(Denver) La journée type de Noah Lyles ressemble maintenant à ceci : conduire jusqu’au parc ; décharger ses haltères du camion ; faire des sprints sur le gazon ; lever des poids. Et parfois, il retourne chez lui pour un test antidopage qu’il effectue lui-même.

Eddie Pells
Associated Press

Le champion du monde est l’un des 15 athlètes américains qui se sont portés volontaires pour effectuer eux-mêmes des tests antidopage à domicile, un projet-pilote mené par l’Agence antidopage américaine (USADA). Parmi les autres athlètes à prendre part à ce projet-pilote se trouvent Allyson Felix, Katie Ledecky, Emma Coburn et Sydney McLaughlin.

Tests à la maison

Comme la cueillette d’échantillons pour les tests antidopage est sévèrement limitée à travers le monde en raison de la pandémie de COVID-19, l’USADA est la recherche de nouvelles solutions. Dans ce cas-ci, elle a demandé à des athlètes de pointe de fournir des échantillons d’urine et de sang de leur domicile.

« Ils m’ont demandé de le faire et je n’étais pas contre l’idée, a déclaré Lyles. C’est une façon de me soumettre à ces tests. »

Les athlètes sont toujours tenus de remplir leur formulaire de localisation. Selon ce projet-pilote, un agent antidopage communiquera par vidéoconférence avec l’athlète dans une fenêtre de temps prédéterminée.

Les athlètes reçoivent des kits de tests à domicile et se dirigent vers la salle de bain pour fournir un test d’urine, laissant leur portable à l’extérieur de la pièce. En temps normal, l’agent se rendrait au domicile de l’athlète (ou à tout autre endroit où il se trouverait) et attendrait à l’extérieur de la salle de bain. Dans ce cas-ci, l’agent attend à la caméra pendant que les athlètes sont chronométrés et que leur température est prise afin de s’assurer qu’ils fournissent l’échantillon en temps réel.

Nouvelle technologie

Le test sanguin utilise une nouvelle technologie – échantillonnage de sang séché – pour laquelle l’athlète se pique le bras et de petites gouttelettes de sang sont récupérées dans un contenant. Les athlètes sont ensuite responsables de faire parvenir l’échantillon aux laboratoires.

Le président et chef de la direction de l’USADA, Travis Tygart, a indiqué que ce projet donne aux athlètes propres une chance de prouver qu’ils le demeurent pendant le confinement, période pendant laquelle les régisseurs antidopage ont plus de mal à rejoindre les athlètes. C’est un problème qui fera en sorte que le retour à la compétition sera d’autant plus difficile. Les Jeux olympiques ont été reportés en 2021, mais d’autres évènements doivent avoir lieu avant.

« Les athlètes qui gagneront des médailles à Tokyo se seraient fait dire qu’ils n’ont pas subi de test antidopage pendant la pandémie, a-t-il observé. À quel point cela aurait été injuste pour ces athlètes ? »

L’USADA n’a jamais eu peur d’avoir recours à ce type de programme par le passé. En 2008, elle avait lancé un projet-pilote qui permettait de tester l’efficacité du passeport biologique, qui permet aux autorités de surveiller le sang des athlètes sur une longue période afin d’y déceler des changements suspects. Ces passeports sont largement répandus aujourd’hui.

Système basé sur l'honneur

Tygart admet que ce nouveau système est loin d’est parfait, même idéal. Il repose sur l’honneur des athlètes dans une industrie reconnue depuis des dizaines d’années pour ses tricheries et manipulations.

« Les athlètes qui sont propres veulent être de vrais modèles, a dit Tygart. Nous savons aussi qu’il y a des tricheurs qui vont tenter d’exploiter cette situation. […] Pour le bien du mouvement antidopage, on doit se réinventer afin de demeurer pertinent. »

Lyles se rappelle d’un temps pas si lointain où il commençait à gagner des courses au niveau junior et attendait patiemment pour qu’un responsable antidopage se pointe.

« Je ne cessais de me demander quand j’allais subir un test, puisque je gagnais. »

Maintenant, les tests font partie de sa routine, même si cette routine a été modifiée de façon telle que personne n’aurait pu l’anticiper il y a quelques mois.

« Vous faites votre part pour prouver que vous êtes propre. À n certain point, vous vous dites :’Je suis propre ; venez me tester’ », a conclu Lyles.