La Coupe Davis va vivre une véritable révolution cette semaine à Madrid et l’équipe canadienne espère y jouer un rôle important.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Créée en 1900, la vénérable coupe a longtemps été un graal, auréolé par sa dimension nationale qui galvanisait joueurs et partisans. Au cours des années, les Britanniques, les Français, les Australiens, les Américains et les Espagnols ont connu leurs heures de gloire.

Plus récemment, quelques champions en ont fait une affaire personnelle, pour compléter leur palmarès. Roger Federer, Novak Djokovic ou Andy Murray ont aussi aidé leur pays à gagner la compétition, mais la surcharge du calendrier et la formule exigeante de la Coupe Davis — avec ses rencontres « face à face » et ses matchs en cinq manches — ont fini par éloigner plusieurs des meilleurs joueurs.

La Fédération internationale de tennis (ITF) s’est donc associée à la société Kosmos de Gerard Piqué, joueur vedette du FC Barcelone, pour moderniser sa vieille compétition. En mettant près de 3 milliards sur la table, avec la contribution financière substantielle de Rakuten, société japonaise de commerce en ligne, Kosmos a obtenu les droits de la Coupe Davis pour 25 ans.

Dorénavant, ce sont 18 équipes nationales qui disputent la phase finale, dans une ville, pendant une semaine à la fin de la saison. Les qualifications ont lieu en début d’année, en un seul week-end.

De nombreux athlètes se sont étonnés qu’un joueur de soccer débarque ainsi dans le milieu du tennis, et Roger Federer a émis des doutes sur la pertinence de cette « Coupe Piqué », mais l’ITF a approuvé la réforme et la plupart des joueurs ont répondu à l’appel.

Frédéric Fontang, entraîneur de l’équipe canadienne cette semaine à la Caja Mágica de Madrid, soulignait samedi en entrevue : « Déjà, on peut voir que l’organisation est impeccable ici [à Madrid], mais attendons de voir comment cela va se passer. »

Il faut donner la chance à cette nouvelle formule. C’est vrai que l’ancienne Coupe Davis était très excitante, mais elle était devenue trop exigeante pour les joueurs et un changement s’imposait.

Frédéric Fontang

La nouvelle formule divise les 18 nations finalistes en six groupes de trois équipes. Le Canada se retrouve avec les États-Unis et l’Italie. Les vainqueurs des six groupes et les deux meilleurs deuxièmes se qualifieront pour les quarts de finale.

Le capitaine canadien, Frank Dancevic, a fait appel à ses jeunes vedettes, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime, ainsi qu’au vétéran Vasek Pospisil et à Brayden Schnur. Milos Raonic, qui avait été sélectionné, a dû déclarer forfait en raison d’une blessure.

Chaque rencontre est disputée en trois matchs, deux simples et un double, au meilleur de trois manches régulières. Le Canada amorce la compétition lundi contre l’Italie, avant d’affronter les États-Unis mardi. Un programme chargé, donc, qui va obliger Dancevic et ses adjoints à bien utiliser leurs joueurs.

Un virus pour la capitaine !

Les Canadiens sont en Espagne depuis plusieurs jours déjà, Shapovalov ayant été le dernier à rejoindre l’équipe, vendredi soir. Curieusement, les conditions météo ne sont guère différentes des nôtres en ce moment à Madrid et Dancevic a dû être mis « en quarantaine » en raison d’un vilain virus.

PHOTO VLAMDIMIR SIMICEK, AGENCE FRANCE-PRESSE

C’est donc Fontang qui a répondu à nos questions. L’entraîneur attitré de Félix Auger-Aliassime (avec Guillaume Marx) a d’abord fait le point sur la santé du Québécois, qui est actuellement 21e mondial : « Félix a repris l’entraînement il y a une semaine après cette entorse à une cheville qui l’a forcé à rater la finale Next Gen et le Masters de Paris. On en a profité pour qu’il se repose, pour qu’il prenne des vacances, et là, sa cheville est complètement guérie. »

Tout est au vert pour [Auger-Aliassime] cette semaine.

Frédéric Fontang

On ne sait pas encore quels joueurs seront choisis pour disputer les matchs. En février, lors de la rencontre qualificative en Slovaquie, Shapovalov et Auger-Aliassime avaient joué tous les matchs en l’absence de Raonic et de Pospisil. Et les deux jeunes vedettes ne sont pas en terrain inconnu cette semaine, puisqu’ils ont déjà remporté la Coupe Davis junior en 2015 à la Caja Mágica.

« Rien n’est encore décidé, a souligné Fontang. Nous sommes dans un groupe très fort ; tant l’Italie que les États-Unis ont des joueurs en forme. De notre côté, nous avons quatre bons joueurs et Frank va prendre ses décisions au dernier moment, chaque jour, en fonction de la forme des joueurs et de la situation. »

En principe, Shapovalov sera le numéro un canadien. Actuellement 15e mondial après son titre à Stockholm et une poussée jusqu’en finale à Paris, le joueur de 20 ans n’a jamais paru aussi confiant.

« Il connaît une fin de saison remarquable et, même s’il est arrivé plus tard à Madrid, on sait qu’il va vite retrouver son meilleur jeu. Son retour en forme coïncide avec le début de sa collaboration avec l’entraîneur Mikhail Youzhny, qui a beaucoup d’expérience et qui a su créer une nouvelle dynamique autour de lui. »

PHOTO VLAMDIMIR SIMICEK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Denis [Shapovalov] a vraiment connu une très belle semaine à Bercy [Paris], avec cette finale contre Djokovic. Il a une compétition très saine avec Félix et c’est certain qu’ils vont continuer de se tirer vers le haut.

 Frédéric Fontang

Pospisil, qui a souvent brillé pour le Canada en Coupe Davis, sera sûrement aussi appelé à jouer. Longtemps sur le carreau en début d’année, le joueur de 29 ans a fort bien paru récemment, avec notamment deux titres en tournois Challenger.

«Vasek est vraiment de retour sur la bonne pente, a souligné Fontang, qui avait été son entraîneur il y a quelques années. Il a retrouvé son tennis offensif et il a accumulé les bons résultats depuis quelques mois. Je suis vraiment content pour lui et j’espère que ça va continuer la saison prochaine.”

Schnur, qui a percé le top 100 cette année (94e actuellement), est surtout là pour l’expérience, évidemment heureux, comme ses coéquipiers, de participer à cet évènement historique.

Reste à voir, comme l’a dit Fontang, si le public va embarquer.

LE PROGRAMME DU CANADA

Canada c. Italie, lundi, 16 h (10 h, heure de l’Est)

Canada c. États-Unis, mardi, 18 h (12 h, heure de l’Est)