(Tokyo) Rues anormalement vides, stores baissés, commerces désertés : cela fait maintenant plusieurs semaines que le nombre de touristes au Japon décline fortement, reflétant l’ampleur prise par l’épidémie de COVID-19.

Jade PERRIN et Kyoko HASEGAWA
Agence France-Presse

Depuis son apparition, le coronavirus a infecté plus de 500 personnes au Japon et y a causé neuf morts. Pour éviter sa propagation, le gouvernement a récemment imposé des mesures de quarantaine à tous les visiteurs de Chine et de Corée du Sud, où l’épidémie est encore plus forte.

De quoi sérieusement affecter le secteur japonais du tourisme, déjà fragilisé depuis des mois, alors que les Chinois et les Sud-Coréens représentent normalement environ 50 % des visiteurs étrangers du pays.

« Soixante-dix pour cent de nos clients en temps normaux sont Chinois », dit Hiroshi Ota, 61 ans, cuisinier dans un restaurant de poissons et fruits de mer dans le quartier touristique de Tsukiji, à Tokyo. « Maintenant, les Sud-Coréens ont aussi arrêté de venir ».

« Les rues et les commerces sont quasiment vides », et le magasin de thon à côté de son restaurant a préféré fermer pour éviter les frais de fonctionnement, face à la désertion des clients, précise-t-il.

« Je n’ai vu personne dans la rue ce matin. Depuis le déclenchement de la maladie, nous avons vu une forte baisse dans le nombre de clients », confirme Noriko Suzuki, 63 ans, qui travaille dans un magasin de fruits de mer de Tsukiji.

Musées fermés

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, AGENCE FRANCE-PRESSE

La fréquentation touristique au temple Sensoji a baissé « de plus de moitié » depuis l’apparition du coronavirus.

Les mesures de quarantaine créent également un découragement et de la peur chez les visiteurs étrangers toujours acceptés sur le territoire. À Asakusa, autre quartier touristique de la capitale, la patronne d’une boutique près du temple Sensoji soupire : « Cela génère un sentiment négatif et affecte les commerces qui se portent bien ».

La fréquentation touristique au temple Sensoji a baissé « de plus de moitié » depuis l’apparition du coronavirus, estime-t-elle en refusant de donner son nom.

La multiplication de lieux fermés en raison de l’épidémie complique aussi le séjour de touristes déjà présents au Japon.

« Nous avons essayé d’aller dans plusieurs musées et tout était fermé. Les parcs d’attractions étaient fermés également », témoignent ainsi Anaïs Beyens et Deborah Abidji, touristes françaises à Tokyo depuis début mars, qui doivent se contenter de se promener dans les rues.

L’objectif du premier ministre japonais Shinzo Abe de franchir cette année la barre de 40 millions de touristes étrangers au Japon (contre 31,9 millions en 2019) paraît désormais bien loin.

En janvier déjà, le nombre mensuel de visiteurs étrangers au Japon avait reculé de 1,1 %, selon les dernières statistiques disponibles publiées par l’Office national du tourisme japonais (JNTO).

Avant même que l’effet du coronavirus joue à plein, le nombre de visiteurs de Corée du Sud au Japon était en berne en raison d’un boycottage massif de l’archipel nippon par les Sud-Coréens depuis l’été dernier, lié à des tensions historiques ravivées entre Tokyo et Séoul.

L’épidémie de COVID-19 jette aussi le doute sur la tenue des Jeux olympiques de Tokyo cet été, un événement sportif planétaire sur lequel M. Abe comptait énormément pour doper le tourisme au Japon en 2020 et dans les années à venir.