Huppé, a reçu un texto sur son cellulaire: «Yo, t le prochain si tu ne paye pas et on n'attendra pas ton chèque d'assurance. À toi de voir si tu tiens à rejoindre ton chum. Tu as 2 jour pour payer (sic).»

L'enquête a démontré que Pierre Gaudreau avait emprunté 400 000$ à un camionneur de Terrebonne, Yvan Carrier. Plutôt que de le rembourser, il lui avait proposé un des plans dont il avait le secret.

Gaudreau disait avoir le cancer et ne plus avoir longtemps à vivre. Il a donc pris une nouvelle police d'assurance-vie de 1 million de dollars et inscrit Yvan Carrier comme bénéficiaire à 45%, ce qui devait lui valoir 450 000$. Le reste devait aller à l'avocat Martin Huppé, qui se chargerait de veiller sur les proches de Gaudreau.

Ni la famille de Gaudreau ni ses amis n'ont vu de preuve qu'il avait vraiment le cancer. L'autopsie réalisée après sa mort n'en a pas relevé de trace non plus.

Yvan Carrier en a eu assez d'attendre que la maladie fasse son oeuvre, d'autant plus que lui-même avait des dettes envers un garde du corps qu'il avait embauché pour se protéger de Patrizio D'Amico, le caïd qui utilisait Pierre Gaudreau comme prête-nom.

Le 22 mai 2011, Gaudreau a été tué de plusieurs balles dans le stationnement de l'immeuble où il habitait, boulevard Le Carrefour, à Laval.

Yvan Carrier a été arrêté le lendemain, dans un lave-auto de Bois-des-Filion, alors qu'il tentait de faire disparaître des taches rougeâtres sur sa voiture - le sang de Gaudreau. Carrier a plaidé coupable à une accusation de meurtre non prémédité en janvier dernier. Il a écopé du minimum prévu par la loi: prison à vie avec possibilité de libération conditionnelle après 10 ans. Il a été déchu de tout droit d'encaisser le produit de l'assurance-vie.

Une vie de mensonges

Ce n'était là qu'un des mystères à percer pour les enquêteurs, qui ont vite découvert que toute la vie de Gaudreau n'était qu'un tissu de mensonges. Dans les déclarations sous serment de l'Agence du revenu et de la police, ils font référence à son épouse officielle, à qui il avait cédé ses biens, mais aussi à une conjointe de fait avec qui il habitait. Il y avait deux entreprises qu'il contrôlait officiellement mais qui, selon le fisc, n'étaient que des prête-noms pour le mafieux Patrizio D'Amico.

Il y avait surtout les déclarations de revenus de Gaudreau, où il disait gagner zéro dollar par année, alors qu'il jonglait en fait avec des fortunes colossales. Il y avait cette tentative infructueuse de faire croire au fisc que la Porsche, les deux jeeps, les scooters, les meubles et tous les autres biens saisis chez lui appartenaient à sa femme. Il y avait sa firme de consultant en comptabilité qui avait permis de frauder l'impôt pour 500 000$ en déclarant de fausses pertes d'entreprise, en faisant de fausses factures et en créant de faux certificats d'actions.

Ce qui était bien vrai, par contre, c'était le poids des créanciers aux trousses de Gaudreau. Outre Yvan Carrier, Revenu Québec lui réclamait toujours 1,6 million de dollars. L'Agence du revenu du Canada lui réclamait 1 million. Desjardins Assurances générales lui réclamait 432 000$, et une caisse populaire lui réclamait 132 000$. Une banque avait aussi vendu une maison qui lui appartenait parce qu'il négligeait de rembourser une dette. Pour couronner le tout, sa carte de crédit affichait un solde impayé de 104 000$.

Lorsque Gaudreau est mort, le fisc a constaté qu'il y avait peu de biens à saisir dans son appartement de Laval: une réserve de 4000$ en argent comptant, une arme à feu, une montre Rolex et quelques bijoux.

Un réseau de contacts bien garni

Les meilleurs contacts de Pierre Gaudreau ne se trouvaient pas au sein du showbiz et de l'industrie du disque. Jusqu'à son assassinat, en 2011, il a plutôt été lié à un membre important du crime organisé et des spécialistes du blanchiment d'argent.

Michel Faille 

Pierre Gaudreau s'est marié en 1986 avec la soeur de ce fiscaliste bien connu des autorités fiscales provinciales et fédérales. Gaudreau a pu apprendre du savoir-faire de son beau-frère, qui l'a aidé dans le démarrage d'au moins une de ses entreprises, selon le texte d'un jugement. Une enquête de la Gendarmerie royale du Canada sur le blanchiment d'argent avait démontré, dans les années 90, que des PME de Michel Faille avaient été utilisées pour faciliter une opération de trafic de drogue outre-mer. Faille a aussi été reconnu coupable de fraude fiscale à plus d'une reprise. Il est aussi connu pour son rôle dans l'affaire Jitec, une firme montréalaise dont il faisait la promotion et qui s'est écroulée dans un scandale boursier dont M. Faille dit lui-même avoir été victime.

Patrizio D'Amico 

L'enquête antimafia Colisée a révélé que cet entrepreneur, qui partage son temps entre Granby et la République dominicaine, était lié à la mafia. Son père et lui ont eu des rencontres avec des dirigeants de l'organisation de Vito Rizzuto pour régler un conflit qui avait failli dégénérer en guerre ouverte. Ils comptaient alors sur une puissante force de frappe. Un homme était entré au quartier général des Rizzuto pour menacer le clan avec une arme. Un trafiquant avait même été enlevé. Francesco Arcadi, qui avait pris les rênes du clan après l'arrestation de Vito Rizzuto, avait alors surnommé D'Amico «le fou». D'Amico a aussi été condamné pour avoir tenté de sortir illégalement du Canada 100 000$ en argent comptant. Or, dans une déclaration sous serment obtenue par La Presse, un vérificateur de l'Agence du revenu du Canada affirme que Pierre Gaudreau jouait un rôle de prête-nom pour Patrizio D'Amico. Le vérificateur nomme deux entreprises contrôlées par Gaudreau qui ne servaient qu'à «permettre à Patrizio D'Amico de cacher ses revenus et actifs au fisc et/ou aux autorités policières». Le 5 novembre 2010, D'Amico a été arrêté à Terrebonne, dans la résidence du camionneur Yvan Carrier (celui qui allait tuer Pierre Gaudreau six mois plus tard). D'Amico avait sur lui un coup-de-poing américain et un pistolet.

Pierre Boivin 

Au moment de le condamner à 42 mois de prison pour blanchiment d'argent, le juge Paul Chevalier avait qualifié cet avocat de «honte pour la profession» et de «chef d'orchestre» des opérations de recyclage des produits de la criminalité pour le clan du narcotrafiquant Henri Bertrand. Boivin faisait des affaires avec le beau-frère de Pierre Gaudreau, Michel Faille, à qui il fournissait des liasses de billets de banque, moyennant une commission. Lorsque le fisc l'a épinglé pour une vaste opération de fraude fiscale, Pierre Gaudreau a requis les services de Me Pierre Boivin, qui l'a aidé à négocier un remboursement de 500 000$ au Trésor canadien.

Martin Tremblay 

Ce financier québécois spécialiste des paradis fiscaux, établi aux Bahamas, a été arrêté en 2006 aux États-Unis et accusé d'avoir été l'un des plus importants blanchisseurs d'argent sale de l'histoire du Canada. Il a plaidé coupable à une accusation réduite en 2007 et a été condamné à quatre ans de prison. Alors qu'il gérait des centaines de millions de dollars aux Bahamas par l'entremise de sa firme Dominion Investments, il a personnellement prêté 150 000$ à Pierre Gaudreau et à sa conjointe pour l'achat de leur maison, en 1998.




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