Ceux qui ont fréquenté Expo 67 en gardent sans doute un souvenir ému, mais les expositions universelles n'avaient plus tellement la cote avant l'ouverture d'Expo 2010 à Shanghai. Ici, les pays et les villes rivalisent d'imagination pour séduire les Chinois, qui compteront pour plus de 90% des visiteurs de l'Exposition. C'est à qui projetterait l'image la plus ludique.

Alain De Repentigny LA PRESSE

L'Exposition universelle de Shanghai sera celle de tous les records, y compris celui de la fréquentation, a-t-on prédit avant même son ouverture, le 1er mai. Deux semaines plus tard, la foule était moins dense que prévu, mais on prévoyait un retour à la normale avec la chaleur et les vacances.

 

Pourtant, dès la mi-mai, il fallait déjà s'armer de patience pour visiter les pavillons les plus populaires. Impossible d'entrer au pavillon du Japon à moins de passer la journée à faire la queue. Et nous n'aurions probablement pas pu voir celui de la Chine si nous n'avions pu nous joindre à la visite officielle de la délégation montréalaise.

La plupart des pavillons que nous avons visités contournent la barrière de la langue en présentant des films sans dialogue. On se plie, parfois pour la forme, au thème imposé (Meilleure ville, meilleure vie), mais on préfère généralement l'aspect ludique à l'information plus classique. Comme si le but premier de l'opération était de séduire de futurs touristes chinois.

Voici donc un aperçu de ce que nous avons pu voir en deux journées à l'Expo 2010.

LA CHINE

L'immense pyramide rouge inversée chinoise domine tout le site de l'Expo, mais il faut se lever tôt pour espérer y avoir accès. Par contre, on peut plus facilement visiter le pavillon collectif des provinces chinoises au bas de la pyramide. Celui du Zhejiang est particulièrement spectaculaire. Quelques étages plus haut, le film The Harmonious China évoque la rapidité et la profondeur du virage moderne qu'a pris la Chine depuis le début des années 80. Comme la plupart des autres pays, la Chine se targue d'être plus verte que verte et Confucius est cité abondamment à l'écran.

LE ROYAUME-UNI

De loin le pavillon qui m'a le plus impressionné. Cette «cathédrale de semences» est composée de 60 000 tiges d'acrylique transparent qui contiennent chacune des graines de semence de l'une ou l'autre de 24 000 plantes de partout dans le monde. Le concept est aussi simple qu'ingénieux et les visiteurs semblent hypnotisés par ce hérisson en forme de cube.

LA FRANCE

Le pavillon de la France, dont le thème est La ville sensuelle, fait figure d'immense panneau-réclame. Outre les sept chefs-d'oeuvre du Musée d'Orsay qui y sont exposés (Rodin, Van Gogh, Cézanne...), c'est surtout une vitrine pour la France carte postale (le cinéma, la cuisine, Paris le romantique, Tahiti l'exotique...) avec un accent sur les produits de luxe, de la Citroën Métropolis aux valises Louis Vuitton. Sans oublier un Bonhomme Michelin qui parle le mandarin.

 

L'ESPAGNEDe l'extérieur, on dirait un immense panier d'osier aux formes irrégulières. Les visiteurs pénètrent dans un grand tunnel où sont projetées des images de tempête, de chevaux racés, des détails de Guernica de Picasso ou d'une course de taureaux à Pampelune pour finir avec le joueur de tennis Nadal dont la raquette provoque des coups de tonnerre. Dans la salle suivante, des images de l'Espagne vintage et moderne sont projetées sur des écrans superposés. Puis on se retrouve devant un bébé géant qui symbolise l'avenir du pays. On en ressort avec l'envie de prendre le premier avion pour l'Espagne.

LA SUISSE

Pour illustrer l'interaction entre la ville et la campagne, la Suisse offre une balade en télésiège de la base du pavillon jusqu'au toit recouvert de gazon alpestre. Très couru.

Photo: Philippe Roy, collaboration spéciale

Le pavillon de l'Espagne

L'ARABIE SAOUDITECe pavillon, l'un des plus fréquentés de l'Expo, propose une expérience cinématographique: le spectateur avance sur un tapis roulant et est littéralement avalé par les images qui lui donnent carrément l'impression d'être sur un bateau ou dans un vaisseau spatial. Ça donne presque le tournis.

L'AUSTRALIE

L'Australie se raconte et trace des parallèles amusants avec la Chine. Mais le clou du pavillon est un film carte postale, dont les dialogues sont en mandarin, qui met en vedette trois jeunes personnages animés: un Blanc, une aborigène et une Chinoise. L'écran circulaire est divisé en panneaux qui montent et descendent pour laisser découvrir un élément de décor au centre du plateau: une plage, des gratte-ciel...

LA CORÉE DU SUD

On s'en doutait, le très coloré pavillon de la Corée du Sud est à la fine pointe de la technologie. Mais c'est surtout son film à l'eau de rose, qui mêle l'animation au réel, qui attire les foules: un jeune superhéros tout droit sorti d'un boys band redonne le goût de vivre à une jeune handicapée.

LE DANEMARK

La petite sirène doit s'ennuyer un peu de Copenhague, toute seule sur son bassin d'eau. Le Danemark insiste beaucoup sur ses villes conçues pour les vélos et les piétons, mais quand nous y étions, les vélos publics rangés sur le toit étaient tous inutilisés et c'est une poussette ou un fauteuil roulant qui empruntait la piste cyclable en colimaçon.

L'ITALIE

Le pavillon italien est une vitrine pour la haute couture et la chaussure ainsi que la musique. On s'attarde devant des artisans au travail ou un plancher d'orchestre collé au mur qu'on a l'impression de voir en plongée. Mais la plupart des visiteurs n'en ont que pour la nouvelle Ferrari hybride et la superbe Isotta Fraschini de 1923 dont on dit qu'elle est la voiture la plus luxueuse du monde. Milan accueillera l'Expo universelle en 2015.

Photo: Alain de Repentigny, La Presse

Le paville de l'Arabie Saoudite

LE CANADAConçu par le Cirque du Soleil, le pavillon du Canada se visite en un rien de temps et mise beaucoup sur son côté ludique. Comme dans le segment Vélo-Cité où la vitesse à laquelle le visiteur pédale sur sa bicyclette stationnaire détermine le rythme et la couleur des dessins animés sur l'écran devant.

MONTRÉAL

L'Espace Montréal est situé dans la zone des Meilleures pratiques urbaines, du côté de Puxi. Avec infiniment moins de moyens que les pavillons nationaux, le spectacle et l'information y font bon ménage pour raconter l'aventure du Complexe environnemental Saint-Michel.

QUELQUES CONSEILS POUR LE VISITEUR

L'Exposition universelle de Shanghai, aménagée sur les deux rives du fleuve Huangpu, à Pudong (est) et Puxi (ouest), est ouverte jusqu'au 31 octobre. Le laissez-passer quotidien coûte 160 yuans, environ 25 dollars.

Si vous prenez un taxi, montrez au chauffeur l'adresse où vous voulez aller écrite en caractères chinois. Les chauffeurs parlent rarement l'anglais, même dans les taxis aux couleurs de l'Expo.

On peut accéder à l'Expo par huit entrées: cinq à Pudong et trois à Puxi. Choisissez un hôtel à Puxi, la partie la plus intéressante de la ville, et demandez au chauffeur de taxi de vous laisser à l'entrée no 2 (Xizang Road) où les queues sont moins longues. Une fois à l'intérieur, prenez la navette gratuite vers Pudong où se trouvent les pavillons nationaux. Sinon, passez par l'entrée no 1 à Puxi et prenez le métro gratuit de l'Expo jusqu'à la station Shibo Avenue, en plein coeur du site de Pudong.

Une fois sur place, procurez-vous une carte gratuite du site et n'hésitez pas à poser des questions aux préposés à l'accueil qui sont partout sur les lieux.

Le site de l'Expo est très vaste et les navettes, quoique fréquentes, sont souvent bondées. Assurez-vous d'avoir de bons souliers de marche.

Si vous tenez à visiter les pavillons les plus populaires (Chine, Japon, Arabie Saoudite, Allemagne...), procurez-vous un billet à l'entrée de l'Expo. Pour le pavillon de la Chine, on m'a conseillé d'être là à 7h alors que les portes de l'Expo n'ouvrent qu'à 9h. Les pavillons sont ouverts de 9h30 à 22h30.

Photo: Philippe Roy, collaboration spéciale

Le pavillon du Canada