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Des citoyens vivent dans l'incertitude en attendant le REM

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Les environs de la Gare du Vieux-Moulin à Deux-Montagnes.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

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Louise Guilbault et Daniel Picard vivent dans l'attente. Les jeunes retraités, installés depuis 11 ans dans une coquette maison de Laval-Ouest, au bord de la rivière des Mille Îles, ont reçu un avis d'expropriation il y a plus d'un an. Leur terrain, ont-ils appris, pourrait être requis pour faire place au Réseau électrique métropolitain (REM). Ou pas.

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Marie-Andrée Mallette, présidente de l'école privée la Nouvelle Vague, dans le quartier Griffintown, à Montréal

Photo Marco Campanozzi, La Presse

À quelques mois du lancement prévu du mégachantier de 6 milliards de dollars, les deux Lavallois ne savent toujours pas à quoi s'attendre. « On a appelé au Ministère la semaine passée car on a besoin de faire des rénovations de 70 000 $ sur la maison, a expliqué Mme Guilbault. Ils nous ont dit qu'à l'heure actuelle, nous n'étions pas expropriés, mais ils ne peuvent pas nous le garantir par écrit. »

Daniel Picard souligne ne rien avoir contre le projet de train automatisé de 67 kilomètres, mis de l'avant par la Caisse de dépôt et placement du Québec. Mais il déplore l'absence d'information fournie aux citoyens touchés au premier plan, comme sa femme et lui. « On n'a aucune idée des délais, on pense qu'ils sont dans le flou eux-mêmes. Ils sont supposés commencer les travaux à l'automne, mais ça m'étonnerait beaucoup. »

163 lots touchés

CDPQ Infra, une filiale de la Caisse de dépôt, devrait annoncer cet automne les entreprises retenues pour la construction du REM. Le consortium choisi pourra dès lors « amorcer les grandes étapes de la période de réalisation » du chantier, a indiqué hier le porte-parole Jean-Vincent Lacroix.

Plusieurs changements ont été apportés au REM depuis l'annonce officielle du projet en avril 2016, dont l'ajout de stations au centre-ville et certains ajustements au tracé. Selon de nouvelles données publiées par la Caisse après une demande d'accès à l'information, 163 lots seront « potentiellement affectés » le long du tracé et « pourraient être requis » en vue de construire le REM, soit : 

- 13 lots résidentiels ;

- 16 lots commerciaux ou industriels avec un bâtiment ;

- 47 lots municipaux ;

- 87 lots vacants sans bâtiment.

Des accords de gré à gré ont déjà été conclus pour racheter 6 des 13 terrains résidentiels, et l'objectif de CDPQ Infra est de s'entendre avec tout le monde sans expropriation, a souligné Jean-Vincent Lacroix. « Plusieurs des lots ne sont nécessaires que partiellement seulement ou temporairement pour la période des travaux. De nombreux efforts ont été entrepris pour limiter ce nombre en ajustant le tracé. »

Le porte-parole ajoute que « la responsabilité d'acquérir les terrains requis pour le projet du REM » revient au ministère des Transports du Québec (MTQ), en vertu d'une entente-cadre conclue en janvier 2015. Le Ministère n'a pas été en mesure de fournir d'explications à La Presse, hier, sur les délais déplorés par certains citoyens.

Craintes à Deux-Montagnes

À quelques kilomètres au nord de Laval-Ouest, des citoyens de Deux-Montagnes vivent aussi dans l'incertitude en attendant la venue du REM. CDPQ Infra pourrait avoir besoin de plusieurs terrains pour construire de nouvelles infrastructures près de la gare Grand-Moulin, présentement utilisée par les trains de banlieue du Réseau de transport métropolitain. Tout autour, on trouve un mélange hétéroclite de jolies maisons de campagne, de condos neufs et d'immeubles locatifs.

« Tout ce qu'on sait, c'est qu'il va y avoir un viaduc ici, mais on n'arrive à avoir aucune autre information, même s'ils sont supposés commencer la construction à l'automne », a déploré George Brabant, rencontré pendant son jogging matinal sur le boulevard du Lac.

« Est-ce qu'ils vont détruire toutes ces belles petites maisons ? a pour sa part demandé Lorraine Leroux, une autre résidante du secteur. Si c'est le cas, je serais contre, mais je sais que le train est très apprécié par la population. »

Soulagement à Griffintown

Malgré l'incertitude qui persiste chez plusieurs citoyens et commerçants, certaines expropriations ont pu être évitées assez tôt dans le processus. Dans le quartier Griffintown, une série de bâtiments patrimoniaux ont été sauvés du pic des démolisseurs, dont le New City Gas et l'édifice Rodier. CDPQ Infra a réussi à limiter les destructions en rachetant un viaduc du Canadien National qui mène vers la gare Centrale.

L'école privée la Nouvelle Vague, située à deux pas de ces immeubles rescapés, a elle aussi évité le pire. Marie-Andrée Mallette, présidente du jeune établissement, a racheté le bâtiment en décembre 2015 et venait de lancer d'importants travaux de rénovation lorsqu'elle a reçu un « avis d'abandon » par huissier quelques mois plus tard. Choquée, mais tout de même favorable au projet de REM, elle a tout de suite pris contact avec la procureure du MTQ en vue d'entamer un dialogue.

« Après la surprise initiale, on a décidé de prendre le taureau par les cornes et finalement, après deux semaines de travail avec leur personnel, qui a été très collaboratif, ils nous ont signifié que nos terrains n'étaient plus requis », a expliqué avec satisfaction Mme Mallette. Elle s'apprête à accueillir une première cohorte d'élèves à la fin du mois.

Détails attendus

Le porte-parole de CDPQ Infra souligne que le consortium qui sera retenu l'automne prochain déterminera lui-même les techniques de construction du REM, ce qui permettra alors d'avoir « une idée précise des travaux et de leurs impacts ».

La coalition Trainsparence, composée de groupes environnementaux, de citoyens et d'un grand syndicat, souhaite toutefois faire dérailler le projet avant le lancement officiel des travaux. Le groupe espère faire bloquer l'adoption du projet de loi 137 à la rentrée parlementaire, a indiqué hier Lisa Mintz, une porte-parole. Ce projet de loi prévoit entre autres les termes des expropriations et des indemnisations.

- Avec William Leclerc

Cinq points d'interrogation

Le nombre de terrains soumis à une possible expropriation a baissé en flèche depuis le lancement du projet de la Caisse de dépôt et placement, qui prévoit 27 stations réparties sur 67 kilomètres. Plusieurs questions restent toutefois en suspens le long du tracé.

DEUX-MONTAGNES

Plusieurs lots seront réquisitionnés par CDPQ Infra autour de la gare Grand-Moulin, située dans un secteur calme et champêtre. L'organisme compte y ériger un viaduc afin de maintenir l'accès est-ouest sur le boulevard du Lac. « L'arrivée du REM et sa fréquence plus élevée ne permettent pas de maintenir les passages à niveau existants, a expliqué le porte-parole Jean-Vincent Lacroix. Certains terrains résidentiels sont requis dans le cadre de la construction de ce nouveau viaduc, qui permettra de maintenir le lien routier actuel. » Le reste du trajet, jusqu'à la station terminale Deux-Montagnes, sera réalisé sur un « talus végétalisé » qui évitera d'avoir à construire d'autres viaducs. Cette solution aurait permis de diviser par quatre le nombre de résidences expropriées.

LAVAL

Malgré l'incertitude toujours vécue par certains citoyens de Laval, qui attendent des garanties claires, CDPQ Infra affirme « qu'aucun terrain résidentiel ne sera requis » dans l'île. « Les lots ciblés le sont essentiellement à des fins correctives, car quelques entrées charretières devront être refaites sur la rue Les Érables », a indiqué un porte-parole. Le tracé du REM, qui pénètre brièvement dans l'extrême ouest de Laval, utilisera l'empreinte existante de la ligne de trains de banlieue Deux-Montagnes.

CENTRE-VILLE (MCGILL COLLEGE)

Parmi les 163 lots potentiellement touchés par le projet de REM, on trouve la prestigieuse avenue McGill College, entre les rues Sherbrooke et Sainte-Catherine. Cette artère très achalandée accueillera, dans son sous-sol, la future station intermodale du REM qui sera connectée à McGill. Une excavation majeure est donc à prévoir entre le Centre Eaton et la Place Montréal Trust, mais CDPQ Infra ne peut fournir de détails à l'heure actuelle. « Pour les méthodes précises de comment les travaux vont exactement s'accomplir dans ce secteur restreint, ce sera déterminé par le consortium gagnant au terme de l'appel d'offres », a indiqué un porte-parole. Aucune destruction de bâtiment n'est envisagée.

GRIFFINTOWN

Des ajustements déjà apportés au tracé du REM ont permis d'éviter la démolition de plusieurs immeubles de ce quartier central. Parmi les lots toujours réquisitionnés en vue de faire place au projet, on trouve les terrains du CCUM, une centrale thermique qui appartient à Gaz Métro. Pas question toutefois de la démanteler ou de la déplacer, précise la porte-parole de l'entreprise, Maude Hébert-Chaput. « Les gens du CCUM ont en ce moment des discussions préliminaires avec l'équipe du REM pour évaluer la possibilité d'acquérir une petite portion du terrain du CCUM. On n'est pas dans l'expropriation actuellement. »

BROSSARD

Plusieurs des lots qui seront requis pour faire place au REM à Brossard sont exempts de bâtiments. Autour de la future station Panama, CDPQ Infra compte utiliser des terrains semi-commerciaux pour réaménager le stationnement incitatif et construire un terminus d'autobus. Le bâtiment commercial déjà présent sur ce lot, qui héberge notamment l'Armée du Salut, ne sera pas affecté, selon le promoteur du REM. Une passerelle sera construite non loin vers le quartier résidentiel avoisinant. « La solution technique préconisée sera déterminée au terme de l'appel d'offres », indique un porte-parole.




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