Laurence Vincent Lapointe a eu droit à un chaleureux souper de retrouvailles avec ses coéquipières canoéistes pour son grand retour avec l’équipe canadienne, la semaine dernière, en Floride. Le lendemain matin, des contrôleurs l’attendaient pour une prise d’échantillon.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Quelques jours après avoir été absoute d’une violation des règles antidopage après une bataille de plusieurs mois, l’athlète de Trois-Rivières reconnaît avoir ressenti un petit frisson durant cette visite.

« La paranoïa est assez élevée », a raconté Vincent Lapointe en téléconférence, mercredi après-midi. « J’étais certaine de ne pas avoir été contaminée. Mais la dernière fois, j’étais certaine aussi. Ça fait vraiment beaucoup réfléchir. »

De façon générale, la multiple championne mondiale de 27 ans a eu un immense plaisir de renouer avec un univers dont elle a été privée depuis le 13 août en vertu de sa suspension provisoire pour un test positif au ligandrol.

« Ça fait tellement un bien fou ! a-t-elle réagi. J’ai l’impression de retourner chez moi, dans l’équipe canadienne. Pas nécessairement parce qu’on est en Floride. Juste le fait d’être avec mes coéquipières, c’est comme si je remettais de vieilles pantoufles. Côté mental, ça va bien. Côté physique, j’en arrache, mais ça va mieux ! »

Limitée à de l’entraînement solitaire l’automne dernier, Vincent Lapointe a pu mieux mesurer le retard accumulé depuis son retour dans un bassin, en particulier depuis qu’elle a rejoint l’équipe nationale à Indian Harbour Beach, près de Melbourne.

« Sur l’eau, ce n’est pas exactement la même chose. C’est ma quatrième semaine sur l’eau, ma deuxième avec l’équipe. Mes entraîneurs veulent que je m’améliore chaque jour. Aujourd’hui, c’était mieux qu’hier, et demain, ce sera encore mieux. Personnellement, j’ai confiance en mes capacités. Depuis toujours, je suis naturellement très forte physiquement. »

Son entraîneur Jan Kruk lui a assuré qu’un mois lui serait suffisant pour retrouver son « niveau de base ». Les Essais pour l’équipe olympique auront lieu du 16 au 19 avril à Gainesville, en Géorgie. La Québécoise tentera de garantir sa place pour Tokyo en solo et de confirmer son statut de meilleur double au pays avec sa coéquipière ontarienne Katie Vincent.

Son mot d’ordre : patience. « J’ai confiance de pouvoir le faire, mais il s’agit d’être patiente. C’est pourquoi j’y vais au jour le jour plutôt que de penser à long terme. C’est ce que mes entraîneurs me rappellent toujours : ne regarde pas trop loin. »

Pour l’heure, Vincent Lapointe refuse de se comparer à Katie Vincent, qui a qualifié le bateau canadien en C-1200 mètres pour les JO en prenant le cinquième rang aux derniers Mondiaux, en Hongrie.

« C’est le fun parce qu’on est présentement sept filles [canadiennes] et une Française s’entraîne avec nous une fois de temps en temps. Contrairement à l’été dernier, on n’est pas obligées d’être tout le temps l’une contre l’autre. Pour l’instant, je dois prendre ça à mon rythme. Parfois, ça veut dire de ne pas encore aller avec Katie. »

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Laurence Vincent Lapointe

Les championnes mondiales 2018 ont cependant repris l’entraînement en double et les premières séances se sont avérées concluantes. « J’ai été agréablement surprise, a noté Vincent Lapointe. Même si dans mon bateau, je n’ai pas toujours de bonnes sensations, dès qu’on a embarqué dans le C-2, j’ai senti le bateau glisser comme d’habitude. C’est vraiment le fun pour moi. J’ai hâte de me sentir comme ça dans le C-1. »

Vincent Lapointe dit avoir reçu le soutien unanime de ses coéquipières et même de rivales d’autres pays qui s’entraînent au même endroit. Le grand public lui a aussi témoigné son appui. Elle croit néanmoins qu’il y aura « probablement toujours du monde » pour douter d’elle.

Sa mésaventure la rendra plus forte, estime-t-elle. « Ça me donne certainement une plus grande envie. J’avais déjà une passion et une envie, mais là, je me dis que je ne peux pas passer à côté de ça. Pas avec tout ce que j’ai vécu. Oui, ça m’a surprise d’être capable de passer à travers ça. Ça me rend pas mal plus forte. »

Elle refuse cependant d’être définie par cette bataille gagnée contre le comité antidopage de la Fédération internationale de canoë (IFC). Ses « victoires », insiste-t-elle, elle les remporte sur l’eau.

La canoéiste n’a toujours pas eu de nouvelles d’un possible appel de l’Agence mondiale antidopage ou du Centre canadien pour l’éthique dans le sport.

Avec son avocat Adam Klevinas, Vincent Lapointe a réussi à convaincre l’IFC que les traces de ligandrol découvertes dans un échantillon d’urine étaient attribuables à un « échange de fluides » avec son conjoint de l’époque. Ce dernier aurait consommé cet anabolisant, croyant à tort qu’il s’agissait d’un autre produit (interdit), pour pratiquer du soccer récréatif.

Vincent Lapointe, qui s’est séparé de lui après cette histoire, s’est dite attristée que son nom ait été dévoilé dans un quotidien.

« Je ne pense pas qu’il était heureux de voir son nom dans un journal, a-t-elle dit lorsqu’interrogée à ce sujet. Je n’en étais pas très heureuse moi non plus. Je voulais qu’on regarde vers l’avant, les Jeux, et non pas qu’on fasse un peu une chasse aux sorcières. Quand j’ai vu son nom sortir, je me suis dit que c’était triste. […] C’est plate, mais il va composer avec ça du mieux qu’il peut. Il n’a jamais voulu être un personnage public et se retrouver dans cette tempête. »

Après les sélections olympiques d’avril, Vincent Lapointe participera en théorie aux Championnats panaméricains au Brésil (7-10 mai), qui serviront de qualification continentale pour Tokyo. Le Canada tentera alors de confirmer la place de son C-2 féminin.