(Pékin) Isabelle Weidemann a franchi la ligne d’arrivée et levé les yeux vers le tableau pour voir son chrono, fourbue de fatigue. Elle a retiré son capuchon, son visage exprimant l’émotion du moment.

Mis à jour le 5 février
Lori Ewing La Presse Canadienne

Quatre ans après avoir raté de peu le podium à PyeongChang, avec d’innombrables virages monotones sur l’ovale entre les deux, son travail acharné a porté ses fruits.

L’Ottavienne de 26 ans a non seulement remporté la première médaille du Canada aux Jeux olympiques de Pékin, une médaille de bronze au 3000 mètres en patinage de vitesse longue piste, mais la première médaille d’une Canadienne dans sa discipline depuis les Jeux de 2010.

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« Je suis très émue, s’est-elle exclamée avec un large sourire. Mais c’est un sentiment agréable, cependant. Je suis tellement fière de pouvoir ramener à la maison une médaille pour le Canada.

« Il y a eu tellement de travail ces quatre dernières années, a ajouté Weidemann. Pas seulement physiquement, mais l’approche mentale de la compétition et la récupération, tous ces petits détails. Mais pour gagner cette position (à partir de la quatrième), cela a vraiment confirmé pour moi que le travail n’était pas pour rien. »

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Isabelle Weidemann a versé quelques larmes après avoir passé le fil d’arrivée.

Weidemann, qui faisait partie du quatuor canadien qui a terminé quatrième de la poursuite par équipe à PyeongChang, a joué le rôle de la chasseuse dans son duo avec la Norvégienne Ragne Wiklund, samedi.

Préservant sa vitesse pour la fin, elle était septième avec quatre tours à faire dans la course de 7,5 tours. Deux tours plus tard, elle était deuxième. Avec ses longues enjambées du haut de ses six pieds deux pouces – elle dépasse d’une tête les médaillées d’or et d’argent – elle a mis toute la gomme lors du dernier tour pour terminer en trois minutes 58,64 secondes à l’Anneau national de patinage de vitesse.

« Si tu brises ton rythme, tu ne récupères jamais cette vitesse, alors je voulais m’assurer que je restais stable tout le temps, a ajouté Weidemann.

« Vous entrez dans une zone (dans le dernier tour) où vous ne pensez pas à la glace ou à quoi que ce soit d’autre. Parce que ça fait mal à chaque fois, que ce soit lent ou rapide. »

Dans la foulée de Groves

Weidemann savait qu’elle monterait sur le podium car elle détenait le meilleur chrono avant le duo final formé de la vedette néerlandaise Irene Schouten, qui n’a pas perdu une course cette saison, et de l’Italienne Francesca Lollobrigida, dont la grand-tante est la vedette de cinéma des années 1950 Gina Lollobrigida. Schouten a décroché la médaille d’or en réalisant un record olympique de 3 : 56,93, suivi de Lollobrigida (3 : 58,06).

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

« Je suis très émue, s’est-elle exclamée avec un large sourire. Mais c’est un sentiment agréable, cependant. Je suis tellement fière de pouvoir ramener à la maison une médaille pour le Canada.

La médaille de bronze de Weidemann était la première sur la distance pour une Canadienne depuis que Kristina Groves avait remporté la médaille de bronze en 2010, une performance qui a inspiré le rêve olympique de Weidemann.

« C’est l’héroïne de ma ville natale, a précisé Weidemann à propos de la quadruple médaillée olympique. J’ai grandi dans la même ville, le même club. Elle est une de mes idoles depuis très longtemps, j’avais des affiches d’elle sur mon mur. Alors, oui, c’est très spécial. »

Cindy Klassen a aussi mérité le bronze au 3000 mètres en 2002 et 2006.

La course de Weidemann a donné le coup d’envoi à ce qui pourrait être une parade vers le podium pour les patineurs de vitesse canadiens, qui sont arrivés à Pékin dans la foulée d’une saison fructueuse au circuit de la Coupe du monde.

« Je pense que c’est incroyable, a reconnu la Canadienne Ivanie Blondin, qui a terminé 14e, samedi. Notre équipe s’est vraiment développée du côté féminin, et je pense que notre première médaille pour Équipe Canada le démontre.

« Et c’est comme à Tokyo (les Jeux olympiques d’été), où les femmes ont pris les choses en main, a-t-elle ajouté, à propos des athlètes féminines qui ont remporté les neuf premières médailles du Canada l’été dernier. Et c’était vraiment stimulant. Et aussi de faire partie d’une équipe aussi forte, tant du côté des femmes que du côté des hommes. »

Effort maximum pour Maltais

La Canadienne Valérie Maltais, de La Baie, a terminé 12e.

« Je me suis présentée sur la ligne de départ avec une certaine excitation, mais en contrôle, a commenté Maltais, qui a complété sa course en force.

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Valérie Maltais

« Connaissant Voronina – la Russe Natalia Voronina qui patinait dans la même paire qu’elle –, elle fait un début de course un peu plus rapide et après ça elle perd de la vitesse, je suis restée calme à ce moment-là. À voir le résultat après coup, peut-être que j’aurais pu en donner un peu plus étant donné le niveau d’énergie que j’avais à la fin. C’est la course que j’ai réussi à faire aujourd’hui et j’ai fourni un effort à 100 %. »

Weidemann, qui a terminé sixième du 5000 m et septième du 3000 m il y a quatre ans, est arrivée à Pékin avec l’étiquette d’espoir de médaille dans ces deux épreuves. Elle est montée sur le podium lors de trois Coupes du monde cette saison, remportant l’argent en Pologne, en Norvège et à Calgary. Son pire résultat a été une quatrième place au 3000 m à Salt Lake City.

Weidemann pourrait donc renouer avec le podium d’ici la fin des Jeux : elle participe au 5000 m et à la poursuite par équipe.

L’élément qui manquait samedi, ce sont les partisans. L’atmosphère à l’Anneau de glace n’avait rien à voir avec les Jeux précédents ou même les Coupes du monde, où les amateurs néerlandais en particulier se serrent épaule contre épaule, sonnent des cloches et chantent des chansons, vêtus de tenues orange criardes avec des chapeaux à cornes.

Les mesures de sécurité COVID-19 ont limité la foule à seulement quelques centaines de spectateurs, qui ont poliment applaudi car les acclamations ne sont pas autorisées.