«Palaos? C'est un pays?» L'air perplexe affiché par la préposée de China Eastern Airlines à l'aéroport en dit long sur la notoriété de notre destination. Quel est le code d'aéroport du bout du monde, déjà? ROR.

Valérie Simard LA PRESSE

Petit archipel de la Micronésie, perdu entre la mer des Philippines et l'océan Pacifique, la République des Palaos (aussi appelée Palau) n'est pas un pays dont on parle beaucoup dans les cours de géographie.

Avec ses quelque 20 000 habitants, les Palaos figurent parmi les pays les moins populeux de la planète. L'archipel compte 586 îles, mais seulement 9 sont habitées. Comme plusieurs petits pays du Pacifique, les Palaos vivent elles aussi les effets des changements climatiques. «Les saisons sont déréglées et l'eau monte, note Ngedikes Bechesrrak, de la Palau Visitors Authority. Mais ce n'est pas aussi marqué ici que dans certains pays du sud de l'Asie.»

Plusieurs îles de l'archipel sont formées de calcaire et semblent surgir des eaux cristallines comme poussent les champignons. Ce sont les Rock Islands, le joyau des Palaos. C'est ce qui nous a d'abord attirés vers le 195e pays du monde, question superficie. Mais les vols internationaux arrivant et partant tous de nuit, peu de visiteurs ont la chance de voir du haut des airs ces îles qui les font rêver depuis qu'ils en ont entendu parler.

Qu'importe, les Rock Islands sont accessibles en moins d'une heure de bateau de Koror, la ville principale du pays, qui fait office de port d'attache pour la plupart des visiteurs. En ville, les agences offrant des excursions d'une journée dans les îles pullulent: pêche, plongée avec tuba, visite d'un village traditionnel, kayak dans les paisibles mangroves et, surtout, plongée dans l'incontournable Jellyfish Lake.

Quand les guides de voyage et les documents promotionnels parlent d'une «expérience unique», ils ne mentent pas. Nulle part ailleurs peut-on nager, sans protection, dans un lac rempli de millions de méduses. Parce qu'elles ont évolué dans un milieu fermé, en l'absence de prédateurs, ces méduses sont devenues presque inoffensives. Contrairement à la croyance, elles possèdent des cellules urticantes, mais elles sont trop petites pour attaquer la peau des baigneurs.

Quand même. L'idée de patauger dans une mer de méduses visqueuses n'enchante pas tout le monde. Mais une fois dans l'eau, l'appréhension se dissipe et l'expérience devient quasi mystique. Jusqu'à ce que la jeune guide palaosienne nous invite à embrasser l'une de ces créatures. Euh... 

Survivor: Palau, c'était en 2005.

Les requins aussi

Si les Palaos sont peu connues du voyageur moyen, elles évoquent le paradis pour les mordus de plongée sous-marine. Avec ses 1500 espèces de poissons, elles se taillent régulièrement une place dans les palmarès des meilleures destinations de plongée au monde.

Conscient que le pilier de l'économie touristique du pays est sous l'eau, le président des Palaos a annoncé en 2009 la création du premier sanctuaire de requins du monde en interdisant sur son territoire la pêche commerciale de ce grand poisson. Très recherchés en Asie pour leurs ailerons dégustés en soupe, les requins font la fierté des habitants des Palaos. Rares sont les endroits où les douaniers accueillent les visiteurs avec un «Enjoy the sharks!» bien senti.

Nager avec les requins est une expérience exaltante pour tout plongeur. Ici, nous sommes bien servis. L'archipel compte plusieurs sites de plongée de qualité, mais c'est au Blue Corner que tout le monde veut aller. Et retourner encore et encore. Les forts courants y amènent une grande variété de poissons, ce qui fait de l'endroit un garde-manger de choix pour les requins.

Après s'être laissé dériver pendant quelques minutes, on s'accroche au récif à l'aide d'un crochet. Devant nous se trouve une véritable autoroute sous-marine. Requins de récif, requins à pointe blanche, grands Napoléons et bancs de barracudas se succèdent à un rythme effarant. Exposés à tant de nourriture, les requins prêtent peu attention aux plongeurs. Mais un seul regard en notre direction suffit à nous glacer le sang.

Un peu d'histoire

Malgré leur apparente tranquillité, les Palaos ont vécu au rythme des guerres mondiales. Occupées par les Japonais à partir de 1914, les îles passent aux mains des Américains en 1944. Ce n'est qu'en 1994 qu'elles obtiendront leur indépendance. Elles conserveront néanmoins le dollar américain et l'anglais comme langue officielle, statut dont bénéficie aussi le palaosien.

Les guerres laissent souvent des traces, et il est possible d'en observer de nombreux vestiges, particulièrement dans la tranquille île de Peleliu, où a eu lieu, en 1944, la bataille du même nom. De nombreux soldats américains et japonais ont laissé leur vie sur ses plages et dans ses grottes. Aujourd'hui, Peleliu est un musée à ciel ouvert. Au milieu de la forêt, sous l'eau et aux abords des routes, on trouve chars d'assaut, avions, canons et autres engins témoignant du passé sanglant de l'île.

Cher voyage

Visiter un tel paradis a malheureusement un prix. Les Palaos ne sont pas une destination pour voyageurs à petit budget. Les chambres d'hôtel à moins de 100$ la nuit sont rares, les plages gratuites aussi. Les interminables plages de sable blanc montrées dans les dépliants touristiques ne sont souvent accessibles qu'en bateau, et séjourner sur celle d'un hôtel peut coûter jusqu'à 20$ par jour. De plus, puisque Koror n'a rien de particulièrement intéressant à offrir, il est nécessaire d'acheter des excursions à fort prix pour vraiment découvrir le pays. Sans compter les permis qu'il faut payer aux divers États du pays pour visiter les sites situés dans leur territoire.

Et cela ne risque pas de changer. Dans ses efforts pour favoriser un tourisme durable, le gouvernement des Palaos cherche à diminuer le nombre de visiteurs tout en augmentant ses revenus, en attirant des touristes fortunés. En 2011, plus de 109 000 touristes, principalement asiatiques, ont visité l'archipel, un chiffre en augmentation constante selon la Palau Visitors Authority. Quant au nombre de visiteurs canadiens, il est si négligeable qu'il est compilé dans la catégorie «autres».

Comment s'y rendre?

Il faut compter une vingtaine d'heures de vol et près de 2500$ pour atteindre les Palaos à partir de Montréal. United Airlines, Delta Airlines et quelques compagnies aériennes asiatiques assurent des liaisons par Guam, Manille, Taipei, Tokyo et Séoul.

Photo fournie par Palau Visitors Authority

Unique au monde, le Jelly Fish Lake est l'un des incontournables des Palaos.