Je n'aurais jamais remarqué ce détail sans Jeanne, ma fille de 9 ans. Pendant que nous allions, en train, de Tokyo à Yokohama avec mes parents, elle m'a montré du doigt une école.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Regarde, la cour de récréation est sur le toit de l'école», s'est exclamé Jeanne.

Notre délégation, qui comptait deux fois plus de personnes âgées que d'enfants, était en quelque sorte un clin d'oeil démographique au Japon qui a l'une des plus fortes proportions de retraités et l'un des plus faibles taux de natalité au monde.

 

Mes parents ont pu faire l'expérience du dépaysement en Asie dans un pays totalement sûr, notamment au point de vue alimentaire. Par exemple, au grand magasin Takashimaya de Kyoto, où nous magasinions des yukatas (kimono de nuit) pour mes frères et belles-soeurs, ils ont été impressionnés de constater qu'une employée nous suivait pas à pas et amenait à la caisse chacun de nos choix, pour ne pas que nous ayons les bras chargés.

De retour à l'hôtel, une femme de chambre a aidé Jeanne a revêtir son yukata - un peu trop grand pour elle - et ma mère a bien noté toutes les étapes du processus sophistiqué.

Réserver à l'avance

Comme j'avais trois personnes à ma charge, j'ai fait toutes les réservations d'autobus, de train et d'hôtels à l'avance auprès d'une agence de voyages japonaise spécialisée dans le tourisme francophone. Un ami québécois qui habite Tokyo me l'avait reconmmandée. Les billets de train sont imprimés en japonais et il est pratique d'avoir un post-it indiquant les détails du wagon et des sièges réservés en français.

Nous sommes allés à Tokyo, à Kyoto, dans une auberge traditionnelle ryokan, ainsi qu'à Shimoda, une ville balnéaire, dans un hôtel thermal.

Dans le quartier Shinjuku, nous n'avons pas pu aller au New York Bar de l'hôtel Park Hyatt, rendu célèbre par le film Lost in Translation, parce qu'il n'accepte pas les enfants et que mon père était en t-shirt. Mais mes parents ont été étourdis par les néons et la foule dense du soir dans ce quartier rempli de restaurants et de bars.

Dépaysement linguistique complet

Pour faire changement du sashimi, mon père a choisi un restaurant italien où le menu s'est révélé écrit en japonais seulement. Une serveuse a laborieusement expliqué en anglais les ingrédients principaux de chaque plat - aucun ne portait un nom italien facilement reconnaissable. Le dépaysement linguistique était complet.

Mes parents ont eu beaucoup de difficulté avec les chaises basses des ryokans, sans pattes, qui obligent à allonger les jambes sous la table du souper (nous soupions dans la chambre à Kyoto et Shimoda et les plats nous étaient apportés l'un après l'autre comme dans un restaurant). Nous avions sans cesse des blagues à faire à ce sujet.

Le menu était d'ailleurs controversé: trois d'entre nous mangions du poisson, mais seul mon père acceptait les poissons avec arêtes. Il mangeait sans sourciller leurs têtes frites, ce qui lui valait quatre portions. Par contre, Jeanne a eu le béguin pour la combinaison riz-miso le matin et a décrété que ce serait le menu de nos samedis montréalais.

Ce n'est pas la seule particularité du Japon qui a plu à ma fille. À Tokyo, la compagnie Japan Railway avait organisé sur son métro de Tokyo un concours où il fallait étamper des personnages de Pokémon à différentes stations. Nous avons fini par comprendre qu'il fallait un certain nombre d'étampes pour recevoir une couronne de carton et un autre cahier avec encore plus d'espace pour les étampes. Une fois rempli, cela donnait droit à des prix - des jouets.

Nous avons conçu un stratagème: nous arrêtions à chaque station sur notre itinéraire, Jeanne sortait seule des tourniquets, étampait son cahier, puis rachetait un billet au distributeur automatique - pendant que je la surveillais de l'intérieur des tourniquets. C'était très excitant pour tout le monde.

Les bains

Autre détail amusant: les bains «onsen». Chaque hôtel le moindrement traditionnel comporte un bain commun - un pour les femmes, un pour les hommes - où on peut se laver avec des petites douches, puis relaxer dans une immense piscine très chaude, presque brûlante. Au ryokan de Kyoto, il y avait plusieurs onsen, qui étaient préparées à des horaires convenus d'avance pour chaque chambre; j'y allais avec mon père, ma fille avec ma mère. Jeanne a eu beaucoup de plaisir à partager ces moments avec sa grand-mère.

La serviabilité des Japonais nous a accompagnés jusqu'aux urgences. Un soir, ma mère a eu un accident de bowling - elle est tombée sur l'allée et s'est légèrement ouvert le cuir chevelu. Tout confus, le responsable de notre hôtel, où était situé la salle de quilles, a délégué l'un de ses employés polyglotte pour accompagner mes parents à l'hôpital où ma mère recevrait des points de suture.

Vraiment, nous avons testé le Japon sous plusieurs coutures.

 

Coups de coeur

Jeanne a particulièrement aimé les musées de sciences que nous avons visité, à l'Aquarium Okinawa (embarcations de peuples indigènes du Pacifique) et à Tokyo (Musée de sciences du parc d'Ueno et Musée maritime à la station Fune-no-Kagakukan). Même si aucun d'entre nous ne parlait japonais, et que le matériel didactique n'était que rarement traduit en anglais, certaines activités pour enfants étaient accessibles. Au Musée maritime, qui comportait de nombreuses maquettes dignes de mention (la section sur l'essor de la marine militaire nippone dans la première moitié du XXe siècle est très intéressante), Jeanne a collectionné des feuilles imprimées détaillant les différentes sections. Et au Musée de sciences, en plus de faire les activités de science amusantes (se soulever avec une poulie, faire l'expérience de la conservation de la quantité de mouvement), elle s'est fait un catalogue informatique des différentes sections grâce à des stations d'enregistrement qui sont liées à un mot de passe donnant accès au site internet du musée.