Il est souvent compliqué pour un homme de marcher à Patpong sans se faire aborder par des hordes de jeunes filles court-vêtues, mais l'atmosphère de ce quartier chaud de Bangkok a changé depuis qu'on y voit plus de soldats que de danseuses.

AGENCE FRANCE-PRESSE

La foule habituelle des touristes sexuels, vacanciers curieux et abonnés expatriés s'est évaporée depuis que l'armée thaïlandaise a sécurisé lundi matin le quartier financier de Silom pour bloquer l'accès de manifestants, les «chemises rouges», qui exigent la chute du gouvernement.

Patpong est au coeur de cette zone, deux rues reliées par de petites allées, un alignement de bars et discothèques.

Des hommes en armes et d'autres protégés de large boucliers sont alignés sous les néons. Une rangée de barbelés tranchants bloque la moitié de la rue à hauteur d'un établissement qui répond au nom très évocateur de «Super Pussy». Difficile de chercher l'érotisme.

«Ca fait cinq ans que je tiens ce bar et je n'ai jamais vu ça», déplore Pungpoyn Thambun, 40 ans, au Kiss bar.

«À cause des +chemises rouges+, beaucoup d'étrangers ne viennent pas ici. Les affaires sont mauvaises», ajoute-t-elle, tandis que quelques clients regardent des jeunes filles se trémousser sur la scène en bikini.

Les soldats sont partout. Des touristes passent devant eux en faisant mine de les ignorer. Certains établissements ont préféré fermer, de même que le marché de nuit, plus fréquentable, qui propose des copies de DVD et de vêtements de marque à des prix sacrifiés.

«Tous les soirs, il y a un marché. Là, rien. Je ne gagne pas un sou», râle Uvaraporn Conchum, barman de 55 ans, en montrant des soldats plus nombreux que les touristes.

Les militaires n'ont pas fait dans la dentelle. Le bruit de bottes et les camions de transports de troupes ont découragé bien des aventuriers qui s'attendaient aux bonds feutrés de gazelles en bas résille.

«C'est mauvais pour Bangkok, c'est mauvais pour tout», résume une hôtesse de 28 ans qui se fait appeler Meow. «C'est mauvais pour moi aussi parce que je n'ai pas de clients».

Les établissements restés ouverts sont vides. Devant les pas de portes, les professionnelles sortent le grand jeu aux côtés de soldats blasés, avachis, pas même émoustillés.

«On perd de l'argent, 40% de clients en moins», affirme Oung qui racole au Superstar. «On ne sait pas combien de temps ça va durer».

Il ne reste que les habitués, les durs-à-cuir, qui vivent à Bangkok depuis longtemps et ne sont plus impressionnés par quoi que ce soit. Eux n'ont rien changé à leurs habitudes.

Jérôme Allaim, Français de 34 ans, considère en esthète que Patpong est et restera «le meilleur endroit de Bangkok pour trouver des filles». «Je n'ai pas peur. Ca passera. Les Thaïlandais trouveront une solution», assure-t-il, confiant.

Arrive un homme à la chevelure poivre et sel en chemise hawaïenne et casquette de base-ball. Aurait-il quelques minutes pour évoquer la présence des militaires? «Non, j'ai une minute pour elle, pas pour vous», dit-il sèchement en pelotant sa voisine.