(Paris) Malgré les bouleversements dus à la pandémie de COVID-19, la locomotive et deux wagons de l’Orient Express ont franchi les mers pour être exposés à Singapour : une opération acrobatique sur financements privés pour exposer en Asie un patrimoine mythique de la vieille Europe.

Jean-Louis DE LA VAISSIERE
Agence France-Presse

Retardée par le virus, l’expédition conçue par l’Institut du monde arabe (IMA) a eu raison des obstacles et doutes initiaux : locomotive et wagons, classés monuments historiques, sont arrivés dans la nuit de lundi à mardi dans l’immense port de Singapour. Deux cent cinquante tonnes au total à bord d’un bateau, le Tigre, parti d’Anvers vers la Méditerranée, le canal de Suez, la mer Rouge et l’océan Indien.

En 2014, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang et président de l’IMA avait organisé avec la SNCF Il était une fois l’Orient Express, exposition qui relatait l’épopée du train de luxe qui a relié Paris à Istanbul à partir de 1883 et qui servit de décors à plusieurs livres ou films, dont Le crime de l’Orient Express d’Agatha Christie. Cette exposition, à l’IMA, avait attiré 300 000 visiteurs.

La SNCF et Accor ont ensuite créé une filiale commune, Orient Express, qui conserve et loue des éléments du train légendaire.

L’exposition à Singapour, prolongement de celle de 2014 en France, devait démarrer en mai, mais n’ouvrira que le 12 décembre, à cause des bouleversements causés par la pandémie. Elle a été conçue par la société privée Visionairs In Art, en collaboration avec Accor et l’IMA.

« Plus que l’Obélisque déplacé sous Louis-Philippe depuis l’Égypte, c’est le plus lourd ensemble de monuments historiques jamais déplacé sur une distance de plus de 12 000 km », déclare ajoute Claude Mollard, commissaire de cette exposition.

« Le projet repose uniquement sur des financements privés, à part des subventions du ministère du Tourisme de Singapour », ajoute-t-il.

Climat équatorial

Les propriétaires des objets prêtés, principalement français, « étaient réticents à les faire voyager aussi loin », « il a fallu les convaincre », dit Claude Mollard. Quant aux investisseurs, « ils devraient rentrer dans leurs frais » grâce à la billetterie et aux produits dérivés.

Les mobiliers et vitrines sont arrivés à destination, par mer, en avril. Quantité d’objets et de documents ont été restaurés et il a surtout fallu veiller à les protéger du climat équatorial.

Les voitures, elles, avaient été restaurées avant leur départ, dans le musée du chemin de fer à Longueville (Seine-et-Marne), géré par une association de passionnés du patrimoine ferroviaire.

Pour son acheminement vers le port d’Anvers, les deux wagons sont partis le 23 octobre sur une péniche double sur la Seine, qui a rejoint l’Oise à Conflans-Saint-Honorine puis le Canal du Nord. La locomotive, elle, est partie par camion.

À Singapour, un bâtiment de 2000 m², construit dans le style de la gare du Nord, a été édifié sur Gardens By The Bay, immense jardin botanique très fréquenté. L’air climatisé y protègera les œuvres des 100 % d’humidité ambiante.

En plus des wagons amenés depuis la France, un wagon-restaurant, où les visiteurs pourront déguster des mets réalisés par le chef Yannick Aleno, sera reconstitué à Singapour. Des milliers de réservations ont déjà été faites, selon Claude Mollard.

Après, dit-il à l’AFP, l’exposition circulera en Chine, à Venise et peut-être sur le site saoudien d’Alula, un voyage de plusieurs années.