« Cette fois-ci, ce n’est pas moi contre le monde, c’est le monde contre un virus… » Après s’être battue des mois pour se faire exonérer d’un test antidopage positif, Laurence Vincent Lapointe sait maintenant qu’elle n’ira pas aux Jeux olympiques de Tokyo s’ils ont lieu aux dates prévues l’été prochain.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Comme tous les athlètes canadiens, la canoéiste a appris la nouvelle avant d’aller au lit dimanche soir. Fatiguée, elle n’a « pas réalisé l’ampleur » de l’annonce. Ce n’est qu’en se réveillant qu’elle en a mesuré tout l’impact : « Il n’y aura pas de Jeux olympiques pour nous, peu importe qu’ils aient lieu ou non. »

Sur le coup, elle s’est dit : « Pas encore ! » « Après ce qui m’est arrivé, tout ce que j’espérais, c’était pouvoir m’entraîner normalement, juste faire ce que j’aime, et pouvoir compétitionner, a-t-elle expliqué lundi matin. Là, c’est comme une deuxième claque. On dirait que je ne suis pas due pour y aller ! »

À la demande de Canoë Kayak Canada, Vincent Lapointe est rentrée de la Floride mardi dernier. Depuis que le comité antidopage de la fédération internationale l’a blanchie de tout blâme, fin janvier, la Québécoise de 27 ans s’entraînait dans le but de se qualifier pour Tokyo.

« Je me sentais prête, mes intervalles étaient très, très rapides, dans la moyenne de ce que je faisais à la même date l’année passée. »

PHOTO D'ARCHIVES AARON LYNETT, PRESSE CANADIENNE

Laurence Vincent-Lapointe en route vers sa médaille d'or aux Jeux Panaméricains de 2015 à Welland, en Ontario, le 14 juillet 2015.

Elle a plutôt fait ses bagages à la hâte et sauté dans son auto pour rentrer à Trois-Rivières avec une coéquipière. Au fil de la route, parmi les nombreux snowbirds [ital. ], les deux femmes se sont demandé si elles s’arrêtaient une nuit pour dormir. Finalement, elles ont franchi les quelque 2500 kilomètres d’une traite, ne s’arrêtant que pour mettre de l’essence et se sustentant avec les lunchs déjà préparés.

Après une semaine de repos forcé, Vincent Lapointe se préparait à remettre la machine en marche avec l’équipement disponible à la résidence familiale.

Quelques jours plus tard, tous les plans tombent encore à l’eau. « Déçue » sur le coup, la multiple championne mondiale applaudit l’initiative du Comité olympique canadien.

« La santé de mes parents, qui sont juste à côté de moi, la santé de ma grand-mère dans sa résidence, la santé des gens que je côtoie, la santé de tout le monde sur la planète est en jeu. Présentement, c’est important de mettre tout ce qu’on peut de côté et de se donner toutes les chances de régler ça. Le Canadien a bien réagi et fait ce qu’il fallait. »

Le statu quo du Comité international olympique (CIO) forçait en quelque sorte les athlètes à s’entraîner et ainsi « mettre la sécurité et la santé des autres en danger », a déploré Vincent Lapointe.

En juillet 2019, la canoéiste avait subi un contrôle positif au ligandrol, ce qui a mené à une suspension provisoire. Elle a réussi à démontrer que les traces de ce produit interdit trouvé dans son urine étaient attribuables à un échange de fluide corporel avec son conjoint de l’époque.

« Je me suis battue pour prouver que je ne m’étais pas dopée. C’était quelque chose que je pouvais contrôler. Maintenant, avec une pandémie mondiale, la seule chose que je puisse faire pour me battre est de rester chez moi et suivre les règles de santé et de sécurité. C’est la seule façon dont je peux faire avancer les choses. »

Maintenant, Vincent Lapointe se « croise les doigts » dans l’espoir que le CIO confirme le report des JO de Tokyo, comme le laisse entendre son membre le plus expérimenté, Dick Pound. « Cette fois-ci, ce n’est pas moi contre le monde, c’est le monde contre un virus. On va bien finir par s’en sortir. »