Saccage à l'hôtel de ville: le SPVM fait son mea-culpa

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Le directeur du SPVM, Marc Parent, reconnaît que le travail des policiers lors de la manifestation du 18 août à l'hôtel de ville a laissé à désirer, mais il assure que ceux-ci n'étaient pas complices des manifestants.

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Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n'est pas fier de la façon dont ses troupes ont géré la manifestation houleuse à l'hôtel de ville en août dernier, et il met en cause le commandement plutôt que les agents de la base. Mais il jure que les lacunes n'étaient pas dues à une collusion entre les forces de l'ordre et les manifestants qui dénonçaient les projets de diminution de leurs conditions de retraite.

Marc Parent a remis son rapport sur les événements au maire Denis Coderre mercredi. Hier, en rencontre avec La Presse, il a reconnu que le portrait était peu reluisant.

«C'est un examen de conscience. On n'est pas fiers. On reconnaît des manquements, c'est clair. Il faut apprendre de nos erreurs», dit-il.

Le 18 août, une centaine de syndiqués municipaux avaient bruyamment occupé l'hôtel de ville pour protester contre le projet de réforme des régimes de retraite du gouvernement Couillard. Le maire Denis Coderre s'était alors enfermé dans son bureau, assiégé par des fonctionnaires mécontents qui craignaient de voir leur pension amputée à la retraite.

Le maire Coderre avait prévenu qu'il y aurait des conséquences à ce qu'il avait qualifié de «saccage». Il avait dénoncé le fait que les policiers n'étaient pas intervenus plus tôt ou plus activement. Aucun policier n'avait été identifié parmi les manifestants, mais il est connu que les syndicats policiers aussi s'opposent au projet de loi sur la réforme des régimes de retraite dans le monde municipal.

Le chef Marc Parent avait ensuite formé un groupe spécial d'enquêteurs chargé de monter la preuve criminelle contre les manifestants qui auraient dépassé les bornes: 57 personnes, surtout des pompiers, ont été accusées au criminel. Aucun policier n'était du nombre.

Huit avis disciplinaires

En matière disciplinaire, quatre policiers-cadres ont déjà plaidé coupable à plusieurs manquements disciplinaires relatifs au laxisme dans le temps de réponse. Ils ont fait l'objet de sanctions allant de 5 à 30 jours de suspension. Quatre policiers syndiqués ont aussi reçu des avis disciplinaires, mais ils n'ont pas encore indiqué s'ils plaideraient coupable. On leur reproche de ne pas avoir agi avec diligence et efficacité, d'avoir omis de donner les directives appropriées et d'avoir eu un comportement de nature à faire perdre la confiance du public.

Le chef Parent dit qu'il y a eu des problèmes dans le traitement de l'information, la planification tactique et le commandement des opérations lors de la manifestation. «C'est beaucoup plus la supervision et le commandement [que les troupes de la base]» qui étaient le problème, dit-il.

Par exemple, l'arrivée de la manifestation des pompiers n'a pas été prise assez au sérieux, notamment parce que les représentants syndicaux à l'extérieur étaient très «parlables» et semblaient vouloir collaborer. «On a eu du renseignement comme quoi ils n'étaient pas nécessairement... de bonne humeur. Il aurait fallu s'ajuster», concède M. Parent.

Les plans de déploiement des troupes n'ont pas non plus été exécutés comme prévu. Après avoir vu les agents de sécurité de l'hôtel de ville laisser entrer volontairement 200 manifestants qui souhaitaient s'exprimer, un commandant du SPVM a proposé de faire entrer aussi des policiers pour surveiller la situation. Sa suggestion n'a pas été retenue par ses supérieurs.

 La maison du citoyen

«Il y avait un défi. C'est la maison du citoyen, un endroit très démocratique; les gens doivent avoir un certain accès», ajoute M. Parent.

Le chef de police sait qu'il ne convaincra pas tout le monde, mais il assure que rien ne démontre une complicité entre manifestants et policiers pour laisser dégénérer la situation vers «le grabuge» et «l'intimidation» qu'il a constatés à l'hôtel de ville.

«Il y a eu une perception de collusion, mais notre analyse nous démontre qu'il n'y en a pas eu», dit-il, soulignant que les choses peuvent parfois mal se passer sans que ce soit délibéré.

Le rapport remis au maire fait état d'une série de neuf mesures que le SPVM propose de mettre en place pour améliorer sa réponse lors de tels événements à l'avenir.

Un comité consultatif civil

Le chef du SPVM est maintenant entouré d'un comité consultatif civil qui prendra deux ans pour revoir toute la gestion des problèmes disciplinaires dans ses rangs. Voici ses membres:

  • André Normandeau, criminologue, Université de Montréal
  • Louise Viau, ex-professeure de droit, Université de Montréal
  • Jacques Bourgault, docteur en administration publique, coauteur d'un important rapport sur la sécurité du transport aérien
  • Jean Phaneuf, psychologue organisationnel
  • Réjean Léveillé, journaliste
  • Alexandre Chabot, secrétaire général de l'Université de Montréal

Des policiers «géolocalisables» en tout temps

Le SPVM a aussi annoncé hier qu'il avait reçu ses nouveaux walkies-talkies munis d'un système de géolocalisation permettant de repérer en tout temps l'endroit où se trouve chaque agent sur le territoire de Montréal. Le système pourra être utilisé lors des événements comme les manifestations, mais aussi lors des patrouilles ou des interventions en cas de fusillade et autres situations d'urgence. Il s'agissait d'une demande de longue date des policiers montréalais pour améliorer leur coordination.

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