Les Jeux se tiendront en pleine pandémie, dans un pays où les droits de la personne sont sévèrement critiqués et où les athlètes et leurs équipes craignent pour la sécurité informatique. Mais la communauté chinoise du Québec, elle, que pense-t-elle des Jeux à Pékin ? Nous avons posé la question à trois Sino-Québécois.

Publié le 29 janvier
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Bei Shan a quitté la Chine en 2014 pour étudier au Québec et encore aujourd’hui, elle admet qu’elle pèse ses mots lorsqu’elle critique le gouvernement communiste de Chine.

« Ce n’est pas un gouvernement qui est démocratique, mais les gens ont quand même l’impression que leur qualité de vie s’améliore grâce à lui », explique Bei Shan, journaliste pour The Montrenese, un média web qui traite d’enjeux sociaux et culturels de la Chine et du Québec.

« Mais c’est vrai qu’on n’a pas les mêmes libertés qu’ici, qu’on ne peut pas discuter librement de tous les sujets », précise-t-elle.

Selon Bei Shan, la protection de la vie privée est une notion qui commence à peine à être abordée en Chine. Ses compatriotes, pourtant cultivés, manquent d’éducation concernant ce qui devrait (ou pas) être publié sur l’internet, dit-elle.

La jeune femme comprend les inquiétudes des délégations sportives qui s’apprêtent à mettre le pied en Chine. « En Chine, tout le monde utilise WeChat pour clavarder. Si tu écris quelque chose de mauvais sur le gouvernement, tu peux te faire attraper. Oui, oui, te faire attraper », insiste-t-elle.

« Les agents de la sécurité du web vont t’envoyer un message, ou encore, tu vas recevoir la visite de la police locale pour te dire que tu as écrit quelque chose d’inapproprié », souligne-t-elle. Bei Shan, qui visite la Chine une fois par an, explique que la police reste un concept différent pour les Occidentaux et pour les Chinois. Un voisin ou un ami peut assurer la surveillance du web en Chine, cite-t-elle comme exemple.

Surveillance 24 heures sur 24

Le chef montréalais Minh Phat, né au Québec de parents d’origine chinoise, s’est rendu une seule fois en Chine, dans la ville de Shanghai. Il est resté marqué par sa visite. « La Chine, c’est vraiment Big Brother. J’ai vu des caméras partout. Je me suis senti surveillé 24 heures sur 24 », raconte le propriétaire du restaurant Mui Mui, qui signifie « petite sœur » en cantonais.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le chef montréalais Minh Phat, propriétaire du restaurant Mui Mui, est né au Québec de parents d’origine chinoise.

« Tout est contrôlé. L’information qu’il y a à la télévision, à la radio, sur l’internet, ce qui est bloqué et ce qui est accessible », explique celui qui a utilisé un réseau privé virtuel (VPN) afin d’avoir accès à un internet plus ouvert pendant son voyage.

Si Minh Phat avait grandi en Chine avec sa famille, il jure qu’il aurait fait partie du mouvement de contestation qui s’est opposé à l’ingérence de la Chine à Hong Kong, en 2019 et en 2020.

Hong Kong bénéficie d’une plus grande autonomie par rapport au reste du pays.

« Ce qui s’est passé à Hong Kong, c’est un soulèvement de jeunes et de jeunes adultes. Les aînés, ils ne comprennent pas et ils se demandent pourquoi les jeunes descendent dans la rue. Ils sont bien dans le communisme. Ils n’ont pas les mêmes enjeux que les jeunes qui rêvent de liberté de voter, de choisir », se désole Minh Phat. Ce dernier parle d’ailleurs rarement de politique chinoise avec ses parents qui ont immigré au Québec, sinon leurs discussions s’enflamment.

Est-ce que l’organisation des Jeux d’hiver aurait dû être accordée à un autre pays ? La seule autre ville candidate était celle d’Almaty, au Kazakhstan, un pays actuellement secoué par de violentes manifestations et une crise politique.

La Chine avait le droit de soumettre sa candidature, répond Minh Phat avec hésitation, « mais peut-être qu’elle n’aurait pas dû être choisie. Mais si on ouvre cette porte, il y a plein d’autres pays qui ne devraient pas les avoir, pas juste la Chine ».

Il reste que Minh Phat, peu importe le contexte politique du pays hôte, se réjouit pour les athlètes qui auront la chance de se réunir et de performer devant les caméras du monde entier. « Les Jeux, c’est un bel évènement ! Ces athlètes consacrent leur vie au ski, au patinage ou à un autre sport. Je suis content que les Jeux puissent se tenir pour eux. »

Et la pandémie ?

Sue Wang, née au Québec de parents immigrants, ne croit pas que la Chine organise les Jeux afin de redorer son image auprès des pays occidentaux.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Née au Québec de parents chinois, Sue Wang est avocate spécialisée en droit des affaires.

« Pour les Chinois, c’est une immense fierté d’être en mesure de tenir un évènement d’aussi grande envergure. Je me rappelle en 2008, il y avait des logos partout et beaucoup de marchandise aux couleurs des Jeux. La population est fière d’organiser les Jeux », explique celle qui a des oncles et des tantes qui vivent dans les régions de Pékin et de Shanghai.

« Est-ce que ça va aider à améliorer les relations avec certains pays ? Je ne pense pas que ça serve à ça », ajoute-t-elle.

Une chose est sûre, croit Sue Wang, c’est que les visiteurs qui entreront dans la bulle olympique seront en sécurité malgré la pandémie mondiale. « Je pense que s’il y a un pays qui a démontré qu’il pouvait contrôler la pandémie, c’est bien la Chine. »